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Mathématiciens sous les projecteurs

Hollywood aime les mathématiciens ; le cinéma les a souvent portés à l’écran. Mais ce succès a un prix : la figure du mathématicien telle qu’elle ressort de ces œuvres n’échappe pas à certains lieux communs. Nécessairement génial et calculateur prodige, ce chercheur apparaît également lunatique, perdu dans ses chiffres, solitaire, quand il n’est pas carrément fou.

Image du film © 1997 - Bac Films - Tous droits réservés

Au fond, il y a quelque chose de divin en ce pèlerin de la logique parti à la recherche des vérités les plus profondes. Quelque chose de maudit, aussi, car sa quête vertigineuse et infinie ne peut le mener qu’au malheur. Paul Erdös, dont on trouvera le portrait dans le documentaire intitulé « N is a number », a ainsi passé sa vie à collaborer avec ses collègues de par le monde, choisissant de vivre seul et sans emploi stable, errant de façon pathétique autour du globe.
Dans les films de fiction qui lui sont consacrés, le mathématicien pourra trouver la paix, cependant, à condition d’en dénicher la clé. Le personnage de John Nash dans « Un Homme d’exception » devra explorer ses affects, le sentiment d’amour, pour compenser son intellect hypertrophié. Le Max Cohen du film « Pi », lui, pratiquera une sorte de lobotomie sur lui-même pour enfin cesser de penser.
Mais de mathématiques, il n’est jamais vraiment question, sauf dans certaines œuvres documentaires dont c’est le sujet. Alors se pose un autre problème : comment faire passer quelque chose de la nature de cette discipline aride ? Comment dire ce dont on ne peut parler puisque, comme le dit bien François Tisseyre, réalisateur : « Pour en parler, il faut en avoir appris la langue » ? Pour relever le défi, les scénaristes passent par le récit qui, lui, saura capter l’attention des spectateurs : récit du déroulement d’un congrès dans « Mathématiques, mon village », récit d’une découverte dans « The Proof », etc.
Cet article a été inspiré par Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l’Institut des hautes études scientifiques (Bures-sur-Yvette). Il a donné à deux reprises une conférence intitulée « Mathématiciens sous les projecteurs, du mythe à la réalité » au cours de laquelle il a présenté des extraits de films qu’on trouvera mentionnés dans ce dossier. Dans une future version de cet article, les commentaires de Jean-Pierre Bourguignon sur chacun d’eux seront ajoutés

01.Peut-on être génial sans être fou ?

Prodiges d’intelligence brute, les mathématiciens tels que les voit le cinéma souffrent souvent de failles psychologiques profondes. Leurs recherches sont si prenantes et importantes – elles permettent de déjouer un complot comme dans « Un Homme d’exception » ou d’atteindre la vérité ultime comme dans « Pi » - qu’ils y plongent, s’y abîment et perdent jusqu’au sens du réel.

UN HOMME D’EXCEPTION
(A beautiful mind)

Affiche du film © 2001 - Universal Studios et Dreamworks - Tous droits réservés
Film de Ron Howard avec Russel Crow (John Nash), Ed Harris et Jennifer Connelly, 2001, 2h16. Quatre Oscars, dont celui du meilleur film.

Le film : John Nash est-il vraiment chercheur en cryptologie militaire ? Les Soviétiques veulent-ils vraiment l’éliminer en ces temps de Guerre froide ? Ou bien a-t-il succombé à une grave paranoïa qui lui donne de spectaculaires hallucinations ? Basé sur des faits réels, ce film raconte l’histoire d’un mathématicien aussi génial qu’asocial qui dû se battre contre lui-même et la schizophrénie pour retrouver une vie normale. Après être tombé très bas, John Nash recevra finalement le Prix Nobel d’économie en 1994 pour ses travaux sur les équilibres économiques issus de la théorie des jeux.

