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Dix ans pour apprendre à vivre durablement

Les Nations unies n’ont cessé de le répéter : si nous voulons assurer l’avenir de nos enfants, il faut revoir nos modes de vie. Pourtant les ressources en eau continuent de diminuer, la pollution d’augmenter, les forêts de reculer, etc. L'organisation des Nations unies a donc décidé de porter ses efforts sur l’éducation : en dix ans, elles espèrent donner à tous les citoyens l’envie d’agir…

Éducation au développement durable© Ciaran Griffin / Getty

En annonçant le lancement de la Décennie des Nations unies pour l’Éducation en vue du développement durable (2005-2014), Koïchiro Matsuura, directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), ne mâche pas ses mots. "Nous n’avons plus le choix : soit l’humanité adapte ses comportements en vue d’un développement durable, c’est-à-dire qu’elle cesse de polluer l’environnement, permet le renouvellement des ressources naturelles et contribue à l’amélioration du bien-être de tous ; soit elle signe, à plus ou moins brève échéance, son propre arrêt de mort."

Il faut dire que depuis trente ans, les Nations unies ont multiplié les colloques pour aiguiser notre conscience écologique (chapitre 1). Sans les résultats escomptés. Désormais, ce sont les attitudes de chacun qu’il importe d’infléchir (chapitre 2). Par une éducation en vue du développement durable qui n'aborde pas uniquement les questions d’environnement (chapitre 3), mais aussi de valeurs et de mode de vie : il ne s’agit pas de transmettre un savoir théorique par des cours magistraux, mais d’explorer des questions concrètes (énergie, eau, déchets…) dans leurs dimensions environnementales, économiques et sociales.

Pour être pertinente, cette exploration doit partir du quotidien des "apprenants" (dans le vocabulaire des professionnels de la formation, ce terme désigne une personne engagée et active dans un processus d'acquisition ou de perfectionnement des connaissances). C’est la raison pour laquelle elle ne sera pas identique en France et en Afrique. Chez nous, au-delà des décrets ministériels, des manuels et des programmes, l’heure est aujourd’hui à la mise en œuvre de véritables projets d’établissements pour former des citoyens avertis et responsables. Les projets n’en sont néanmoins qu’à leurs balbutiements (chapitre 4). Mais dans certains pays d’Afrique, qui doivent lutter conjointement contre l’analphabétisme et le sida, l’Unesco compte surtout sur les organisations non gouvernementales pour faire passer les messages de durabilité : là-bas, c’est tout "simplement" une question de survie (chapitre 5).

01.De Stockholm à Johannesburg : l'émergence d'un constat

Conférence du Sommet de RioLa conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement (Rio de Janeiro, 1992), a réuni 110 chefs d'États et de gouvernements et environ 2 400 représentants d'ONG. Elle a été marquée par l'adoption d'un texte fondateur : "Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement".
© UN Photo/Michos Tzovaras
Aujourd’hui, on ne compte plus les colloques où l’on parle "développement durable". Mais voici vingt ans, le terme était encore peu utilisé. Traduit de l’anglais "sustainable development", il est explicité dans un rapport présenté à l’Assemblée générale des Nations unies en 1987 par Gro Harlem Brundtland, une Norvégienne alors présidente de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement. Pour elle, il s’agit d’"un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre les capacités des générations futures à répondre aux leurs."

Naturellement, ce concept n’est pas né de rien. En 1962, c’est d’abord le livre de la biologiste américaine Rachel Carson, Silent Spring (Le printemps silencieux, éditions Plon, 1963), qui s’interroge sur les rapports entre l’environnement, l’économie et la société. Six ans plus tard, les Nations unies se posent le même type de questions. Dès lors, les événements se bousculent. L'Unesco lance une première conférence intergouvernementale, visant à mettre sur pied un programme d’actions intitulé L’homme et la biosphère (MAB : Men And Biosphere). Puis dans la foulée, la conférence des Nations unies sur l’environnement humain se tient à Stockholm (Suède) en 1972 et conduit non seulement à la création de moult institutions de protection de l’environnement, mais aussi au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

La même année, en 1972, le Club de Rome, qui réunit d’éminentes personnalités politiques, publie un rapport alarmant : s’appuyant sur des simulations informatiques, il montre que notre croissance économique risque de buter sur des problèmes de pollution et de raréfaction des ressources naturelles (appauvrissement des sols, manque d’eau, épuisement des réserves de combustibles fossiles). Dès lors, une prise de conscience s’amorce. Comprenant que les coups portés à la nature ont un impact non seulement local (pollution de l’air, de l’eau…), mais aussi global (changement du climat, diminution de la couche d’ozone), on se rend compte qu’il faut traiter ensemble les questions d’environnement et de développement (fracture Nord/Sud, inégalités sociales, pauvreté…) : c’est à partir de là qu'est véritablement défini, en 1987, le concept de développement durable.

