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Yannick Mahé, imaginer/imager la science

  • Posté le : Lundi 14 Septembre 2009

A l'âge de 14 ans j'ai découvert les documentaires de Jacques-Yves Cousteau. J'étais fascinée par ces films explorant le monde sous-marin au point que j'ai décidé de devenir biologiste. Après l'école j'ai donc étudié la biologie, et la recherche est devenue ma passion.

photo yannick mahe© Yannick Mahé

Être scientifique est aussi un peu être détective - se poser une question et mettre en œuvre toute une stratégie pour trouver la réponse.

Effectivement on peut passer des journées, des semaines voire des mois à s’acharner sur une expérimentation :

  • si les résultats sont bons, l’effet d’adrénaline nous porte plus loin et les manips s’enchaînent les unes après les autres,
  • et si les résultats sont négatifs, et bien l’échec n’est qu’un défi supplémentaire et revoilà dans le cercle vicieux des manips qui s’enchaînent.

C’est une véritable drogue…mais comme pour toute drogue on risque de s’y perdre.

J’ai poursuivi cette addiction pendant quelques années en profitant pleinement de la nature internationale de ce métier. C’est très enrichissant de travailler dans divers pays (Allemagne, Belgique, Etats-Unis, Autriche et France), de changer ses habitudes et de découvrir d’autres cultures.

Mais après l’euphorie vient inévitablement le réveil et on constate que la précarité des jeunes chercheurs est une réalité à laquelle on doit faire face.

Les choix politiques économiques de ces dernières années font qu’une grande partie des jeunes chercheurs trouvent difficilement un emploi dans la recherche fondamentale et s’orientent d’avantages vers l’industrie pharmaceutique, les entreprises de biotechnologie…

J’ai vécu cette évolution du monde scientifique comme une triste désillusion. Mes projets professionnels n’ont jamais été guidés par une ambition financière - et je pense que cela est le cas pour la plupart des scientifiques. La motivation des scientifiques est avant tout de comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Ces observations n’ont pas été le seul fait déclencheur des réflexions sur mes perspectives professionnelles. Mais elles m’ont certainement aidé à prendre du recul, et de remettre en question le rôle de la science dans notre société et comment je pouvais y trouver ma place.

Il me semblait important que le monde scientifique devienne maître d’œuvre de l’image qu’il veut donner de la Recherche. Ceci résume même littéralement mon nouveau métier : ne maitrisant pas suffisamment le verbe, j’ai choisi l’image comme "porte parole" de la science.

A 32 ans, je suis donc retournée à l’école pour apprendre l’art de l’animation.
Ces techniques présentent un excellent support de communication surtout dans le domaine des sciences où il s’agit souvent de comprendre des phénomènes dynamiques ou des thèmes dont la représentation graphique est abstraite.

Entrer dans le milieu de l’animation était une nouvelle révélation. J’y ai découvert un monde fascinant et créatif.

On m’a souvent posé la question si je n’éprouvais pas de regret d’avoir abandonné la recherche. Et je peux répondre à cette question avec un "non" affirmé. Même en phase de transition où il s’est avéré très difficile de retrouver une stabilité professionnelle, je n’ai jamais ressenti le regret de cette décision. J’aimais beaucoup la recherche, mais aujourd’hui j’apprécie encore plus le métier de réalisatrice. Par ailleurs, je n’ai pas le sentiment d’avoir abandonné la Science car elle reste souvent l’actrice principale de mes créations.

Mon travail quotidien consiste à me documenter, à faire la synthèse des informations, imaginer une mise en scène, écrire les scénarios, dessiner, animer, composer l’image, monter le film et le diffuser sur le web.

C’est une activité très variée qui nécessite d’être en relation avec des interlocuteurs de divers horizons (artistique, pédagogique, scientifique, juridique, financier) et elle est donc très enrichissante.

J’essaye de transmettre cette ouverture d’esprit dans mes réalisations en mariant narration, esthétique, rigueur scientifique avec une touche d’humour et de philosophie, espérant réveiller la curiosité de l’audience et plus particulièrement de ceux qui se détournent de la science parce qu’elle leur parait trop compliquée ou sans intérêt. Intéresser le cancre de la classe, attirer son attention, lui faire sentir le plaisir de comprendre – tel est mon objectif.

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