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Gwenaëlle Aubry, philosophe, romancière et chercheuse

  • Posté le : Lundi 14 Février 2011
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  • par : A. Sari

Prix Femina 2009, pour Personne, portrait abécédaire de son père maniaco-dépressif, elle mène avec jubilation, un jeu permanent entre la philosophie et la recherche, qui occupent son âme, et l'écriture, qu'elle a chevillée au corps.

L’événement qui vous a le plus marquée ?

Chaque événement, qu’il me soit personnel, qu’il relève de l’histoire collective ou de l’actualité, peut avoir son importance. Un fait futile, anodin, ou oublié peut resurgir lors du travail d’écriture sans que j’en ai mesuré l’importance au moment où il s’est produit. De livre en livre, je revisite des sédiments de mémoire : une rencontre amoureuse, l’affaire Florence Rey, la naissance de ma fille aînée, la mort de mon père… Aristote disait qu’on ne sait jamais, avant sa mort, si un homme a été heureux. Je ne saurai donc pas avant ma mort quel événement a compté pour moi.

Le lieu qui a beaucoup compté ?

Pise, où j’ai débarqué un matin de janvier pour un séjour d’études de trois mois - j’avais 19 ans. J‘ai pris un train de nuit, et je me suis retrouvée au petit matin sur les rives de l’Arno. Yves Bonnefoy, dans son livre L’arrière-pays, parle d’un pays "d’essence pure". C’est pour moi un lieu fondateur. J’ai commencé à écrire de façon continue, à partager mon temps quotidien entre l’écriture et la philosophie… Le mode de travail et de vie qui est le mien maintenant s’est déterminé là. J’y ai rédigé mon premier texte, sur le mythe de Perséphone, mêlant le récit, la poésie, l’essai. Il n’a jamais été publié mais c’est une sorte de matrice pour ce que j’ai écrit par la suite.
 
L’objet que vous adorez et qui ne vous quitte pas ?

Ancienne élève de l’ENS et du Trinity College de Cambridge, Gwenaelle Aubry est chargée de recherche au CNRS depuis 2002. Elle enseigne également la philosophie à L’université Paris IV Sorbonne. En tant que chercheuse, elle travaille sur les philosophies antiques et leurs réceptions contemporaines. Elle est par ailleurs traductrice du philosophe antique Plotin.

Les 5 dates de Gwenaëlle Aubry

- 1989    : rencontre avec Pierre Hadot ; découverte de Plotin, de Musil et de Rilke ; départ à Pise 
- 1999 : mariage ; premier roman Le Diable détacheur (Éd. Actes Sud)
- 2001 et 2007 : naissance de ses deux filles
- 2002 : chargée de recherche, au CNRS - Centre Jean Pépin, sur l’histoire de la philosophie antique et médiévale, le néoplatonisme
- 2009 : cinquième roman Personne (Éd. Mercure de France), Prix Femina

La photo de mes deux filles, un paquet de cigarettes, un petit carnet, un livre… Je ne suis pas fétichiste et mes rituels d’écriture sont plus temporels que matériels.  

Un livre préféré que vous emporteriez sur une île déserte ?

L’Homme sans qualités de Robert Musil. Ce livre m’a façonnée. Je l’ai lu la première fois, à 18 ans, lors de ma première année à l’Ecole Normale Supérieure, qui a été une sorte d’année socle ! Encore, je vis et j’écris dans l’énergie accumulée et au travers des lectures et des rencontres que j’ai faites cette année-là. Je l’ai relu quelques années plus tard et j’ai été presque effrayée de voir à quel point il avait pu déterminer chez moi des choix de vie. C’est l’un des rares romans, où, comme dans Proust ou Beckett, il y a une articulation très particulière entre la pensée et l’écriture. Les contraires y coexistent de façon très singulière : l’ironie et l’extase, l’humour et la beauté… On trouve des traces de ce livre dans mon dernier roman. Mais aussi dans les questions qui me préoccupent en philosophie : le moi, la puissance et l’acte, le virtuel et le possible… L’une des questions centrales de ce livre est : pourquoi le plus souvent n’actualise-t-on en soi que la possibilité la plus médiocre ?

Une personne qui a beaucoup compté ?

Pierre Hadot, que nous avons perdu le 25 avril 2010. Je l’ai rencontré cette même première année à l’Ecole Normale Supérieure et j’ai travaillé sous sa direction quand j’étais à Pise. Je l’ai connu d’abord à travers ses livres, Exercices spirituels et philosophie antique, ou son magnifique Plotin ou la simplicité du regard. Il a déterminé chez moi le choix de la philosophie grecque et de Plotin. Il m’a fait découvrir Rilke… J’ai une immense dette intellectuelle envers lui. Très discret, profondément lumineux et généreux, il s’est toujours refusé à occuper la posture du maître. Pourtant il m’a accueillie quand j’étais une gamine de 18 ans et a accepté de diriger ma maîtrise et mon DEA. Il m’a fait confiance, me laissant une grande liberté et m’a toujours encouragée. Deux heures après la proclamation du Prix Femina, j’avais un message de lui me disant combien il était heureux et fier.

Votre passion en dehors du travail ?

Mes filles, le théâtre, la peinture, le cinéma, la natation, la danse, les voyages… Mais, à travers l’écriture, c’est vers la musique que je tends. Mes romans sont de moins en moins narratifs. Leur unité est d’ordre musical. Elle tient au style, à la voix, à la tonalité, à un travail très précis d’écho et de récurrence. Un livre tient à la pensée et à l’intelligence mais il doit d’abord s’entendre, s’écouter. J’aime Schubert éperdument, Bach, et de plus en plus Beethoven. Je ne pourrais pas vivre sans la musique.

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