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Ali Saïb, un nouveau regard sur les virus

  • Posté le : Lundi 5 Mars 2007
  • |
  • par : P. de Brem

Lui qui s’est destiné, un temps, à la boulangerie est devenu un spécialiste reconnu des virus. À 38 ans, ce professeur des universités dirige une équipe de recherche à l’Institut universitaire d’hématologie. Il publie des livres, des articles, écrit des documentaires, dirige une association… Comme s’il n’avait pas assez d’une seule vie pour tout faire.

Ali Saïb© Ali Saïb

Tout est allé très vite. En terminale, Ali Saïb se prenait de passion pour les virus. Dix ans plus tard, il dirigeait une équipe de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), à seulement 28 ans. Mais cela ne lui suffisait pas. Ali Saïb s'est encore lancé dans plusieurs autres aventures en parallèle. Aujourd'hui, à l'âge de 38 ans, il semble avoir déjà vécu plusieurs vies.

Il a suivi une licence de sanskrit en même temps qu'il préparait sa thèse. Il a aussi conçu un film documentaire de 52 minutes consacré aux virus intitulé Dr Virus et Mr. Hyde qui a reçu le Grand Prix du Festival international du film scientifique Pariscience. Il travaille par ailleurs à l'écriture d'un livre pour le grand public sur le même sujet chez Fayard. Ali Saïb a déjà publié quatre-vingts articles scientifiques et de vulgarisation. Enfin, il a fondé une association, l'APSR, qui œuvre à la rencontre entre jeunes et chercheurs, une action qui lui tient particulièrement à cœur.

Le secret de ce qu'on pourrait qualifier de réussite ? "Du travail et des rencontres", analyse Ali Saïb. Des rencontres, comme, par exemple, celle avec Hugues de Thé, l'actuel directeur du laboratoire (CNRS / Université Paris-7), qui l'a initié aux mystères de la biologie moléculaire. Ou encore avec Jorge Périès, l'ancien directeur du laboratoire où Ali Saïb travaille aujourd'hui, qui a pris le jeune thésard sous son aile. Entre eux deux s'est installé un rapport "de maître à disciple, comme dans les arts martiaux." C'est ainsi qu'Ali Saïb s'est lancé dans l'étude d'une famille de virus qui ne causent pas de pathologie, les spumavirus. Le but : comprendre la manière dont ils parviennent à déjouer les défenses des cellules afin de les infecter.

Ce beau parcours n'allait pourtant pas de soi. Ali Saïb est né en 1968 dans les quartiers Nord de Marseille. "Ce n'était pas extraordinaire", résume-t-il. Alors qu'il est en troisième, ce benjamin d'une famille de huit enfants travaille dans une boulangerie la nuit, de minuit à six heures du matin, pour rapporter de l'argent à la maison. Pour le plaisir, aussi, et la griserie de se sentir adulte.

Mais ses résultats scolaires s'en ressentent. L'un de ses frères lui conseille de choisir sa voie au lieu de se disperser. Il décide : ce sera le lycée plutôt que l'art de la boulange. Et le voilà, à l'âge de 17 ans, qui se prend de passion pour les virus. "Ce qui me résume le mieux, c'est la soif d'apprendre", analyse-t-il. Il lit sur le sujet tout ce qui lui passe entre les mains. "Au fond, j'adore la biologie, parce qu'elle s'intéresse à la fois au pourquoi de la vie et au mystère de la mort."

Dès lors, il se lance à corps perdu dans les études et la recherche, accumulant les prix scientifiques. Il en obtient pas moins de cinq entre 1997 et 2002, issus d'organismes prestigieux comme la Chancellerie des Universités de Paris, l'Académie nationale de médecine ou l'Académie des sciences. "Ces distinctions sont une reconnaissance de la qualité du travail effectué. J'en ai tiré de la fierté, l'assurance que je ne travaillais pas pour rien. C'est important, la reconnaissance. Elle vous donne l'énergie et l'envie de continuer."

Le jeune issu de la banlieue devient un exemple. Il est lauréat du premier concours "Talents des cités" 2002 qui récompense des femmes et des hommes des quartiers qui ont créé leur entreprise ou leur association, et devient à ce titre "ambassadeur de la réussite". Mais Ali Saïb ne se sent pas à l'aise dans ce costume. Certains voudraient laisser croire que tous les jeunes pourraient connaître la même ascension que lui. Lui refuse d'être récupéré : "Quand on vit dans les conditions qui sont celles de ces "quartiers", on ne peut pas réussir", estime-t-il.

À moins, toutefois, qu'on ne vienne vous chercher pour vous montrer que la réalité est plus riche que ce que vous pensez… "On ne peut pas imaginer devenir quelqu'un, biologiste par exemple, si on ignore qu'un tel métier existe", constate Ali Saïb. C'est pourquoi le virologiste a fondé l''Association pour la promotion des sciences et de la recherche" avec des chercheurs de l'hôpital Saint-Louis comme Dominique Vitoux. Objectif : ouvrir aux jeunes les portes des labos. La formule est la même depuis 2004. Un chercheur accueille dans son unité de recherche, une fois par mois, un collégien et un lycéen du voisinage recrutés sur lettre de motivation, et pas d'après les notes obtenues en classe. Ensemble, ils développent un projet de recherche. À la fin de l'année, les résultats en sont publiquement présentés par les jeunes eux-mêmes, à l'occasion du congrès des Apprentis-Chercheurs. Et le succès est là. Cette année, soixante jeunes ont profité de la formule dans différents instituts de recherche à Paris. L'an prochain, leur nombre pourrait doubler. L'expérience s'étendra à la province et peut-être à d'autres disciplines scientifiques. Avec Ali Saïb, on ne sait pas où cela s'arrêtera.

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