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Françoise-Hélène Jourda, des constructions béton

Elle a fait ses études d’architecture entre deux chocs pétroliers. Et depuis, cette femme de conviction n’a cessé de prôner une architecture "responsable" qui ne gaspille pas nos ressources. Elle construit actuellement à Saint-Denis (93) le premier immeuble "zéro-énergie" de l’Hexagone : il produira autant d’énergie qu’il en consomme.

Portrait de l'architecte Françoise-Hélène JourdaFrançoise-Hélène Jourda.
© Jean-Pierre Porcher / Jourda architectes

Elle a 14 ans quand elle se met en tête de devenir architecte. Rien de spécial ne l’y destine : aucun architecte ni ingénieur dans sa famille. Mais elle est brillante à l’école, aime le design, et il est temps pour elle de choisir une orientation. "Je réfléchis longtemps, mais quand je me suis forgé une conviction, je la maintiens," avoue Françoise-Hélène Jourda, architecte diplômée depuis bientôt trente ans. Des convictions, cette architecte aujourd’hui très en vogue en a d’ailleurs depuis longtemps.

Son engagement remonte à ses années étudiantes, qui s’inscrivent précisément entre deux chocs pétroliers, 1973 et 1979. "On parlait alors beaucoup de l’utilisation du solaire et d’une architecture écologique," se souvient-elle. Ajoutez à cela une enfance en milieu rural dans une maison familiale où on allait chercher l’eau au puits : il n’en faudra pas plus pour faire d’elle une architecte "responsable" pour qui ce métier consiste avant tout à bâtir "un monde meilleur"

Son diplôme en poche à seulement 23 ans, elle s’associe à un jeune architecte rencontré à Lyon : Gilles Perraudin. Dès l’année suivante, en 1980, ils remportent ensemble le premier prix du concours européen d’énergie solaire passive. Puis les projets s’enchaînent. En 1993, ils se lancent dans une réalisation citée comme exemple d’éco-construction : une immense serre de 13 000 m2, créant un microclimat semblable à celui de Nice, mais en Allemagne ! Son toit est couvert de panneaux photovoltaïques qui alimentent en électricité non seulement les bureaux de la serre, mais aussi, les habitations alentours. Quant au chauffage, il utilise les gaz émis par les anciens puits de mine du site. Enfin, les eaux de pluie sont récupérées et les matériaux de construction des bâtiments sont naturels ou facilement recyclables…

Achevée en 1999, cette construction marque une étape dans la carrière de Françoise-Hélène Jourda. D’abord avec un nouveau prix, le Prix européen solaire. Mais aussi, avec une carrière qui devient indépendante et un début de reconnaissance… en France ! Jusque-là, elle avait bien réalisé plusieurs projets dans son pays, notamment à Lyon : l’École d’architecture, une maison privée, le mémorial à la Déportation (Place des Terreaux), la station de métro Parilly (Vénissieux), des logements (Tassin-la-Demi-Lune), la Cité scolaire internationale, la signalétique du métro, le mobilier urbain. Mais à ses yeux, son "message" n’était pas entendu. L’esthétisme primait encore sur les questions écologiques. Et puis c’était une femme... Qui plus est, une lyonnaise et non une parisienne. Alors, elle était "tenue à distance". Reste qu’en 2007, c’est à elle que s’adresse Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie, pour préparer le Grenelle de l’environnement. En lui confiant une mission "incroyable", "énorme" : faire le point sur la prise en compte du développement durable dans la construction.

Bosseuse, elle a annulé ses vacances pour rendre en temps et en heure son rapport. Et depuis, elle a le sentiment que ses idées trouvent enfin écho en France. Bien sûr, elle déplore le retard pris par notre pays : on n’y trouve par exemple aucun enseignement équivalent à celui qu’elle donne depuis dix ans à l’université technique de Vienne (Autriche), où elle dirige le département d’architecture et de développement durable. Mais elle souligne que "les étudiants en architecture sont très demandeurs". Pour elle, il est donc évident que "ça viendra…" Elle a foi en l’homme. Gageons qu’elle ne se trompe pas…


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