Le mathématicien : Une fois encore au cinéma, le plus profond des génies se confond avec l’esprit le plus déséquilibré. Perdu dans sa froide pensée logique, John Nash, qui avoue lui-même se sentir mieux « avec les intégrales qu’avec les gens », sera pourtant sauvé par l’amour et le soutien qu’il trouve auprès de sa femme.

Nous vous recommandons les extraits suivants :
1) John Nash, qui vient d’entrer à l’Université de Princeton, fait la rencontre de son colocataire, un jeune homme libre et excentrique… dont on comprendra plus tard qu’il n’a en réalité jamais existé.
2 ) Plutôt que d’aller en cours, le jeune John Nash passe ses journées dans sa chambre, se servant des vitres de sa fenêtre comme d’un tableau noir. Son camarade, Charles Herman, vient le tirer de cette « rêverie cognitive » où il s’est enfermé oubliant jusqu’à se nourrir.
3) John Nash est surpris par une petite fille alors qu’il mène une activité ultra-confidentielle : rechercher, dans des magazines, des messages secrets transmis par les espions soviétiques. En réalité, ces recherches, de même que la petite fille et son oncle, ne sont que le résultat d’hallucinations.


π

Image du film © 1998 - Artisan Entertainment -Tous droits réservés.
Film de Darren Aronofsky avec Sean Gullette (Maximillian Cohen), Mark Margolis et Ben Shekman, 1998, 1h25.

Le film : Maximillian Cohen s’est lancé dans une quête éperdue : trouver la structure mathématique sous-jacente aux évolutions boursières. Au terme de cette recherche, épuisante pour son équilibre mental, il découvrira un nombre à 216 chiffres qui lui permettra de prévoir les cours de la Bourse. Et lui donnera accès à la nature même de Dieu. Mais ni « l’exécutive woman » appâtée par l’argent ni le jeune juif adepte de la kabbale ne parviendront à voler son secret.

Le mathématicien : Hallucinations, saignements, migraines... Maximillian, virtuose du calcul, est atteint d’un mal étrange depuis qu’à l’âge de six ans il a regardé fixement le soleil. Solitaire et d’aspect négligé, il se concentre sur sa quête à laquelle finissent par se mêler l’étrange et la mystique. Est-il l’Elu de la Torah ? Son professeur le compare à Icare, mort d’avoir trop voulu s’approcher du soleil, mais Max saura réagir avant de tomber et s’écraser au sol. En épilogue de ce film sombre, filmé en noir et blanc, il se mutilera le cerveau et ainsi retrouvera la paix.

Nous vous recommandons les extraits suivants :
1) Max fait le récit du moment où, étant enfant, il fixa trop longtemps le soleil et devint un être différent.
2) L’ancien professeur de Max avait découvert avant lui le fameux nombre à 216 chiffres. Il le conjure de s’en méfier.

02.Faut-il être hors-normes pour être mathématicien ?

Lorsqu’il n’est pas fou, le mathématicien tel que le voit au cinéma se doit au moins d’être un personnage au comportement déconcertant. Le jeune héros de « Will Hunting », quoique virtuose en matière de mathématiques, est un voyou rebelle plusieurs fois déféré devant les juges pour s’être bagarré ou avoir volé des voitures. Loin de ce film de fiction, le documentaire intitulé « N is a number » s’attache à la personne de Paul Erdös, qui fut un étonnant mathématicien nomade, voyageant sans relâche pour travailler avec ses collègues aux quatre coins du globe.


WILL HUNTING
(Good Will Hunting)

Image du film © 1997 - Bac Films. Tous droits réservés.
Film de Gus Van Sant, avec Matt Damon (Will Hunting), Robin Williams (le psychologue) et Ben Affleck, 1997, 2h06.

Le film : Le jeune Will Hunting, simple balayeur dans une université, est un mathématicien prodige. Au grand désespoir d’un professeur de « maths » qui le prend sous son aile, son comportement est également celui d’un voyou. C’est un psychologue doté de beaucoup de franc-parler qui permettra au jeune homme de retrouver ses émotions enfouies et, ainsi, son équilibre.

