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Liliane Elsen : et au milieu coule une rivière

  • Posté le : Lundi 10 Janvier 2011
  • |
  • par : G. Fléchet

A 85 ans, cette écologiste essonnienne garde ses convictions intactes. Ancienne vice-présidente des associations France nature environnement et Ile-de -France Environnement, elle vit depuis cinquante dans un village paisible de la vallée de la Juine.

L’évènement qui vous a le plus marqué ?

Comme tous ceux de ma génération j’ai été profondément marquée par la fin de la seconde guerre mondiale. Ceci dit, le classement de la vallée de la Juine au titre de la loi de 1930 sur les paysages a pour moi une importance toute particulière. Ce combat de haute lutte remonte à la fin des « Trente glorieuses ». A l’époque les zones pavillonnaires fleurissent un peu partout dans le département de l’Essonne et on commence à craindre que la vallée ne finisse par ressembler à celle de l’Orge, qu’une véritable marée pavillonnaire était en train de submerger. Et lorsqu’un projet de lotissement menace finalement de voir le jour sur le plateau de Pocancy, l’association Vallée de la Juine Nature environnement, que je dirigeais alors, décide de se mobiliser. A force de persévérance nous sommes parvenus à convaincre les élus, mais aussi les jeunes agriculteurs de la région, de ne pas céder leurs terres agricoles aux promoteurs immobiliers. Résultat : la plupart des villages et les paysages qui se succèdent le long de la Juine conservent aujourd’hui encore un aspect préservé.

Le lieu qui a beaucoup compté ?

Le village de Cordon en Haute-Savoie. Niché au pied des Aravis, à 900 mètres d’altitude ce petit coin de paradis est situé au cœur du pays du Mont-Blanc, En 1939, à une époque où il n’y  avait encore que des fermes, mon père y a construit un chalet qui fut très certainement la première résidence secondaire du hameau. Si les agriculteurs sont aujourd’hui moins nombreux, le village a su garder un caractère authentique. Celui que l’on nomme à juste titre  le balcon du Mont-Blanc est un endroit qui a beaucoup compté pour moi tout au long de ma vie. Je m’y rends d’ailleurs chaque fois que j’ai besoin de me ressourcer.

L’objet que vous adorez et qui ne vous quitte pas ?

Liliane Elsen a contribué au lancement de La Gueule ouverte, journal d’écologie politique fondé en 1972 par le journaliste pamphlétaire Pierre Fournier. Elle franchit un pas dans la lutte pour la préservation de l’environnement dans les années quatre-vingt, au sein de l’association Collines. Elle y côtoie Corinne Lepage. Plus tard, elle intègre France Nature Environnement où elle sera notamment chargée du réseau national déchets et industrie.

Les dates de Lilanne Elsen :

1925  - Naissance à Paris
1955  - Mariage avec Claude Elsen
1960  - Installation à Janville-sur-Juine
1986  - Devient secrétaire nationale puis vice-présidente de France Nature environnement
2003  - Obtient le classement de la vallée de la Juine au titre de la loi sur les paysages

Je ne suis pas matérialiste, c’est donc assez difficile pour moi d’admettre que je suis particulièrement attachée à un objet. Si ce n’est peut-être mon jardin aménagé près d’une ancienne cressonnière et auquel je m’efforce de conserver un aspect sauvage, légèrement anarchique. 

Un livre préféré que vous emporteriez sur une île déserte ?

Si je devais m’exiler sur une île déserte ce n’est pas un livre mais une malle entière d’ouvrages que j’emporterais ! Dans cette malle je glisserais probablement Le printemps Silencieux de Rachel Carson. Ce livre qui est en quelque sorte à l’origine du mouvement écologiste dans le monde occidental, est aussi celui qui a déclenché ma réflexion personnelle sur la préservation de la nature. Et si je fais abstraction de mon militantisme, ce serait sans hésiter les œuvres de Charles Dickens et de Marcel Proust que j’emporterais avec moi. Il me semble que les sept volumes de A la recherche du temps perdu conviennent parfaitement à un isolement prolongé sur une île déserte.

Une personne qui a beaucoup compté ?

Mon mari qui était écrivain et traducteur. Nous nous sommes rencontrés vers le début des années cinquante. J’étais secrétaire du comité littéraire des éditions Plomb, lui relisait des manuscrits pour cette même maison d’édition. Je venais de découvrir qu’il vivait en France sous une fausse identité. Il était d’extrême droite et avait été collaborateur pendant la seconde guerre mondiale. Il était condamné à mort en Belgique, son pays d’origine. Cela ne m’a pas empêché de l’aimer. Après notre mariage, nous avons quitté l’agitation parisienne pour la tranquillité de Janville-sur-Juine. Nous y avons acheté la maison où je vis toujours. Sans mon mari, décédé depuis maintenant quarante ans, je n’aurais peut-être jamais déménagé dans l’Essonne où s’est finalement concrétisé mon militantisme écologique. 

Votre passion en dehors du travail ?

La marche et la lecture. Pour moi marcher reste une occupation à part entière durant laquelle je ne cesse de contempler le paysage ou l’architecture qui m’entoure. J’apprécie tout  particulièrement les randonnées en solitaire au-dessus de Cordon. Il y a encore quelques années, il m’arrivait de partir seule en montagne toute une journée, un livre dans le sac à dos que je dévorais une fois parvenue dans l’alpage. A 85 ans j’aime toujours autant me balader dans les bois aux environs de Janville ou à Paris, que j’ai l’impression de redécouvrir à chacune de mes escapades. Et lorsque je ne marche pas je lis assidûment, deux à trois livres par semaine.

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