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Pascale Roy, chercheuse obstinée

Physico-chimiste, responsable de la ligne de lumière AILES du synchrotron SOLEIL de Gif-sur-Yvette, cette canadienne a découvert un mécanisme qui permet d'obtenir un rayonnement infrarouge intense pour mieux explorer la matière.

L’évènement qui vous a le plus marquée ?

C’était en 1997 à Orsay au sein du LURE, le Laboratoire pour l’Utilisation du Rayonnement Electromagnétique. Avec un de mes étudiants, Yves-Laurent Mathis, nous avions observé un type d’émission de lumière différent de tout ce qui était connu. On a d’abord cru à une erreur, puis je suis tombée sur une publication scientifique exposant une théorie qui semblait coller à notre observation. Après avoir vérifié le phénomène à maintes reprises, j’ai réussi à élucider son mécanisme. J’étais très heureuse et très fière ! Aujourd’hui, la ligne AILES et la plupart des nouvelles lignes de lumière infrarouge exploitent cette émission dite "par bord d’aimant". Elle permet de produire un rayonnement synchrotron intense. A l’époque, de nombreux spécialistes éminents furent très critiques vis-à-vis de cette découverte… dont je n’ai jamais vraiment été reconnue comme l’auteur !

Le lieu qui a beaucoup compté ?

Grâce à la technique de spectroscopie infrarouge de la ligne AILES de SOLEIL, Pascale Roy et son équipe étudient les molécules en interaction dans des liquides micro-confinés. Ou au contraire, isolées comme dans l’atmosphère et l’espace interstellaire, dans des matériaux soumis à des contraintes physiques (solides cristallins, matériaux hybrides)… A la clef, des applications potentielles en astrophysique, micro-électronique ou bien encore dans les nanotechnologies.

Les 7 dates de Pascale Roy

- 8 mars 1960 : Naissance à Québec (Canada)
- 1980 : Stage au Laboratoire pour l’Utilisation du Rayonnement Electromagnétique (LURE), à Orsay
- 1986 : Thèse à l’université Laval (Québec) suite à une recherche effectuée au LURE
- 1987-1989 : Post-doctorat entre le Los-Alamos National Lab et le Brookhaven National Lab (USA)
- 1989 : chargée de recherche CNRS au LURE
- 2002 : directeur de recherche CNRS
- Depuis 2003 : responsable de la ligne AILES du synchrotron SOLEIL, mise en service en 2006

Très certainement le LURE où j’ai débarqué à tout juste vingt ans pour un stage de deux mois, après un premier cycle universitaire au Québec. J’avais alors perdu ma passion pour la physique, je doutais. Mon objectif était surtout de gagner un peu d’argent pour faire un tour du monde ! Mais au sein de ce laboratoire, j’ai retrouvé le plaisir de la découverte. En outre, c’était un lieu où les femmes pouvaient vraiment prendre leur place et s’épanouir en tant que chercheuses. Après une thèse au Canada et un post-doctorat aux Etats-Unis, je fus donc très heureuse d’y être embauchée en 1989. Malgré des moyens financiers et humains souvent limités, de nombreuses avancées scientifiques ont vu le jour entre ces murs. Pour ma part, j’y ai notamment développé la première source de rayonnement infrarouge synchrotron en France. Au final, j’ai passé plus de vingt ans au LURE avant de rejoindre SOLEIL !

L’objet qui ne vous quitte pas ?

Sur nos expériences à SOLEIL, j’ai souvent une clef de 13 à la main pour m’assurer que les boulons des différents instruments sont bien serrés au maximum. Si on m’avait donné un euro chaque fois que je l’ai utilisée, je serais riche ! C’est indispensable pour pouvoir reproduire une expérience à l’identique et ne pas biaiser les résultats. C’est pourquoi je répète sans cesse à mon équipe : « il faut bien fixer ! ». En effet, suivant les expérimentations, certains équipements de la ligne sont installés et d’autres démontés.

Un livre préféré que vous emporteriez sur une île déserte ?

A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Mes parents m’en avaient fait cadeau lors de mon post-doctorat à Brookhaven aux Etats-Unis. C’est sans doute le livre qui m’a le plus transportée. Je l’ai lu d’une traite, et j’ai vécu au rythme de ce roman jusqu’à la dernière page. Je ne connais aucun autre auteur qui soit allé aussi loin dans la description des personnages, de leurs personnalités, de leurs caractères, de leurs pensées et de leurs obsessions. J’étais vraiment rentrée dans leurs têtes. A tel point que les personnages me semblaient plus réels que ma vie quotidienne !

Une personne qui a beaucoup compté ?

Ross Gash, un artiste australien rencontré à Paris en 1983 dans une file d’attente du CIES, un organisme qui gérait les bourses pour étrangers. Art, littérature, musique, photo, graphisme… il était brillant, curieux de tout, allait toujours au bout de ses passions, mais ne se satisfaisait jamais de son niveau. Je venais d’une famille assez « cool » et il m’a fait découvrir que le désir de se dépasser est un moteur pour progresser. Cela m’a beaucoup aidée pour terminer mon doctorat, puis dans mon métier de chercheuse. Il est aujourd’hui mon mari et il continue à se passionner. Pour le moment, c’est le vélo…

Votre passion en dehors du travail ?

La nature, les voyages, les expositions artistiques, la lecture… j’aime les activités qui me permettent de rêver et de donner des sujets à ces rêveries. Durant ces moments de contemplation, je réfléchis mieux, et je trouve les réponses aux questions que je me pose. C’est d’ailleurs comme cela que je résous la plupart des problèmes scientifiques sur lesquels je bute !

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