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Jean-Pierre Durand, sociologue du travail hyperactif

  • Posté le : Lundi 14 Mars 2011
  • |
  • par : T. Pierrot

Ce professeur a créé le centre de recherche Pierre Naville (université d'Evry Val d’Essonne). Il est aussi artiste. Chez lui, les piles de livres se mêlent aux peintures, collages et photographies.

Portrait de Jean-Pierre DurandJean-Pierre Durand : "Je suis quelqu’un de très nomade. En trente ans j’ai déménagé quatorze fois."
© Tiffanie Pierrot/LookatSciences

L’évènement qui vous a le plus marqué ?

Le séjour de six ans que j’ai effectué comme coopérant en Algérie à partir de 1973. Ce fut la période la plus formatrice de ma vie. J’arrivais à l’époque dans un pays neuf pour mettre en œuvre des idées généreuses d’égalitarisme et de démocratie. J’enseignais à des étudiants dont un bon tiers était très politisé et voulait faire avancer le pays. Mais je me suis heurté à des structures rigides et à un parti unique qui ont transformé nos utopies en illusions. J’ai réalisé que le social ne se manie pas comme une discipline scientifique et résiste aux changements. La réalité m’a vite fait redescendre sur terre mais je suis  rentré en France fort de ce vécu. L’université était alors un secteur privilégié dans lequel nous avons pu mettre en œuvre certaines de nos expériences algériennes. Le contraste fut fort.

Le lieu qui a beaucoup compté ?

Je suis quelqu’un de très nomade. En trente ans j’ai déménagé quatorze fois ! Il est donc difficile pour moi de définir un lieu préféré mais je vais choisir le domicile familial, à Vitry. C’est un lieu privilégié où ont grandi mes enfants. Il s’agissait à l’époque d’une banlieue ouvrière où il régnait une vie sociale active et une mixité sociale et ethnique dense. Je m’y suis beaucoup investi à mon arrivée car le fonctionnement de la démocratie locale m’intéressait beaucoup. J’ai créé en 1983 une association de défense du quartier face au projet de construction d’une bretelle d’autoroute qui menaçait la zone pavillonnaire. Je dois avouer que j’ai peu à peu éprouvé une désillusion sur le mode de fonctionnement du politique dans les collectivités territoriales. Pourtant, malgré le mitage progressif de la    zone, je reste très attaché à ce lieu et à cette maison.

Jean-Pierre Durand a fait ses débuts en tant que maître de conférences à l’Université de Rouen. Pendant 20 ans, il s’intéresse au monde ouvrier dans l’industrie automobile. Depuis une décennie, il se concentre sur le secteur des services. Dès 1991, il participe à la création de l’Université d’Evry en mettant en plus notamment un cursus  de sociologie et en dirigeant le centre de recherches Pierre Naville. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Sociologie contemporaine (1989), La Chaîne et le réseau (2002) et La Chaîne invisible (2004). En 2011, La nouvelle revue du travail, qu’il a co-fondé, sera mise en ligne.

Les dates de Jean-Pierre Durand :
1967 : rencontre avec sa femme Joyce Sebag
1973 : début d’un séjour de six ans en Algérie comme coopérant
1979 : retour en France après la publication de son ouvrage L’Algérie et ses populations co-écrit avec Habib Tengour.
1981 : maître de conférences à l’Université de Rouen
1991 : participe à la fondation de l’Université d’Evry et crée le cursus  de sociologie
1992 : crée le centre de recherche Pierre Naville

L’objet que vous adorez et qui ne vous quitte pas ?

A l’époque où je pratiquais la photographie, je gardais toujours sur moi une petite boîte dans laquelle se trouvait mon appareil photo. Il faut dire que je suis loin d’être fétichiste. Aujourd’hui, je promène en permanence mon savoir et trois objets sont mes appendices : mon ordinateur portable, mon cartable et ma clef USB. Tout ce que je connais s’y trouve. Grâce à eux je peux intervenir n’importe où et n’importe quand pour transmettre mes connaissances. Reste que je suis loin d’être fétichiste.

Un livre préféré que vous emporteriez sur une île déserte ?

Plutôt qu’un livre, une bibliothèque ! Je pense qu’aucun livre ne me procurerait de plaisir durable car il n’y a pas d’ouvrage qui mérite qu’on s’y intéresse uniquement. La plupart du temps, on lit un roman puis on l’oublie et je suis d’ailleurs très exigeant concernant ces lectures. C’est pourquoi je ne pourrais pas choisir un livre en particulier mais plutôt une bibliothèque ! A la rigueur, j’emporterais peut-être l’un de mes ouvrages pour le relire et le corriger !

Une personne qui a beaucoup compté ?

Ma femme. Elle a marqué ma vie professionnelle et affective et, même si l’on n’est pas d’accord sur grand-chose, la vie est une émulation permanente avec elle. J’ai rencontré mon épouse à l’université et je partage ma vie avec elle depuis quarante-quatre ans. Nous exerçons le même métier et avons toujours travaillé ensemble. Chacun a son champ d’action et on essaie de les faire converger. Nous avons par exemple réalisé des films ensemble comme un documentaire sur la discrimination positive aux Etats-Unis. A la maison, on s’envoie des mails pour communiquer, c’est plus pratique, et cela amuse tous nos collègues !

Votre passion en dehors du travail ?

Sans aucun doute la création artistique sous toutes ses formes. J’ai toujours souhaité avoir de l’espace chez moi pour pouvoir salir, créer et m’exprimer. J’ai construit dans ma maison un laboratoire photo car je consacrais beaucoup de temps à cette passion il y a encore dix ans, et j’organise des expositions de temps en temps. L’un des projets qui me tient à cœur serait d’ailleurs d’écrire un beau livre d’histoire de la photographie depuis le milieu du XIXe siècle.
J’adore également le collage et la peinture. Mon bureau est rempli de tableaux et j’en fais parfois cadeau à des amis.

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