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Antoine Garcia, savoir apprendre

  • Posté le : Lundi 12 Avril 2010
  • |
  • par : A. Joseph

Technicien dans le Laboratoire d’hydrodynamique de Polytechnique, Antoine Garcia s'adapte aux besoins des chercheurs sans disposer des mêmes connaissances qu'eux. Un exercice difficile qui réclame une grande motivation intellectuelle.

Antoine Garcia - Technicien en hydrodynamiqueAntoine Garcia, technicien en hydrodynamique à l'école Polytechnique.
© A. Joseph / Canopy

À quel âge a-t-il commencé à travailler ? 16, 17, 18 ans ? Antoine Garcia ne s’en souvient plus. Manœuvre sur les chantiers, c’était son premier emploi. Tout semblait alors si évident : en échec scolaire, avec un père tenant une petite entreprise de carreleur et une mère qui l’incite à suivre les traces familiales, rien de plus évident que son choix. Sauf que ça n’en était pas un, il aurait préféré être mécanicien. Ainsi va la vie dans la banlieue "chaude" de Perpignan où il grandit depuis qu’il a deux ans, période où ses parents ont quitté l’Espagne franquiste pour la France.

Lycée technique puis CAP en maçonnerie et carrelage et le voici sur un chantier, "tout en bas de l’échelle," se souvient-il ému, calé droit dans son fauteuil de la prestigieuse École Polytechnique, à Palaiseau. Depuis 1992, Antoine Garcia a intégré le Laboratoire d’hydrodynamique (LadHyX) où il aide les chercheurs à améliorer leurs expériences. À Polytechnique on le dit "assistant en instrumentation scientifique". À la Défense, dans son ministère de tutelle, on le dit "technicien supérieur d’étude et de fabrication", explique-t-il dans un sourire complice qui laisse entendre qu’il ne fait pas partie de la troupe.

Sur son bureau, un cahier grand format et petits carreaux, l’instrument favori de l’étudiant scientifique. Ce qui correspond bien à sa personnalité, en perpétuel apprentissage, animée d’un désir d’amélioration continue. À Perpignan, on l’avait repéré : le chef de chantier lui a confié une dizaine d’ouvriers pour les finitions. "J’ai dû me replonger dans les livres pour faire des calculs de quantité de béton, de surfaces, etc. Je me suis alors dit que si j’y arrivais c’est que je pouvais peut-être gravir les échelons et devenir un jour chef de chantier." On lui a fait confiance et il s’est fait confiance.

Mais la crise du bâtiment lui réservait d’autres horizons. En 1991, il est au chômage quand sa femme obtient un poste de contrôleuse du Trésor public à Nanterre. "Moi, je l’ai pris comme une aubaine pour sortir de la galère dans laquelle je m’installais," résume-t-il. Ni une ni deux, ils plient bagages sous les regards désapprobateurs du voisinage, peu habitué à voir les gens du quartier s’en aller. Avant son départ, grâce à son cousin touche-à-tout, Antoine avait rencontré Jean-Marc Chomaz, l’actuel directeur du LadHyX. "Mon cousin est un carrossier hors pair, il préparait parfois des profilés qui servaient dans les laboratoires de Météo-France pour tester les différents sillages dans l’eau. C’est lui qui m’a dit que Jean-Marc cherchait quelqu’un pour un coup de main sur les manip du labo."

Mais une fois à Paris, c’est à la porte de Bouygues qu’Antoine se présente : "J’idolâtrais la grande entreprise," justifie-t-il. Mais après trois mois d’essai, il déchante. "J’ai refusé leur offre d’emploi pour un franc symbolique : un salaire à 6 999 francs au lieu des 7 000 que je gagnais à Perpignan." C’est là que Jean-Marc Chomaz le rappelle. Pas de boulot, pas de toit et un bébé à charge décideront Antoine à franchir la porte du laboratoire. "Et aussi je devais être très culotté et un peu inconscient." Inconscient du fossé qui le séparait de ce monde-là, de la recherche, des gens bardés de diplômes.

Là encore, c’est grâce à la confiance que lui témoignent les gens qu’il avance. Jean-Marc tout d’abord qui lui offre un poste les yeux fermés. Olivier ensuite, le thésard avec qui il travaillera pendant quatre ans et qui sera en quelque sorte son mentor. Il fallait apporter les modifications nécessaires à l’expérimentation d’Olivier pour l’améliorer : mélanger des liquides, obtenir des viscosités spécifiques, mesurer des densités, puis réessayer avec une autre approche. Tout un langage, une méthode, un univers qu’il ne connaissait pas et qu’il a découvert avec son compagnon de route.

Antoine a 24 ans, n’a jamais fait de CV. "C’est là que j’ai compris que les études servaient surtout à apprendre à s’exprimer et à tenir une conversation en analysant des situations. Plus jeune, je n’avais rien compris," regrette-t-il un peu. Fini les travaux physiques et l’air libre, l’apprenti gagne en autonomie, règle d’or des laboratoires. Un jour il saisit un texte en informatique pour Olivier, ne lui avouant que trois mois après qu’il n’avait jamais touché un ordinateur auparavant. "Ça l’épatait que je ne mette pas de barrière à ce que j’avais à faire. Il m’a vraiment aidé à me mettre en avant."

Antoine prend de l’assurance et tente le concours de titularisation en 2002. Le jour dit, à l’École militaire, deux concours ont lieu en parallèle : celui d’ingénieur d’étude et celui qu’il convoite, technicien supérieur d’étude et de fabrication. "Lorsque j’ai compris que les futurs ingénieurs passaient aussi mon concours, je me suis senti vraiment à côté de la plaque." Découragé, angoissé, peut-être même diminué, Antoine met carte sur table devant le jury : "Mes points forts ? Certainement pas mes diplômes… " Quelques jours plus tard, il reçoit son examen et devient fonctionnaire d’État.

"Quand je retourne à Perpignan, les copains me disent que j’ai eu de la chance. Oui, j’ai eu la chance de rencontrer des gens bien qui m’ont aidé. Mais je pense aussi qu’on a tous des mains qui se tendent vers nous pour nous aider, il faut savoir les accepter." Curieux et optimiste, estimant que toute expérience est bonne à prendre, Antoine a saisi la balle au bond.

Aujourd’hui, il se sent épanoui dans son travail même s’il a toujours "ce petit poids", un manque de bagage scolaire qu’il traîne comme un boulet. À l’entendre, ce poids ne disparaîtra jamais mais il n’est pas assez lourd pour obliger Antoine à se relancer dans les études. Il a bien fait une remise à niveau du Bac il y a quinze ans, cela occupait tous ses week-ends. "Mon fils Alexandre avait 2 ans et il m’a dit : “tu m’aimes plus papa, tu t’occupes plus de nous ! ” Je ne veux pas être un égoïste. Lorsque je fais le bilan, il est positif, pourquoi vouloir aller encore plus loin ? Je découvre de nouveaux milieux grâce aux travaux art&science qu’on réalise au laboratoire, je suis chargé des visites du labo et des animations (Fête de la science - Une grande école, pourquoi pas moi ? - Bouge la science…). Je continue donc d’apprendre même sans les diplômes." Antoine a fait son choix et cette fois, c’est le sien.

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