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Trois semaines au pôle Nord

Cet été, trois collégiennes sont parties sur une base scientifique de l’Arctique. Elles accompagnaient une équipe de recherche du CNRS dans le cadre de l’Année polaire internationale. Récits et témoignages de leur incroyable aventure autour du glacier du Spitsberg.

Les Les spitsgirls au bord d'une bédière (torrent composé des eaux de fonte et/ou de pluie) du glacier Loven Est (Spitsberg).
© Madeleine Griselin

20 août 2007. Les "spitsgirls" sont de retour. Des images plein la tête. Et des larmes qui coulent. Pour les trois lycéennes qui se sont surnommées BigA, Alyss et Daf', la vie ne sera plus jamais tout à fait comme avant. Quant aux deux scientifiques qui les ont encadrées, Christelle Marlin, hydrogéologue à l'université Paris-Sud, et Madeleine Griselin, hydro-glaciologue à l'université de Franche-Comté, elles ne regrettent pas une seconde de les avoir emmenées dans cette mission. Objectif : étudier l'impact du climat sur la fonte d'un glacier du Spitsberg.

Tout a donc commencé par une petite question. Dans le dossier à remplir pour obtenir le label "Année polaire internationale", il était écrit : "Que comptez-vous faire pour les jeunes générations ?" Christelle et Madeleine n'y avaient jamais pensé. Alors elles zappent. Et obtiennent quand même le label. Déchargement des données des enregistreurs de températuresLes spitsgirls relèvent les données des enregistreurs de températures, sur le glacier Loven Est (Spitsberg).
© Madeleine Griselin
Mais en août 2006, Madeleine est interpellée par le mari d'une collègue : sa fille, lui dit-il, rêve de partir pour le Spitsberg, ne pourrait-elle pas l'emmener ? La chercheuse répond par la négative. Sauf que dans sa tête, l'idée commence à germer : après tout, c'est l'Année polaire…

Onze mois et quelques formalités plus tard*, le 22 juillet 2007, BigA, Alyss et Daf' se retrouvent à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, avec les deux chercheuses accompagnées de Sébastien Nageleisen, un géographe et expert en montagne, et Catherine Zullato, une journaliste. Destination, la base Corbel, seule base scientifique française en Arctique. Pour atteindre leur but, il leur faut deux jours de transport, via Oslo (Suède), Tromso (Norvège), Longyearbyen (Norvège, Spitsberg) puis Ny Alesund (Spitsberg, péninsule de Brogger) ! Le tout en avion, en voiture, en bateau, puis à pied…

Heureusement, les trois lycéennes ont pu faire connaissance avant le voyage : "Madeleine a très bien fait les choses, explique Daphné (Daf'), elle nous a fourni par email les coordonnées des unes et des autres, et juste avant le départ on a toutes les trois passé une semaine chez elle." Si bien qu'à peine arrivées au camp, au milieu des cabanes de bois recouvertes de tôle, malgré la fatigue de leur long périple, il y a entre elles une vraie complicité. Dès lors, pas question de rechigner quand Madeleine vient les sortir du lit, aux petites heures du matin : les provisions de nourriture pour les trois semaines sont entassées devant la réserve, elles les transportent, les trient, les empilent, jusqu'à ce que tout soit rangé. Et quand on leur demande d'aller porter les sacs poubelle à la déchetterie de Ny Alesund, elles s'exécutent avec joie : il faut dire que pour elles, c'est aussi l'occasion d'aller passer des coups de fil, et surtout de prendre leur douche hebdomadaire !

Leur première vraie sortie sur le terrain a lieu le 28 juillet. Au programme : mettre en place un préleveur d'eau dans une rivière sous-glaciaire (rivière coulant sous la glace) pour BigA et relever les données des caméras installées dans la moraine du glacier Loven Est pour Alyss et Daf'. <img width="246" height="185" border="0" style="width:246px; height:185px; float:left; margin-right:14px; margin-bottom:14px;" src="uploads/RTEmagicC_ima_expe_lyceenne_arctique3.jpg" alt="" /Équipées de chaussures de montagne et armées d'un piolet, les spitsgirls se sont débrouillées comme des pros. L'œil avisé des chercheuses était là pour veiller. "Elles n'étaient jamais allées en montagne, devaient apprendre ce qu'est un glacier, comment il fonctionne, comment relever les données des stations photo et météo, faire des mesures de débit de l'eau, de pH, de salinité, etc.", se souvient Christelle Marlin. Et d'ajouter : "Ce qui m'a le plus surprise, c'est qu'elles faisaient ça très consciencieusement, presque avec professionnalisme, quelles que soient les conditions météo." En effet, dix jours après leur arrivée, la météo se dégrade. Mais elles ont assumé leur rôle "d'assistantes de terrain" avec fierté, se sont même portées volontaires pour accompagner une pêche au plancton ou un rabattage d'oies. Le tout, par des températures glaciales et sous la menace permanente d'une visite inopinée d'ours polaires, danger justifiant en permanence le port d'une carabine par Madeleine et Christelle.

Au bilan, "une expérience très positive… de véritables liens… une petite famille", pour Christelle. Sentiments partagés par Daphné qui, au retour, a eu l'impression de se "retrouver seule", d'avoir quitté sa "seconde famille". Jamais éloignée si longtemps de ses parents, elle était partie pour l'aventure et par curiosité, persuadée que les chercheurs passaient le plus clair de leur temps rivés sur un microscope. Mais elle qui voulait être pilote de l'air se pose désormais beaucoup de questions. "Faire de la recherche polaire, maintenant, avec le recul, je dirai ou…i." À croire que les trois semaines au Spitzberg ont suscité une vocation…


* Baptisé "Prendre des ados par la main", le voyage des trois collégiennes a été parrainé par le CNRS, le Conseil régional de Franche-Comté et la ville d'Orsay.

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