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Gérard Férey, "Architecte de la matière"

  • Posté le : Lundi 19 Septembre 2011
  • |
  • par : S. Bouvard

Fasciné par la magie de la forme, contemplateur des structures organisées, il conçoit à sa guise des solides poreux qui stockent, séquestrent, redistribuent... toutes sortes de molécules (voir encadré). Physico-chimiste de renom international, il est médaillé d’or 2010 du CNRS et pilier de l’Année Internationale de la Chimie.

Portrait de Gérard FereyGérard Ferey : “Chez moi, dans toutes les pièces, il y a des livres”.
© Cécile Dégremont / LookatSciences

L’événement qui vous a le plus marqué ?

Il faut perdre cette habitude de se focaliser sur une chose. Il y en a plusieurs. La médaille d’or du CNRS en est un, c’est évident. Quand j’ai reçu le prix ENI (groupe pétrolier italien) de l’environnement, à la Scala de Milan, là aussi c’était impressionnant. Devant 1500 personnes, sur la même scène que la Callas. Ca fait quand même un drôle d’effet ! Mais au-delà, ceux que j’ai vécus avec ma famille : la naissance de mon fils, de mes petits-enfants. Ça, ce sont de grands moments !

Le lieu qui a beaucoup compté ?

Les baies sont un spectacle qui me touche énormément. Ces espaces entre terre et mer qui donnent une notion d’infini. Celles de Rio, de Sydney, de Stockholm. Quand je regarde suffisamment tôt le matin ces paysages désertés, je pense aux premiers humains qui eux aussi ont vu ces couleurs magnifiques, le reflet du ciel dans l’eau, la terre encore noire tout autour. À titre professionnel, un lieu qui a compté c’est peut-être l’impressionnant “Grand amphithéâtre” de la Sorbonne et ses 1200 sièges qui vous font face.

L’objet que vous adorez et qui ne vous quitte pas ?

Gérard Férey, d’instituteur à professeur émérite de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, n’a jamais cessé d’enseigner. Parvenu au sommet par « Une succession de rencontres heureuses », récompensé maintes fois, il a beaucoup travaillé sur les solides poreux : ces édifices moléculaires de grande taille, ont comme particularité d’être rempli de “trous”. Ce sont de véritables éponges capables de stocker de l'hydrogène (pour les piles à combustible), de piéger le CO2 (pour lutter contre l'effet de serre) sans pour autant augmenter de volume, ou d'encapsuler des médicaments. Gérard Férey est parvenu à maîtriser la synthèse et à prédire les propriétés de ces solides poreux. Il est également à l’initiative du Comité Ambition Chimie qui rassemble forces industrielles et académiques, "Pour qu’enfin la chimie française parle d’une seule voix".

Les dates de Gérard Férey

1960 : 19 ans, instituteur à Saint-Clair-sur-l’Elle (Manche)
1967 : fonde le département de chimie de l'Institut Universitaire de Technologie du Mans
1996 : crée l’Institut Lavoisier à Versailles
2003 : élu à l’Académie des sciences
2009 : reçoit le prix de l’ENI (Ente Nazionale Idrocarburi) pour la protection de l’environnement
2010 : médaillé d’or du CNRS

Je ne suis pas fétichiste mais j’aime m’entourer d’objets. Je regarde souvent La Cathédrale de Rodin. J’en possède une copie. Bien que je la connaisse trop pour m’y attarder très longtemps, les mains de cette sculpture ne me laissent jamais indifférent. Un objet très symbolique, très évocateur de la solidarité, de l’amour, avec des lignes très pures. Une main est quelque chose d’infiniment complexe et nécessaire. Quand je rencontre quelqu’un pour la première fois, je regarde toujours ses mains. C’est très instructif. En général il y a une bonne corrélation entre le caractère de la personne et ses mains. Les plus grands se sont arrêtés sur les mains, Dürer, Michel Ange dans le jugement dernier, Rodin.


Un livre préféré que vous emporteriez sur une île déserte ?

On apprend tellement en lisant, autant qu’en agissant. Chez moi, dans toutes les pièces il y a des livres. Je ne pourrais emporter tous ceux que je voudrais. J’en extrairais alors des phrases qui me servent de lignes de vie. Une de Bergson par exemple, "Agir en Homme de pensée et penser en Homme d’action". C’est tout un mode de vie. Et cette phrase de Gandhi, "We must be the change we want to see", "Nous devons être le changement que nous voulons voir", qui m’astreint à ne jamais me satisfaire de l’habitude. Je pense souvent à ces phrases.

Une personne qui a beaucoup compté ?

A part ma femme, mes enfants et mes petits-enfants qui sont mon centre vital, il y a eu un homme extraordinaire : Félix Bertaut, de son vrai nom Erwin Lewy. Il m’a appris à me poser cette question fondamentale à chaque fois que je trouve quelque chose : "Oui, mais pourquoi ? ". C’était un immense scientifique, d’une culture et d’une gentillesse exceptionnelles. Et puis, Pierre-Gilles de Gennes que la nature, il faut croire injuste, avait doté de tous les talents ; il avait du génie.

Votre passion en dehors du travail ?

L’art, quand mon métier qui est pour moi un sacerdoce m’en laisse le temps. Sous toutes ses formes. Picturale, je dessine à la mine de plomb ; mais aussi sculpturale, musicale. J’aime l’opéra, la littérature. Je dors 4h par nuit mais n’ai aucun mérite, mes gènes m’ont fait comme ça, alors j’en profite. Malgré cela, il m’est impossible de tout faire et approfondir. Je grappille.

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