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André Giordan, militant de l'enseignement des sciences

  • Posté le : Lundi 17 Septembre 2007
  • |
  • par : M. Julienne

Entre deux colloques en Amérique latine, un congrès à Chamonix et un cours à l'université de Genève, André Giordan termine l'écriture d'une pièce de théâtre et réfléchit à son prochain livre.

Portrait André GiordanAndré Giordan
© Frédéric Ovadia

Peu connu en France, il fait salle comble à Mexico, Tokyo, Bangkok ou Tunis,… lorsqu'il intervient dans un congrès sur l'éducation. "Là-bas, certains profs font un voyage de 24 heures en train pour venir à de telles réunions. Il faut dire que l'éducation est dans ces pays un enjeu majeur d'accès au développement, et les gens sont encore conscients que l'accès au savoir est libérateur, qu'il permet de diminuer la dépendance économique et sociale. Résultats, les professeurs viennent travailler le dimanche pour améliorer leurs méthodes d'enseignement !"

Programmé par trois générations de cheminots pour devenir… cheminot, André Giordan sera finalement le premier d'une famille niçoise, en partie d'origine italienne, à ne pas entrer à la SNCF. Il est reçu au concours d'instituteur ("malgré un 1 en dictée, mais je me suis rattrapé avec la gym et les maths"), puis au Capes, et réussit du premier coup une agrégation de biologie "pas tellement par choix, plutôt par opportunisme, car je n'étais pas assez bon en français ou en maths pour faire autre chose."

Envoyé en banlieue nord de Paris pour son premier poste en 1971, dans un établissement de Villeneuve-la-Garenne, il monte un club des sciences, organise un bal pour récupérer de l'argent sans en avoir demandé l'autorisation, se fait remonter les bretelles par un inspecteur qui lui reproche de n'appliquer ni le programme, ni la méthode, mais ajoute aussitôt : "Cela dit, vos élèves ont l'air beaucoup plus intéressés qu'ailleurs par vos cours de sciences, vous devriez aller à l'INRP (Institut national de la recherche pédagogique)."

Ainsi, parallèlement aux cours qu'il donne ensuite au lycée Carnot à Paris ("où j'expédiais en début d'année le bachotage, pour assurer ensuite un enseignement intéressant pour les élèves"), il passe une thèse en sciences de l'éducation, monte le programme de l'Unesco sur l'éducation à l'environnement, puis met sur pied à Genève le laboratoire de didactique et d'épistémologie des sciences .

Et le voilà parti pour trente ans de direction de recherches en épistémologie des sciences, et d'une manière générale sur le "comment apprendre" sous toutes ses formes, d'où il ressort tout à fait convaincu qu'il n'y a pas une méthode mais des méthodes, et que pour réussir il faut un peu de bouteille, et beaucoup de souplesse. "Un jour j'ai travaillé avec des adolescents totalement rebutés par la lecture, explique-t-il. Je leur ai demandé un travail de journaliste, ils devaient présenter un journal télévisé, et donc lire un prompteur. C'est passé comme une lettre à la poste ! Parfois des classes semblent ingérables. Mais il faut savoir prendre le temps. Les gamins jusqu'à 10-12 ans sont curieux de tout. Mais avec l'adolescence, ils se centrent sur eux-mêmes. Il faut s'appuyer sur leurs émotions, sur leur rapport au monde, pour les intéresser." Et de citer cet autre exemple où, devant l'impossibilité d'enseigner quoi que ce soit à une classe totalement agitée, il demande à chacun des élèves de rapporter le jour suivant un objet qui lui tient à cœur. "Les enfants ont commencé à parler d'eux à travers l'objet, de ce qu'ils aimaient, de leurs inquiétudes, et au bout d'une semaine on a enfin pu commencer à faire cours."

Mais alors, pour l'apprentissage de la lecture par exemple, a-t-il une opinion sur le débat féroce opposant les défenseurs de la méthode globale à ceux de la méthode syllabique ? Réponse "à la Giordan" : "Un enfant aujourd'hui peut apprendre à lire à 3 ou 4 ans sans méthode, vous le mettez devant une télévision avec un bon sous-titrage, je vous garantis qu'en six mois il sait lire. Les Finlandais l'ont compris, c'est comme cela que les petits Finnois apprennent de plus en plus les langues étrangères dès la maternelle, à raison d'une heure de dessin animé par jour. Mais en France, on va vous expliquer qu'il faut attendre l'âge de 6 ans, et l'entrée au CP, et qu'il est préférable de ne pas répondre à un gamin désireux de déchiffrer dès 4 ans, il risquerait ensuite de s'ennuyer en classe…"

André Giordan a conservé son indignation intacte devant la perte de curiosité qu'on constate chez les enfants entre le début et la fin du primaire, "parce qu'on n'insiste pas pour qu'ils travaillent par eux-mêmes, on leur fournit toujours les réponses, sans partir de ce qu'ils savent déjà et de leurs propres questionnements." Il s'étonne qu'en France les méthodes d'enseignements ne soient pas plus systématiquement évaluées, qu'on ne cherche pas plus à comprendre comment les enfants apprennent dans telle ou telle situation pédagogique.

Mais il reste optimiste et militant, rédigeant sans répit des ouvrages pour que les professeurs (Des idées pour apprendre*, par exemple), mais aussi les élèves (Coach collège **), mettent en pratique ses théories.



*Des idées pour apprendre
Propositions, pratiques, ressources et outils pour élaborer un cours, une vidéo, une exposition ou un multimédia. À destination des enseignants et des animateurs.

André Giordan et F Guichard / Delagrave/Z'éditions (2001) / 334 pages /

** Coach Collège
Un guide pour apprendre à apprendre, qui s'adresse directement aux adolescents, par le biais de 90 fiches pratiques, mais avec beaucoup d'humour.
Éditions Playbac 2006 / Diffusion Hatier / 230 pages /

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