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Voyage au cœur de l'immigration

  • Posté le : Lundi 3 Mars 2008
  • |
  • par : A. Joseph

Déterminés à creuser la question de l’immigration avec leurs élèves, deux professeurs de Draveil ont embarqué une classe de 3e pour une matinée à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Les portraits d’immigrants exposés sont finalement devenus le prétexte pour parler du propre vécu des collégiens.

Des collégiens essoniens devant les portraits d'immigrés d'Ellis IslandCamille, Robin et Nicolas essaient de deviner d’où viennent les immigrés qui ont été pris en photo à Ellis Island par Augustus Frederick Sherman entre 1905 et 1920. Turbans, fichus et djellabas leur donnent quelques indices pour mieux répondre à leur questionnaire.
© Anaïs Joseph / CG91

Inaugurée en septembre 2007, la Cité nationale de l'histoire de l'immigration est installée à Paris dans un bâtiment construit en 1931 pour l'exposition coloniale, le palais de la Porte Dorée. Ses collections et expositions, représentatives de l'histoire, des arts et des cultures de l'immigration, sont une mine d'information pour certains professeurs. C'est du moins l'opinion de Benoît Grisaud, professeur d'histoire au collège Delacroix (Draveil, Essonne), qui a organisé avec sa collègue professeur d'anglais une sortie pour leurs élèves de 3e. "Il est vraiment important d'offrir aux jeunes un autre regard sur l'immigration que celui qui nous est généralement donné par les médias, insiste Benoît Grisaud. Dans ce musée, nous quittons la représentation des faits divers pour aborder les faits d'histoire."

Vue de l'exposition permanente Vue de l'exposition permanente "Repères" à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration. Elle a pour objet de montrer la part prise par les immigrés dans le développement économique, les évolutions sociales et la vie culturelle de la France.
© Awatef Chengal / Cité nationale de l'histoire de l'immigration
À commencer par Ellis Island, ce bout de terre face à New York, où les prétendants au rêve américain échouaient avant d'obtenir ou non le droit de fouler le sol des États-Unis. La Cité de l'immigration consacre une exposition de portraits à la mémoire de ces lieux. Pour Ioana Stagnol, professeur d'anglais, cette visite s'inscrit parfaitement dans le programme qui vise une certaine connaissance de la culture et de l'histoire américaine. D'ailleurs, New York est au deuxième chapitre du manuel scolaire. "En classe, nous avons beaucoup travaillé sur les examens médicaux subis par les immigrants. La visite de la Cité est une deuxième étape, la troisième sera de regarder un film sur l'arrivée d'une famille sicilienne aux États-Unis, “Golden Door” et, pour terminer, on va étudier une lettre d'immigrant." Pour l'heure, les élèves découvrent en photo les histoires qu'on leur a racontées et qu'ils ont étudiées en classe : "Notre professeur d'anglais nous a montré les symboles qu'on leur collait sur les habits pour voir ceux qui avaient des problèmes physiques ou mentaux. S comme senility*, N comme neck*, F comme face*, etc.", explique Camille, aussitôt reprise par Amadou qui ajoute : "Moi, ce qui me marque ici c'est la photo de la femme habillée en persane, elle a vraiment des yeux méchants. On aurait pu lui mettre le symbole "E" pour dire qu'elle avait un problème d'œil, "Eyes" en anglais", précise-t-il sur le ton de la plaisanterie.

"Moi je crois que les frontières ne devraient même pas exister", ajoute Romain dans sa barbe. Marveen n'est pas tout à fait d'accord : "Non, moi je crois qu'aujourd'hui on n'est plus dans la même situation. Les gouvernements ont de l'argent, ils n'ont qu'à aider les gens dans leur propre pays. Parce que ces gens ne sont peut-être pas libres dans leurs pays, mais ils ne le sont pas dans le nôtre non plus ! " La conversation commence à devenir un peu compliquée… C'est alors que la professeur d'anglais s'approche et propose à chacun de consulter le questionnaire qui lui a été remis au début de l'exposition. Pour l'enseignante, le travail pédagogique de cette visite est également "de leur montrer que l'immigration n'a rien de nouveau, que c'est un phénomène mondial. Je leur explique que derrière le terme immigration il y a des visages, des gens et leur histoire. Moi par exemple, je suis arrivée d'Europe de l'Est à 21 ans. J'ai encore ma carte de réfugiée de l'Ofpra**, je pourrais d'ailleurs la donner au musée", s'amuse-t-elle.

Des collégiens essonniens devant la Cité de l'immigrationLa classe de 3e du collège Eugène Delacroix de Draveil devant le palais de la Porte Dorée, un bâtiment art déco construit en 1931 à l’occasion de l’exposition coloniale, qui accueille depuis septembre 2007 la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.
© Anaïs Joseph / CG91
Petit à petit, les langues se délient… L'immigré n'est plus seulement celui du portrait d'Ellis Island ; ni celui qui a pris un boat people ou un charter illégal et que l'on retrouve au poste de police sous le feu des caméras ; ni celui qui essaie de passer en fraude le tunnel sous la Manche pour rejoindre l'Angleterre et qui fait la Une du journal… Adel est le premier à se lancer : "Moi je suis un fils d'immigré et j'en suis fier. Mon grand-père et ma mère sont italiens. Mon autre grand-père est tchécoslovaque." Arthur le coupe : "Me dis pas qu'en plus tu parles le tchéco-machin ! Bientôt tu vas nous sortir que ton frère c'est Ronaldinho et on va te croire parce que t'es “mutilnationaliste”." La taquinerie ne l'empêche pas d'admettre avoir lui-même des origines étrangères : "Pour moi c'est pas une fierté particulière, parce qu'en France tout le monde a au moins un parent étranger." Robin non plus ne tire pas de fierté particulière de sa grand-mère pied noir, par contre, il reconnaît qu'en écoutant son récit il a changé de vision. "Au départ, j'étais gêné de parler avec elle parce qu'elle dit des choses un peu racistes, mais depuis qu'elle m'a expliqué tout ce qu'elle a perdu, son commerce, ses amis, son pays, je comprends mieux pourquoi elle dit ça comme ça."

En sortant du musée pour leur pause déjeuner, le temps n'a pas changé, il pleuviote. Les jeunes s'étonnent encore de cet immense bâtiment art déco*** et des sculptures murales qui ornent la façade. Mais, pour eux, la référence en terme de musée reste le Louvre : "Là-bas c'est vivant, on n'a pas l'impression que tout est triste ; surtout la partie où il y a les momies, ça c'est super ! ", se rappellent-ils les yeux étincelants.



* senility = sénilité ; neck = cou ; face = visage
** OFPRA : Office français de protection des réfugiés et apatrides
*** Art déco : style artistique apparu en France au début des années vingt, s'affirmant par un emploi de volumes simples et de surfaces planes, inspiré des recherches géométriques des avant-gardes cubistes, futuristes et constructivistes.

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