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Pierre Clément, l'Homo sapiens civistas

La scène se passe dans une salle de travaux pratiques de la faculté de Lyon 1. Pierre Clément, alors étudiant en zoologie, est penché sur une langoustine. Lors de la dissection de ce décapode, son scalpel rencontre des filaments nerveux qui n’étaient pas signalés dans l’ouvrage de référence, posé sur sa paillasse.

Portrait de Pierre Clément© Pierre Clément

Il prévient l'enseignant-chercheur de sa découverte. "La réaction de l'enseignant, poursuit-il, a été de couper les filaments importuns, de nier leur existence. Il lui fallait respecter les connaissances de l'époque sur le système nerveux de la langoustine. Un parfait exemple de l'enseignement du conformisme, du respect aveugle de l'orthodoxie et du dogmatisme."

Cette histoire est à verser au chapitre des mythes fondateurs de Pierre Clément. Elle y rejoint Mai 68 auquel il a activement participé - il a alors 25 ans -, ou encore sa rencontre avec le mouvement "Science for the people", qui cherchait durant les années soixante-dix à en finir avec la pseudoscience et les mauvais usages de la science. "Sans cette conscience politique du rôle citoyen de la science, note Pierre Clément, je n'aurais sans doute pas fait de la didactique." Il aurait peut-être alors fini sa carrière comme il l'a commencé, zoologue, en compagnie de ses amis les Seison annulatus, Philodina roseola et autres rotifères. Il est l'un des spécialistes reconnus de ces animalcules (animaux microscopiques) : "Je pourrais vous en parler des heures et des heures. Notamment de ces femelles vierges, transparentes et parthénogénétiques, c'est-à-dire issues d'une reproduction sans fécondation. Quelles beautés ! "

Depuis 20 ans, dans cette même faculté de Lyon 1, Pierre Clément est responsable de l'équipe de recherche en "Didactique et épistémologie de la biologie et de l'environnement", au sein d'un laboratoire dont il est le co-fondateur : le Laboratoire interdisciplinaire de recherche en didactique et en histoire des sciences et techniques, baptisé aujourd'hui LIRDHIST. En 2004, son travail s'est résolument ouvert à l'international avec la prise en charge d'un projet de recherche européen sur l'éducation à la biologie, à la santé et à l'environnement pour une meilleure citoyenneté : Biohead-Citizen.

Sa déjà longue vie de scientifique - Pierre Clément a maintenant 64 ans - n'a eu de cesse de déborder du cadre de la recherche, pour investir le champ de la cité, du politique. L'homme croit en cette valeur sociale, généreuse de la science et du progrès. Une science dont le peuple se réapproprierait une partie de sa maîtrise, et un progrès que l'on ne ramènerait pas uniquement à un progrès économique mais avant tout à un progrès dans nos connaissances. Il dit : "l'éthique de la science est d'aller chercher des vérités, de nouveaux paradigmes."

Des mots en accord avec son activisme. Deux exemples parmi d'autres qui en témoignent : en 1987, il participe à la création ce qui est aujourd'hui l'une des références en Europe du documentaire scientifique : le festival  À nous de voir d'Oullins (Rhône) ; Pierre Clément en sera, plusieurs années durant, le président du jury. En 1997, il devient commissaire scientifique de l'exposition Pas si bêtes ! Mille cerveaux, mille mondes : montée au Muséum national d'Histoire naturelle, l'on y apprend que le bigorneau, aussi, a un cerveau. Que fera Pierre Clément quand il sera vieux ? Comme aujourd'hui, il vivra en digne représentant, au sein de l'espèce Homo sapiens, de la sous-espèce civistas, le citoyen en latin.

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