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Sevket Sen, le réveil des animaux disparus

  • Posté le : Lundi 14 Décembre 2009
  • |
  • par : M. Cygler

"Chaque espèce est le témoin de son temps, et le travail du paléontologue permet d'ordonner les tranches de vie des espèces pour en faire un calendrier des temps géologiques."

Sevket SenSevket Sen montrant deux molaires supérieures d'un baluchithérium, sur un chantier de fouille située dans les collines d'Anatolie.
© Valério Vincenzo

Derrière la grande baie vitrée de son bureau du Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN, Paris), Sevket Sen, 60 ans dont 27 consacrés à la paléontologie, vérifie les épreuves d'un article coécrit avec un collègue iranien. Le sujet : la découverte récente d'un fossile de porc-épic. Cette publication scientifique s'ajoute aux plus de 170 articles déjà écrits par le paléontologue. Dans la pièce, une petite table accueille un microscope et des boîtes remplies de sable qu’il faudra trier minutieusement, en quête de dents ou de petits os. Ces flacons ont souvent parcouru de nombreux kilomètres avant leur destination finale… La plupart proviennent de Turquie, le pays natal de Sevket, qu'il a quitté il y a plus de trente-cinq ans.

"Je suis le premier de ma famille à avoir poursuivi des études supérieures. Je n'étais pas prédestiné à devenir chercheur, ni même à partir de la petite ville où j'ai grandi." explique le paléontologue. Ne souhaitant pas reprendre le flambeau de son père, artisan tanneur, Sevket alors âgé de 19 ans quitte Yalvaç, sa petite ville de 20 000 âmes, au centre du pays. "Mon père m'a offert le ticket de car pour Ankara, ce que j'ai compris comme un signe de respect de mon choix," raconte Sevket, dont les parents ont toujours ressenti une fierté pudique pour le parcours de leur fils. Le bac en poche et le virus de la connaissance à l’esprit, le jeune homme doit toutefois renoncer aux études supérieures faute de moyens. Il finit par répondre à une annonce pour un petit boulot dans la capitale : l'Institut d'études et de recherches minières de Turquie recrutait des prospecteurs pour la recherche de minerais.

Financièrement autonome et poussé par ses supérieurs qui le trouvent très doué, il s’inscrit aux cours du soir de l’université d’Ankara. D'abord en anthropologie puis en paléontologie. "J'ai découvert la paléontologie au Musée d'histoire naturelle d'Ankara qui venait d'ouvrir et où j’ai travaillé pendant quatre ans comme petite main, tantôt pour la récolte de fossiles sur le terrain, tantôt comme guide." Une poignée d'années avec un emploi du temps surchargé. C’est en suivant les cours d’un professeur passionnant, Fikret Ozansoy, que son intérêt pour la paléontologie se confirme.

En 1972, Sevket obtient une maîtrise sur la dentition des rhinocéros et reçoit une bourse d’étude. Mais réaliser une thèse sur ce sujet est trop compliqué à Ankara et les débouchés manquent cruellement. Il s’envole donc pour Paris où il travaillera au laboratoire de paléontologie du Muséum. Le jeune homme a 23 ans et ne connaît pas le moindre mot de français. Après "quelques années de pérégrination", l’étudiant devenu chercheur pose définitivement ses valises en France. L'homme a réussi son pari : changer de statut social grâce à son savoir.

Sur le terrain, Sevket partage son savoir avec de jeunes chercheurs et techniciens turcs. Une diffusion des connaissances chère au paléontologue. A fortiori lorsqu’il s’agit de former des étudiants de son pays d’origine. Mi-octobre 2009, lui qui a participé à des jurys de thèse dans le monde entier, a présidé celui d'Ebru Albayrak, une ancienne étudiante venue plusieurs fois dans des campagnes de prospection et de fouilles. "C'est la première fois que j'allais en Turquie pour un jury de thèse. Le parcours de cette jeune femme est ma gratification."

Aujourd'hui, il souhaiterait promouvoir la discipline auprès des étudiants, mais aussi des autorités. Car la Turquie est l'un des sites favoris de Sevket : "C'est sur les rives de la Méditerranée que la collision entre l'Afrique et l'Asie, il y a environ 25 millions d'années, a le plus influencé l'histoire des mammifères. La création d'un corridor entre ces deux continents est à l'origine d'un extraordinaire échange de faunes : les animaux asiatiques se dispersant jusqu'en Afrique et réciproquement."

Les expéditions, qui durent plusieurs semaines, sont le sucre d’orge de Sevket. À la découverte d’un os, le naturel retenu du chercheur fait place à un sourire de satisfaction. Il n’y a plus qu’à comparer l’os avec les 200 éléments d’os et de dents que comporte un squelette de mammifère, pour trouver à quel animal la précieuse pièce appartient !

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