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Martine Vanhove, "parle avec elle"

Depuis vingt ans, Martine Vanhove, nommée directrice du LLACAN (Langage, Langue et Culture d’Afrique Noire) en janvier 2007, parcourt l’Afrique et ses environs à la découverte de langues quasi ou totalement inconnues. L’origine de sa passion, cette linguiste a un peu de mal à la situer. "Je pense que cela remonte au collège, où j’ai sans doute eu des professeurs qui m’ont motivée", hasarde-t-elle. Une chose est sûre, ce plaisir des langues ne la quittera plus. Et lui permet aujourd'hui de combiner joie de la découverte scientifique, goût du voyage et plaisir du contact avec des populations et des cultures toujours différentes.

Portrait de Martine Vanhove.© LLACAN

À la fin des années soixante-dix, son intérêt pour la politique du Moyen-Orient pousse Martine Vanhove, baccalauréat en poche, à s'orienter vers un cursus d'arabe littéraire. Sur les bancs de l'université Paris 3, la future chercheuse a le coup de foudre pour la linguistique. "J'étais fascinée par les cours du professeur David Cohen", se souvient-elle. Après sa licence, elle rejoint ce directeur de laboratoire, également professeur à l'École Pratique des Hautes Études (EPHE), pour effectuer son mémoire de maîtrise sur le maltais. Cette langue, aujourd'hui langue officielle de l'Europe, sera aussi la matière première de sa thèse de doctorat. L'apprentie linguiste enchaîne alors séjours sur place au contact de la population, et longues périodes de décryptage de ses enregistrements. "Mon sujet concernait le système verbal très complexe du maltais, une langue qui compte 45 auxiliaires ! ", explique la scientifique. Parce qu'au-delà des rencontres, souvent déterminantes dans ses orientations de carrière, Martine Vanhove aime se frotter à des langues, ou des aspects des langues, quasi vierges de toute investigation antérieure. "Quel plaisir de découvrir une expression grammaticale jamais décrite, ou bien un phonème inconnu", s'enthousiasme-t-elle.

Après avoir obtenu un poste au CNRS en 1992, la chercheuse se tourne vers l'étude de dialectes arabes yéménites, un terrain de recherche linguistique laissé vacant depuis plus d'un siècle. Puis, à son arrivée au LLACAN, en 1994, toujours en quête de nouveaux horizons géographiques, humains et scientifiques, elle s'intéresse aux langues couchitiques, une branche des langues afro-asiatiques parlées notamment en Érythrée. Lors d'un séjour sur les îles Dahlak, au large de ce pays, cette grande voyageuse a même la surprise de découvrir, avec sa collègue Marie-Claude Simeone-Senelle, une langue n'ayant jamais fait l'objet d'aucune description par des linguistes, "un des moments les plus excitants de ma carrière", confie-t-elle.

D'ici trois ou quatre ans, Martine Vanhove espère terminer son étude du bedja, une langue couchitique parlée au Soudan, et un peu en Érythrée et en Égypte, qu'elle mène avec un autre chercheur du LLACAN, Didier Morin. Étudier une langue pour un linguiste, c'est avant tout en avoir compris et expliqué les structures. "On a également souvent appris à parler ces langues, mais ce n'est pas une nécessité absolue, explique-t-elle. Les techniques d'enquête et le recours à une troisième langue commune peut palier à une maîtrise médiocre de la langue. Ceci dépend aussi des objectifs de la recherche. Pour un ethnolinguiste, il est indispensable de bien parler la langue de la culture qu'on étudie."

Après cela, il est probable qu'elle reprendra la route. Peut-être vers le sud de l'Éthiopie où, explique-t-elle, "il y a des langues dont la filiation pose des problèmes très intéressants." En tout cas, avec une envie intacte de mettre au jour de nouveaux matériaux linguistiques et de s'enrichir au contact de nouvelles cultures.

Au total, Martine Vanhove a étudié treize langues : l'anglais, l'allemand, l'espagnol, l'arabe, le maltais, l'arabe yéménite, l'arabe soudanais, l'afar (parlé notamment à Djibouti), le bedja, mais elle a aussi appris et oublié le chinois, le russe, l'hébreu biblique, et le guèze (éthiopien classique)… !

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