logo Essonne

Carmen Garrido, biologiste insoumise

  • Posté le : Lundi 13 Février 2012
  • |
  • par : S. Delage

Chercheuse ambitieuse, elle a tout fait pour échapper à son destin de bourgeoise madrilène. Ses travaux commencent à être reconnus...

carmengarido2© Thierry Borredon

L’événement qui vous a le plus marquée ?


C’est celui qui aurait pu me coûter la vie. Le 17 octobre 1989, en fin d’après-midi, fraîchement débarquée à San Francisco pour un post-doc, les murs du 13ème étage de l’Université de Californie se sont mis à tanguer dans un bruit assourdissant. Toute la ville n’était plus que cris et poussière, une véritable panique généralisée. La terre a tremblé ce jour-là à une intensité de 7,1 sur l’échelle de Richter. Tous les buildings ont heureusement tenu le coup car San Francisco, à proximité des failles de San Andreas et de Hayward, est bâtie en conséquence. J’aurais tout donné pour fuir la ville, mais les aéroports sont restés fermés plusieurs jours. J’y suis finalement restée deux ans !

Le lieu qui a beaucoup compté ?


Encore aux Etats-Unis, à Los Angeles. J’y ai fait mes premières armes de femme libre après avoir été éduquée dans l’environnement surprotégé d’une famille bourgeoise catholique espagnole. A 21 ans, j’ai donc découvert la liberté de penser et d’agir, dans un univers où toutes les nationalités et les religions se côtoient. Grâce à un système éducatif ouvert à toutes les envies, j’ai pu découvrir d’autres disciplines, notamment l’océanographie. Mais j’ai déclaré forfait car mon mal de mer transformait les sorties exploratoires en véritable enfer ! Depuis cette première expérience de liberté, j’ai mûri et suis devenue très critique vis-à-vis du système américain. Moi qui travaille dans le domaine du cancer, je souhaite vivre dans un pays qui permette à tous ses citoyens de se soigner convenablement, et ce n’est pas le cas là-bas.

L’objet que vous adorez et qui ne vous quitte pas ?


Au risque de paraître farfelue, je suis très superstitieuse. Mon sac est rempli de trésors que je caresse du bout des doigts lorsque j’ai besoin de courage, par exemple au pupitre d’une conférence internationale. J’ai deux grigri préférés. Le premier m’a été donné par un ami cher après le tremblement de terre de San Francisco et le second par un de mes fils. L’objet en tant que tel n’est pas l’important, mais c’est l’intensité de la relation avec la personne qui me l’a offert.

Un livre préféré que vous emporteriez sur une île déserte ?

Orgueil et préjugés, de Jane Austen. Je lis cette épopée romantique au moins une fois par an depuis mes 20 ans. Cette description de la société anglaise du XVIIIe siècle fait écho à la rigidité à laquelle je me suis heurtée dans ma famille et dans l’Espagne sous Franco. C’est un livre qui me détend et me transporte. Je me reconnais dans le côté rebelle de cette héroïne cultivée et amoureuse. Je me suis battue pour faire exploser le carcan catholique traditionaliste dans lequel j’ai grandi.

Une personne qui a beaucoup compté ?

Plusieurs, notamment toutes celles qui m’ont permis de me construire. Ma mère et mes sœurs  tout d’abord. François Martin et Eric Solary ensuite, qui se sont succédés à la tête du centre de recherche de Dijon et qui ont cru en moi. Mon mari aussi, agriculteur bourguignon, pour lequel j’ai décidé de m’installer en France, alors que je prévoyais une carrière confortable à Madrid. Nous projetions d’élever des lapins… je suis finalement bien contente d’avoir obtenu un poste à l’Inserm !


Votre passion en dehors du travail ?

Plus jeune, je courais le semi-marathon. C’est resté une véritable drogue. Je cours ou nage tous les jours. J’ai 45 personnes à gérer au quotidien et le sport m’aide à décharger tout le stress accumulé. Comme mon cerveau continue de tourner à 100 %, je m’organise de véritables séances de travail pendant ma pause sportive, par exemple pour préparer le texte d’une prochaine conférence.


Carmen Garrido travaille dans la recherche contre le cancer. Elle met au point des stratégies pour détruire le réseau protecteur qui permet aux cellules cancéreuses d’échapper au système immunitaire et de résister à la chimiothérapie. Elle dirige aujourd'hui le laboratoire « Protéines de Stress et Cancer », centre de recherche Inserm 866, à Dijon.

Les 5 dates de Carmen Garrido:

- 1995: recrutement à l'Inserm, mariage et naissance de son premier fils, Alejandro.

- 2000: publication de son premier article dans le journal Nature, sur le rôle des protéines de stress HSP (HSP, pour heat shock proteins) dans la résistance à la chimiothérapie.

- 2002 : naissance de son deuxième fils, Paul. Nommée directrice de Recherche.

- 2003 : dépôt de son premier brevet pour une nouvelle thérapie contre le cancer. 

- 2007 : obtention du label d'excellence de l’Inserm et de la ligue contre le cancer.

Restez connecté

Suivez-nous : Page Facebook Page Twitter

Lettre d'information :

Vidéo

Cette vidéo nécessite le plug-in gratuit Flash 8.
Il semble que vous ne l'avez pas.
Cliquer ici pour le télécharger

Interview de Xavier Raepsaet - La propulsion nucléaire spatiale

Portraits d'experts

  • Romina Aron Badin, les primates au coeur
  • Jacques-Marie Bardintzeff, une vie consacrée aux volcans
  • Catherine Charlot-Valdieu :  Home sweet home
  • Didier Labille, l’astronomie en amateur professionnel