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Epidémie : si tu veux la paix, prépare la guerre !

  • Posté le : Lundi 11 Mars 2013

Questions posées à :

Epidémie : si tu veux la paix, prépare la guerre !

Quatre questions à... Jean-Claude Manuguerra, virologue, responsable de la cellule d’intervention biologique d’urgence à l’Institut Pasteur.

Chaque année les maladies infectieuses font 17 millions de morts, un tiers de la mortalité mondiale. Comment faire face à une telle situation ? Comment en réchapper ? Eléments de réponse.

  • Quel est votre rôle face à l’émergence d’une épidémie ?

    Epidémie : si tu veux la paix, prépare la guerre !

    Une épidémie, c’est la propagation d’une maladie infectieuse. Une infection qui peut être virale ou bactérienne. Notre mission, c’est l’identification de la menace. Cela se fait en deux temps. Il y a d’abord des études d’épidémiologie pour bien saisir les facteurs de risque, la répartition de l’épidémie. Et puis il y a l’identification de l’agent pathogène. L’idée étant de raccourcir le temps entre les deux pour pouvoir réagir le plus vite possible. Chaque cas est différent. Si vous prenez l’épidémie du Sida, les premiers cas de malades sont apparus en 1981 et le virus a été identifié deux ans plus tard en 1983. Vingt ans plus tard, en mars 2003, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclarait l’émergence du SRAS. Six semaines après, l’agent pathogène était identifié. Dans les deux cas, il s’agit de virus que l’on n’avait jamais vus. Mais en dix ans, les délais se sont beaucoup raccourcis.

  • Comment procédez-vous pour identifier un agent pathogène ?

    Epidémie : si tu veux la paix, prépare la guerre !

    Pour chaque épidémie, la méthode est la même : on recherche les pathogène en procédant de plusieurs façons. On cherche d’abord à savoir s’il s’agit d’éléments connus. La technologie des puces à ADN permet de détecter en 24 heures la présence d’un virus ou dune bactérie connus. L’étape suivante, si l’identification par les méthodes précédentes a échoué est le séquençage à haut débit. Une technique nouvelle et très complexe. Pour l’instant, cette méthode n’a pas encore été utilisée dans le cas d’une réelle épidémie.

  • Mais comment surveiller l’ensemble de la planète ?

    Epidémie : si tu veux la paix, prépare la guerre !

    Il existe un réseau mondial de surveillance, créé en 2000, le GOARN (Global Outbreak Alert and Response Network), en français, le réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémies. Il est constitué de 130 institutions et est piloté par l’OMS. L’Institut Pasteur en fait partie. Le GOARN est censé fournir une réponse pour confiner les épidémies.
    Il existe aussi un réseau européen : ENIVD (European Network for Imported Viral Diseases), en français, le réseau européen pour les maladies virales importées. Et d’autres comme le Global Health Security Initiative, etc. Bien évidemment, tous ces réseaux collaborent. La plupart des épidémies restent locales. Mais selon l’OMS, les maladies émergentes sont à elles seules responsables d’un tiers des décès dus aux épidémies. La pandémie, c’est-à-dire l’épidémie mondiale, est très rare.

  • Il y a pourtant eu le Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère), la première pandémie du XXIè siècle. Le film Contagion de Steven Soderbergh n’est-il pas réaliste ?

    Epidémie : si tu veux la paix, prépare la guerre !

    Il l’est. Le récit est à la fois trop alarmiste et trop optimiste, mais dans les faits, le film est réaliste. Ce qui s’y passe d’un point de vue scientifique est crédible. Le film s’inspire en effet beaucoup de l’épidémie de Sras de 2003 dont on a pu remonter le fil. Tout est parti des restaurants de Canton, en Chine. La civette masquée, un petit carnivore, y est un met très apprécié. L’animal est acheté vivant sur les marchés. On pense aujourd’hui que les civettes ont été contaminées au départ par des chauves-souris. Le virus a muté dans les civettes et a ensuite été transmis à l’homme. Un médecin officiant dans un hôpital où ont été soignés les premiers cas de Sras, s’est rendu à Hong Kong. Il y a logé à l’hôtel Métropole, où il a infecté plus d’une dizaine de personnes. Le lendemain et les jours suivants, elles ont toutes quitté Hong Kong. L’une d’elles s’est rendue à l’hôpital français de Hanoï. C’est là qu’ont été repérés les premiers cas suspects d’infection du personnel hospitalier. C’est ainsi que l’épidémie a commencé. En novembre 2002, il y avait eu les premiers cas non mortels. Les premiers décès ont eu lieu en janvier et février 2003. Entre temps, le virus avait muté.
    Dans le cas du Sras, on voit qu’on arrive assez bien à remonter les origines de l’épidémie. Ce n’est pas toujours le cas !

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