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Daniel Mendelzon : dans le rôle du prof

  • Posté le : Lundi 1 Février 2010
  • |
  • par : M. Julienne

Il a démarré sa carrière de professeur d'histoire à 45 ans... et failli tout lâcher après quelques jours d'enseignement. Mais il exerce maintenant avec bonheur, le métier de "prof-acteur".

Portrait Daniel Mendelzon - Professeur des collèges© Marina Julienne / Canopy

Daniel Mendelzon n’est pas d’humeur à rire. La leçon d’aujourd’hui porte sur l’islam, et sa classe de 5e doit oublier ce décor de collège de la banlieue parisienne pour se projeter au VIe siècle, en Arabie.
- "Quelle était l’activité principale des marchands ? " interroge-t-il.
- "Le tourisme ! " s’enthousiasme un élève, dont la bonne humeur tombe à plat.
- "Et la religion à l’époque ? "
- "L’islam," tente le garçon au caricatural tee-shirt violet "FBI".
- "Je vous ai répété déjà deux fois que Mahomet n’était pas encore né, comment pouvez-vous me parler de l’islam ? " s’agace Daniel Mendelzon.
- "Et qu’est-ce qu’on appelait une caravane ? "

On espère, un peu angoissé, qu’aucun élève n’osera parler d’une voiture dans laquelle on dort... Et pourtant, c’est bien la première réponse qui fuse, sans parvenir à dérider Daniel Mendelzon, concentré, prêt à rectifier la moindre erreur, et à réprimer le moindre bavardage.

Malgré tout, l’échange se poursuit, les élèves répondent, se trompent, corrigent souvent d’eux-mêmes. Ils ne sont pas plus d’un ou deux à sembler s’ennuyer, le cours est très vivant. Quand sonne l’heure de la récré, le visage sévère du professeur se relâche. Incontestablement, il sait aussi sourire et même rire. La métamorphose est impressionnante. "Mais quand je monte sur l’estrade, je deviens acteur, j’endosse mon rôle de prof, explique-t-il. Je suis le méchant, qui intimide pour se faire respecter. Chacun son truc : pour moi, c’est cela qui marche."

Daniel Mendelzon a un parcours peu ordinaire. Argentin d’origine, il a d’abord passé un doctorat de biochimie et travaillé à l’Institut Pasteur, avant de monter une société de biotechnologies en Argentine. "Les recherches sur le décryptage du génome humain étaient en plein essor, et cela a vite tourné tout seul. Je pouvais la diriger depuis la France, où j’ai repris des études de philosophie et d’histoire. Et puis la crise économique terrible de 2001 en Argentine a mis en péril ma société : c’est alors que j’ai choisi de changer radicalement de métier." Il passe le Capes et est envoyé, comme tout débutant, dans un établissement qui cumule les difficultés. Pour lui, ce sera le collège Romain Rolland de Bagneux (Hauts-de-Seine) classé zep : zone sensible et zone de prévention violence !

On imagine que son parcours professionnel conséquent et son physique d’homme déjà mûr suffit à lui conférer une autorité "naturelle".  "Et pourtant, au début, j’ai failli tout laisser tomber, explique-t-il. Cela faisait trois jours que j’étais là, les gamins avaient rempli leurs poches de marrons et j’avais à peine tourné le dos à la classe que je recevais une volée de projectiles… Heureusement, j’ai parlé très vite à mes collègues. Ils ont tous 20 ans de moins que moi, mais ils m’ont aidé, convaincus que je n’étais pas forcément un mauvais prof, mais qu’il fallait poser mes marques."

Selon lui, l’esprit d’équipe est essentiel pour réussir ici. "Il ne faut surtout pas avoir de pudeur à se confier. Si ces jeunes profs ne m’avaient pas soutenu, j’aurais craqué."

Après cinq ans d’exercice en zone prioritaire, il pourrait enseigner dans un collège plus tranquille de centre-ville, mais n’en a plus du tout envie. Pourtant, il sait ce qu’il "perd". Quand il était chercheur, il enseignait à des étudiants motivés. Puis, lors de son stage en IUFM, il a eu des élèves de terminale d’une classe européenne d’un lycée parisien, et donc triés sur le volet. "Bien sûr, ce fut un vrai plaisir. Je pouvais quasiment parler de Goethe à bâtons rompus et en allemand avec de tels élèves ! Mais honnêtement, ils n’avaient pas besoin de moi. Ici au moins, que je sois là ou pas, cela fait une différence."

La satisfaction, intellectuelle notamment, il la trouve ailleurs. En préparant les élèves de 3e pour le brevet, il observe une réelle progression de leurs connaissances entre le début et la fin de l’année. Les conditions matérielles aussi sont confortables, "avec 18 élèves par classe, on peut faire du bon travail, utiliser la vidéo, le cinéma, diversifier les activités tout en faisant participer tout le monde."

Et puis il y a la satisfaction affective. "Certains gamins que j’avais vraiment du mal à supporter reviennent me voir quelques années plus tard, de leur propre initiative, juste pour discuter ; je vous assure que c’est émouvant."

L’équilibre est fragile. Avec les élèves de 3e il ne se permet toujours pas d’écrire une leçon au tableau, alors il dicte du fond de la classe. Toujours cette crainte des marrons ! "Mais curieusement, c’est avec les petits, 6e et 5e, que j’ai le plus de mal ; il faut être plus maternant, cela me convient moins bien."

Même aux meilleurs acteurs, il est parfois difficile d’exceller dans tous les rôles…

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