Le mathématicien : Orphelin de père et de mère, Will Hunting a été battu par son père adoptif. Il a gardé de ce passé mouvementé une peur maladive de tout attachement et, pour cette raison, refuse de s’engager dans la carrière de mathématicien qui lui tend les bras. C’est moins le scientifique qui a intéressé les scénaristes que le conflit qui habite le personnage refusant de quitter ses habitudes de vaurien pour la vie rangée qu’on lui promet.


Nous vous recommandons les extraits suivants :
1) Will Hunting balaie les couloirs de l’université lorsqu’il avise sur un tableau noir un problème de mathématiques qu’il se fait fort de résoudre.
2) La nuit venue, Will Hunting profite de son isolement pour écrire au tableau la solution qu’il a trouvée à un problème de mathématiques particulièrement difficile.
3) Le professeur de mathématiques Lambeau est étonné que quelqu’un ait résolu en si peu de temps le problème complexe qu’il avait donné comme exercice pour les mois à venir.

N IS A NUMBER

Affiche du documentaire © Zala Films - Tous droits réservés
Documentaire de George Paul Csicsery, 1993, 1h.

Le film : Paul Erdös est l’un des plus étonnants mathématiciens du XXème siècle. Prolifique – il a signé et co-signé pas moins de 1500 articles -, il a passé sa vie à sillonner la Terre entière, hébergé par des collègues en échange de quoi il se proposait de partager ses recherches avec eux. Travaillant avec les meilleurs, ce mathématicien de talent a ainsi joué le colporteur d’informations scientifiques à la surface du globe. Le film, qui dresse son portrait, a été réalisé après trois ans de tournage aux Etats-Unis, en Hongrie, en Pologne et en Angleterre.

Le mathématicien : Au final, c’est bien l’énigme de cet homme en perpétuelle errance qui constitue le cœur du film. On comprend que ce sont les événements de la Deuxième guerre mondiale qui ont jeté ce juif hongrois sur les routes de la planète. Maladroit dans les rapports humains, il n’a jamais non plus su poser sa valise pour fonder un foyer. Passionné par les problèmes en attente de solution, Paul Erdös était un chercheur infatigable. Il est mort en 1996, pendant l’un des innombrables congrès de mathématiques auxquels il a participé dans le monde.


L’extrait :
1) Paul Erdös s’apprête à recevoir l’une des distinctions scientifiques les plus prestigieuses, à l’Université de Cambridge.
2) Avec une bonne dose d’humour, Paul Erdös se présente devant un parterre d’étudiants.
3) Enfant, Erdös était déjà un calculateur prodige.

03.Les "maths", une langue à part

Comment parler de mathématiques ? « Un archéologue, un biologiste, un physicien peuvent bien faire partager leur passion avec des mots de tous les jours, note François Tisseyre, réalisateur de films. Mais pas un mathématicien. » En effet, pour comprendre ses explications, il faut avoir appris sa langue. Alors, pour contourner la difficulté, les réalisateurs proposent des récits dans lesquels les mathématiciens jouent leur propre rôle, en espérant ainsi faire émerger une certaine représentation de cette discipline scientifique.


LA NOUVELLE ETOILE DU BERGER


Documentaire de François Tisseyre et Claire Weingarten, 1996, 28 minutes. Avec Jean-Pierre Bourguignon.

Le film : Ce film se présente sous la forme d’un défi lancé aux mathématiciens par un poète. Il leur demande d’expliquer par quel miracle on parvient aujourd’hui à envoyer des satellites dans l’espace. Et leur suggère de prendre pour interlocuteur imaginaire le plus simple des hommes, un berger de l’Antiquité qui ne sait des étoiles que ce qu’il en voit et ce qu’il en croit. C’est le prétexte à un vaste récit scientifique, depuis Ptolémée jusqu’aux ingénieurs du Centre National d'Etudes Spatiales en passant par Copernic, Tycho Brahé, Kepler, Galilée, Lagrange et Poincaré.

