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Marité Milon : la recherche de genre

  • Posté le : Lundi 27 Septembre 2010
  • |
  • par : M. Julienne

Un garçon manqué ? Non, une fille réussie (!), aime à répondre cette enseignante à Telecom Ecole de Management (ex INT). Sa recherche : les relations que les filles entretiennent avec les nouvelles technologies.

Portrait de Marité MilonMarité Milon : "J’aime quand nos études ont une implication directe dans la vie des gens. La recherche juste pour le plaisir, cela m’intéresse moins."
© Telecom Ecole de Management

Lorsque les contrôleurs aériens évaluent le risque que deux avions se télescopent dans un espace donné, le font-ils sur des critères vraiment rationnels ? Pourquoi les plus expérimentés sont-ils aussi les plus prompts à demander des modifications de trajectoires ? C’est le type de questions que se posait Marité Milon lorsqu’elle a passé sa thèse en "psycho-ergonomie" (ergonomie utilisant des connaissances issues de la psychologie cognitive, comme la mémoire, l’attention, la perception). Dans la foulée, un outil informatique d’aide à la décision pour les contrôleurs a été mis en place. "J’aime quand nos études ont une implication directe dans la vie des gens. La recherche juste pour le plaisir m’intéresse moins". Une dimension fondamentale dans son travail. Le personnage est campé. Pas question de travailler... en l’air, sans lien au réel.

Après sa thèse, elle enchaîne avec France Telecom. Ce sont les années 80, en pleine informatisation des postes de travail. Il faut faire correspondre les besoins humains des opérateurs et l’outil informatique. Puis elle intègre Telecom Ecole de Management (ex INT) à Evry, en tant que chercheuse et enseignante, où elle réfléchit à la meilleure façon d’utiliser les nouveaux médias dans l’enseignement. "En lisant un article publié par Chantal Morley (chercheuse au sein du projet Sexe et technologies de l'information, Sexties - ndlr) sur la façon dont les filles se détournaient des technologies de l’information et de la communication, j’ai eu un déclic. On m’avait souvent reproché de faire la vidange de la voiture, alors que c’est “une affaire d’homme” ! Et puis je suivais beaucoup d’étudiantes en informatique agacées que leur entourage s’étonne de leur connaissance des réseaux. J’avais un peu de cette conscience féministe, sans avoir eu l’idée d’étudier scientifiquement les questions liées au genre". 

Les dates de Marité Milon

1952 : Naissance
1980-85 : Naissance de ses enfants
1983 : thèse de psychologie à l’Université Paris V
1993 : intègre l’INT (devenu ensuite Telecom Ecole de Management) comme enseignante-chercheuse au département systèmes d’information, spécialiste de la conception et de l’évaluation d’outils techniques (IHM) et de supports pédagogiques hypermédias destinés aux élèves ingénieurs.
2005 : intègre le projet Sexties

“Les positions bougent”

Elle intègre donc le projet Sexties, et cette fois c’est sur le plan pédagogique qu’elle va décliner les conclusions de ses recherches. "Quand nous avons réalisé nos études sur le leadership, nous avons suscité l’intérêt de nombreux professeurs." Il existe depuis un cours sur les discriminations (raciales, sexistes, etc) à Telecom Ecole de Management. "C’est très gratifiant de voir comment, en plantant cette petite graine, les positions bougent, s’émerveille Marité Milon. Entre le moment où nous recrutons nos élèves et la sortie de l’école, ils et elles se sont transformés comme des papillons sortant de leur cocon, notamment sur cette question des discriminations".

Preuve tout de même que les mentalités changent, ses enfants à elle ne se sentent pas vraiment concernés par la question des discriminations liées au genre. "Ils estimeraient presque que je me trompe de combat car ils sont plus sensibilisés à la question des discriminations raciales, qu’ils trouvent beaucoup plus criantes". Marité Milon estime en fait que sur ces sujets, rien n’est jamais définitivement gagné. Elevée dans une famille traditionnelle où les garçons se mettaient les pieds sous la table, elle est restée méfiante.
En décidant aujourd’hui d’apprendre à piloter un avion, la chercheuse marque encore un changement d’époque pour elle. "C’est un challenge personnel, qui permet de découvrir ses propres limites. Je n’ai pas encore mon brevet, mais cette formation, c’est déjà une bonne école pour apprendre à maîtriser une situation." Piloter un avion quand on a commencé dans le milieu des contrôleurs aériens et que l’on s’intéresse au rapport des filles avec la technologies : tout cela participe finalement d’une même logique…

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