Ce concept va mûrir à travers la rédaction des 40 chapitres de l’Agenda 21 (voir notre dossier L’Agenda 21, un jeu d’équilibre), un plan global d’actions pour le XXIe siècle qui sera adopté lors de la conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement. Plus connue sous le nom de Sommet de la Terre, celle-ci se tient en 1992 à Rio de Janeiro (Brésil) et réunit un grand nombre de dirigeants, de scientifiques, d’organisations non gouvernementales, de journalistes, etc. Avec elle, le concept de développement durable devient plus médiatique. Et, plus encore qu’à Stockholm, on souligne déjà le rôle clé de l’éducation : un chapitre de l’Agenda 21 lui est d’ailleurs consacré, c’est le chapitre 36 pour lequel l’Unesco est chef de file.

Ce rôle ne cessera d’être mis en exergue à chacune des grandes conférences des Nations unies. Mais au Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg (Afrique du Sud, 2002), si l’on enregistre ici et là des progrès dans le domaine de l’éducation, il faut bien constater que l'enseignement est loin de prôner des valeurs de développement durable. Et d’un autre côté, les ressources continuent d’être pillées, et l’état de la planète de se dégrader. Les Nations unies décident donc de passer à la vitesse supérieure, en se donnant dix ans pour mettre l’éducation au service du développement durable.

02.2005-2014 : qu'est-ce que cette Décennie ?

Logo Décennie de l'ÉducationLogo officiel de la Décennie de l'Éducation en vue du développement durable (2005-2014). Objectif : intégrer les principes, valeurs et pratiques du développement durable dans tous les aspects de l’éducation et de l’apprentissage.
© UN DESD
Quand elles décident de proclamer la période 2005-2014 Décennie pour l’éducation en vue du développement durable (DEDD), les Nations unies souhaitent revoir en profondeur les programmes scolaires du monde entier. Mais comme l’explique Bernard Combes, chargé de l’éducation en vue du développement durable à l’Unesco, la Décennie n’entend pas se limiter aux systèmes éducatifs : il s’agit de donner à chaque citoyen les compétences nécessaires pour transformer la société.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’entreprise est ambitieuse ! Comment la mener à bien ? Sans surprise, l’Unesco, impliquée dans d’autres programmes d’éducation, est chargée de la coordonner. Dès 2003, elle planche sur un "plan international de mise en œuvre", sorte de feuille de route élaborée avec des dirigeants politiques, d’autres agences des Nations unies, des universités, des organisations non gouvernementales, des représentants de la société civile et du secteur privé, des scientifiques, etc. Les objectifs pratiques y sont clairement énoncés : il s’agit de stimuler les liens et les échanges entre tous ceux qui ont déjà expérimenté l’éducation au développement durable, de pousser à l’amélioration de ce type d’apprentissage, d’aider les pays à progresser en ce sens… Et comme l’état du système éducatif n’est pas le même dans tous les pays, le plan s’appuie autour de quatre axes prioritaires.

Le premier axe concerne l’amélioration de l’accès de tous à une éducation de qualité. Un vrai défi, quand près de 800 millions d’adultes sont analphabètes, que 77 millions d’enfants en âge d’aller à l’école n’y vont pas (majoritairement des filles) ! Mais l’Unesco connaît bien le sujet : les efforts de la DEDD pourront converger avec ceux d’autres programmes (Éducation pour tous et Décennie des Nations unies pour l’Alphabétisation 2003-2012).

Deuxième axe : la réorientation des programmes scolaires, de la maternelle à l’université, pour y inclure des problématiques de développement durable. "Parfois, souligne Bernard Combes, il suffit de regrouper ce qui existait déjà dans différentes disciplines, avec une approche centrée sur l’homme et son quotidien."

La troisième priorité consiste à mobiliser les médias et tous ceux qui peuvent sensibiliser le grand public au développement durable. Enfin, dernier et plus important chantier : la formation continue de tous, via un partenariat avec le monde du travail.

