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Olivier Godard, le défi d'un engagement

Paris, début des années soixante-dix. Alors qu’il prépare un diplôme de gestion à l’ESSEC (École supérieure des sciences économiques et commerciales), Olivier Godard suit en même temps le séminaire d’Ignacy Sachs, économiste d’origine polonaise, à l’École des hautes études en sciences sociales. Le thème : les stratégies de développement économique face à la protection de l’environnement.

Portrait d'Olivier Godard© Olivier Godard

Olivier est conquis : "Pour moi, c'était avant tout un défi intellectuel. Ses idées remettaient en cause beaucoup de choses établies concernant les théories de la croissance, sans tomber dans les excès des partisans de la croissance zéro ou de la décroissance." Son diplôme de l'ESSEC en poche, il intègre le Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (CIRED) fondé en 1973 par Ignacy Sachs. Il participe aux travaux sur les stratégies d'écodéveloppement, ancêtres du développement durable. Il passe alors une thèse, puis le concours du CNRS, afin de pouvoir exercer dans la recherche. Et poursuit sa réflexion sur les politiques publiques touchant aux interactions entre l'environnement et le développement.

En 1990, le gouvernement français fait appel à son collègue Jean-Charles Hourcade et à lui dans le cadre d'un des tout premiers séminaires du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC). Il s'agit de faire le point sur les instruments économiques permettant de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, et donc contre le réchauffement climatique. "On a alors plongé notre nez dans toutes les histoires de taxes et de marchés de permis, les Américains apportant déjà cette idée de permis dans les discussions d'experts." Suite logique, Olivier Godard se rend aux États-Unis. Dans le cadre d'une bourse d'étude du German Marshall Fund, il passe deux mois sur place et regarde de plus près comment les expériences de marché de permis parviennent ou non à se développer et résoudre les problèmes de pollution atmosphérique, en particulier avec le tout nouveau programme sur les pluies acides. Les travaux se poursuivent avec une étude de la possibilité d'utiliser ce type d'instruments en France et une collaboration avec la Direction de l'environnement de l'OCDE. Puis avec la négociation du Protocole de Kyoto, qui le conduit à rédiger avec son collègue Claude Henry, du Laboratoire d'économétrie de Polytechnique, un rapport pour le Conseil d'analyse économique.

Alors quand, plusieurs années plus tard, le gouvernement français rend sa copie dans le cadre de la mise en place du marché européen de CO2, il se sent concerné et prend sa plume pour faire connaître ses analyses. Des analyses assez critiques, qui pointent notamment les défauts de certaines règles du nouveau marché et une distribution trop généreuse de quotas de CO2 pour permettre au pays d'être au rendez-vous de ses objectifs internationaux.

"J'ai ensuite été impliqué dans la commission chargée de donner un avis sur les propositions du gouvernement pour la 2e phase (2008-2012). Nous avons eu deux réunions où chacun s'est exprimé : les industriels, les associations de défense de l'environnement, l'administration, quelques experts." Mais, peine perdue, cela ne change pas les propositions initiales. Le gouvernement, et même l'Europe, n'est pas réellement en phase avec ses idées. Ce qui le pousse forcément à persévérer dans l'explication. "Pour tous les sujets sur lesquels j'ai travaillé, j'ai d'abord cherché à comprendre, puis j'ai essayé de faire en sorte que la politique du pays aille plutôt dans le bon sens…"

Son champ ne se limite pas aux marchés de permis conçus pour lutter contre la pollution : il est aujourd'hui l'un des spécialistes français du principe de précaution, principe selon lequel l'absence de certitudes ne doit pas retarder l'adoption de mesures visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement. Il n'hésite donc pas à défendre ses positions dans différents lieux de débat et dans les médias. Des positions qui, précise-t-il, "ne sont pas forcément partagées par toutes les associations écologistes, ni par tel ou tel parti politique."

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