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Gérard Luquet, dans le monde des insectes

  • Posté le : Lundi 15 Janvier 2007
  • |
  • par : A. Joseph

Gérard Luquet a passé trente années dans le service d’entomologie du Muséum national d’Histoire naturelle. Aux murs, des milliers d’animaux reposent dans des boîtes hermétiques. Il y a comme une vague odeur de poussière, où se mêlent celles des insectes épinglés et des produits chimiques autrefois utilisés pour les conserver*. Pourtant, lorsque l’entomologiste arrive, ce n’est pas l’enfermement des années que l'on lit sur son visage mais l’enthousiasme des enfants. Pendu à son cou, des papillons colorés s’agitent sur une cravate bleutée. Son sourire bienveillant rend l’espace accueillant. En caressant de son pas des locaux qu’il a toujours estimés mythiques, il présente la collection comme une caverne d’Ali Baba, le regard baigné de fierté.

Gérard LuquetGérard Luquet
© A. Joseph/Conseil général de l'Essonne

Cet homme est habité par une passion que les années n'ont pas ternie. Dès l'âge de quatre ans, il entame sa première collection d'insectes. Il a grandi sous l'oeil vigilant d'une préceptrice et apprend très tôt à lire et écrire. Il se revoit, le nez plongé dans l'encyclopédie, cornant les pages dédiées aux insectes. Insatiable, il recueillait tous les invertébrés trouvés sur son chemin. Ses parents, un ingénieur électricien et une organiste, l'ont toujours soutenu dans cette démarche curieuse et minutieuse. Apprendre à observer, à décrire, à comparer. Pour enfin, reconnaître chaque espèce. Et surtout, les papillons.

Arrivé au bac, il doute au vu de ses résultats en mathématiques, de ses capacités à étudier les sciences biologiques. Probablement trop perfectionniste, il s'oriente vers les langues qu'il étudie durant six ans à l'université de Nanterre. La vision idyllique des paysages de son enfance ne l'a jamais quittée… Il intègre finalement un troisième cycle d'entomologie à Jussieu. "Il y a 50 ans, j'étais à la hauteur des herbes et je me souviens des prairies qui entouraient Paris où des milliers de papillons volaient. On aurait dit des ludions** partout, c'était bleu, c'était rouge, ça bourdonnait !" Lorsque Gérard Luquet entonne ce chant, plus rien ne l'arrête, les souvenirs ressurgissent. Il replonge dans l'univers chatoyant et féerique qu'il détaille. Du reste, en observateur de longue date, il témoigne de la détérioration des milieux naturels en Île-de-France. Aujourd'hui, son vœu le plus cher serait de voir ces milieux réhabilités et les insectes les réintégrer.

Car il s'agit d'un "monde fabuleux au pas de sa porte", estime l'enseignant-chercheur qui, régulièrement, emmène des écoliers en randonnée dans la vallée de la Juine. Malheureusement, il n'enseigne plus en faculté mais uniquement dans des cours du Muséum. Et parfois, pour des scolaires ou des associations. "L'absence de formation professionnelle en entomologie aujourd'hui est d'autant plus paradoxale que le ministère de l'Environnement et d'autres institutions réclament de plus en plus d'expertises dans ce domaine, explique le chercheur dépité. Mais on ne pourra pas toujours avoir recours aux scientifiques étrangers", espère-t-il.


*ces produits, qui étaient nocifs pour l'homme, ne sont plus utilisés. Les insectes sont simplement conservés désormais à l'abri de la lumière.

** n. m. XVIIIe siècle. Emprunté du latin ludio, -onis, "pantomime, danseur", lui-même issu du verbe ludere, "jouer". Appareil de démonstration de physique, formé d'une sphère creuse percée d'un trou à sa partie inférieure (et parfois lestée d'une figurine) qui monte et qui descend dans un bocal fermé par une membrane, quand on y modifie la pression. Le Petit Robert 2006

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