Les mathématiciens : Le sujet de ce film n’est pas les mathématiciens mais bien plutôt les mathématiques de la mécanique céleste. Il s’agit en effet de raconter la manière dont les connaissances ont évolué dans ce domaine, au cours de l’Histoire. L’exercice est difficile et certaines explications demeurent obscures. Mais n’est-ce pas le propre des mathématiques que de rester hors d’atteinte de celui qui n’en connaît pas la langue ? Le narrateur-poète lui-même avoue en conclusion : « Plus les résultats de vos travaux se multiplient et changent notre environnement, plus la théorie mathématique devient inaccessible. »

L’extrait : Le narrateur, un poète, se met à la place des pâtres des temps anciens qui ne comprendraient sans doute rien à la présence des satellites artificiels dans le ciel étoilé.

THE PROOF

Affiche du documentaire © DR
Documentaire de John Lynch et Simon Singh, 1997.

Le film : Au XVIIe siècle, le mathématicien français Pierre de Fermat écrivit, dans la marge d’un livre, qu’il venait de démontrer le théorème qui porte aujourd’hui son nom mais qu’il n’avait pas la place d’y noter sa démonstration. Pendant trois cents ans, les meilleurs scientifiques, Gauss, Galois, Kummer, etc., chercheront à la retrouver sans succès. C’est le mathématicien britannique Andrew Wiles qui finalement y parviendra en 1995 après sept années de travail acharné. A travers de multiples témoignages dont celui d’Andrew Wiles lui-même, ce film fait ainsi le récit d’une des plus splendides découvertes scientifiques de tous les temps.

Le mathématicien : Grâce à ce film, la manière dont les mathématiques se développent, la façon dont les découvertes se réalisent, prennent une forme plus réelle. Andrew Wiles, qui avait été impressionné par le théorème de Fermat alors qu’il n’avait que dix ans, s’est enfermé sept années durant, dans un secret absolu, de manière à n’être déconcentré par personne. Son émotion, lorsqu’il évoque le moment où il a finalement compris qu’il tenait « sa » solution constitue un grand moment de cinéma.

Nous vous recommandons l’extrait suivant :
Andrew Wiles ne peut cacher son émotion en songeant qu’il ne réussira sans doute rien de plus grand en mathématiques que ce qu’il a déjà réalisé.


MATHEMATIQUES, MON VILLAGE
UNE SEMAINE AU CONGRES


Documentaire de Claire Weingarten et François Tisseyre, 1992, 26 minutes.
Le film : Filmé pendant l’été 1992, lors du Premier Congrès européen de mathématiques, qui s’est tenu à l’Université de La Sorbonne, ce documentaire propose une introduction au petit monde des mathématiciens. La caméra se laisse glisser de l’amphithéâtre solennel, où se tiennent les séances plénières, aux couloirs et recoins, propices aux échanges et aux rencontres, jusqu’à l’ambassade d’Allemagne ou à l’Hôtel de Ville pour des cérémonies officielles.

Les mathématiciens : Une large place est laissée aux paroles des chercheurs. Non sans humour, certains évoquent ces grandes conférences où, « en général, le dernier quart d’heure n’est compréhensible que par le conférencier lui-même ». D’autres parviennent à évoquer leur métier avec les mots du quotidien, comme Michèle Vergne (CNRS - Ecole Polytechnique), qui compare ses recherches à une machine « qui fonctionne bien » à ceci près qu’elle a mis au jour un terrain à défricher trop grand pour elle seule. Au final, bien que les hommes soient sur-représentés dans cette profession, c’est la variété des approches, des personnalités, qui étonne. « Mathématiques mon village » apparaît ainsi comme un portrait éclaté, impressionniste, d’un métier mal connu.

Nous vous conseillons l’extrait suivant : Tiré du début du film, cet extrait constitue une présentation de ce premier Congrès européen des mathématiques et de ce qu’il signifie pour les participants. C’est la voix d’Adrien Douady (Université Paris-Sud 11 – Orsay) qui commente.

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