S’appuyant sur ce plan, plusieurs régions de la planète ont déjà adopté leur propre stratégie d’éducation au développement durable : c’est le cas de la région Europe-Amérique du Nord, "première à réagir", mais aussi de l’Asie-Pacifique, de l’Amérique du Sud et bientôt de l’Afrique. Dans son bureau parisien, Bernard Combes est chargé d’informer les uns les autres sur les initiatives, actions et stratégies nationales en cours. La France a défini la sienne en juillet 2004 par une circulaire du ministère de l’Éducation nationale introduisant officiellement l’éducation à l’environnement pour un développement durable dans les programmes scolaires. Car le rôle de l’Unesco, c’est notamment celui-là : servir de plate-forme d’échanges et de rencontres entre tous les acteurs clés de la Décennie.

Mais Bernard Combes et le Secrétariat de la Décennie à l’Unesco ne sont pas seuls. Si la volonté de l’Unesco est de pousser à la synergie entre structures existantes (travaillant sur l’environnement, la santé etc.), il faut tout de même des coordinateurs à tous les maillons, de l’échelle mondiale à celle de la ville, voire de l’établissement scolaire. Cette Décennie, c’est finalement l’affaire de tous !

03.Passer de la théorie à la pratique

Déforestation au BrésilL'éducation au développement durable doit s'adapter au contexte culturel, économique ou social de chaque région. En Amérique du Sud, l'accent est notamment mis sur la lutte contre la déforestation dans la forêt brésilienne.
© Bernard Osès/IRD
C’est une chose de savoir que la planète est menacée. C’en est une autre de changer ses habitudes pour la sauver. La preuve ? Demandez aux gens qui vous entourent s’ils pensent qu’il faut économiser l’énergie. La plupart vous répondront par l’affirmative. Mais si vous analysez de près leur mode de vie, vous verrez qu’entre les paroles et la pratique, c’est souvent le grand écart ! Or l’objectif numéro un de l’éducation au développement durable, c’est précisément de donner à tous l’envie d’agir et les moyens d’y parvenir. Comment ?

Plusieurs études le montrent : la conscience écologique d’un jeune ne dépend pas de la quantité d’informations qu’il a lues, vues ou entendues. "C’est avant tout une question de valeurs, commente Bernard Combes. Or pour transmettre des valeurs, il faut les faire partager, les mettre en pratique." Cette "mise en pratique" n’est l’apanage d’aucune discipline, et demande au contraire un travail interdisciplinaire. "Mais pour être efficace, ajoute Bernard Combes, elle doit aussi être en phase avec la vraie vie." Autrement dit, elle doit "avoir un sens" pour l’"apprenant", toucher chez lui des cordes sensibles, des problèmes quotidiens.

Au final, l’Unesco définit l’éducation au développement durable comme la combinaison de cinq apprentissages fondamentaux : apprendre à connaître, à faire, à être, à vivre ensemble, à se transformer et à transformer la société. Le premier apprentissage vise à aiguiser la curiosité, notamment sur les problèmes environnementaux et sociaux de la planète, en partant de cas concrets. Le second doit pousser les élèves à participer à la vie de leur classe, et à terme de la société. En leur apprenant à "être" on souhaite par ailleurs les rendre capables d’agir avec plus d’autonomie et de sens des responsabilités. Enfin, l’un des plus grands défis, c’est d’apprendre à "vivre ensemble" et à coopérer avec les autres, dans le respect de la dignité et des droits humains de tous.

"Cette notion de respect est essentielle aux yeux de l’Unesco", souligne Bernard Combes. C’est d’ailleurs sur le respect que s’appuie les ultimes piliers de l’éducation au développement durable : apprendre à se transformer et à transformer la société, en développant le respect pour l’environnement, pour nos anciens, pour les générations futures et pour la diversité culturelle. Naturellement, il n’y a pas de "recette miracle" pour mettre en place une telle éducation. D’une région à l’autre, selon le contexte culturel, les difficultés économiques et sociales, l’état de l’environnement, elle peut prendre des formes très différentes.

Ainsi en Afrique, et en particulier dans la zone subsaharienne, elle met l’accent sur les problèmes de désertification, de gestion de l’eau ou du sida. Mais en Amérique latine, elle est plus focalisée sur les questions de justice sociale et de droit des minorités, en Asie, sur la formation des élus et des enseignants, dans le Pacifique, sur la valorisation des anciens, en Europe, sur l’apprentissage à la citoyenneté, etc. En pratique, les choses sont évidemment beaucoup plus nuancées : la gestion de l’eau, par exemple, est aussi une priorité en Europe pour les pays méditerranéens. D’autant qu’entrent en ligne de compte des éléments administratifs et politiques : si on prend le cas de la France, les écoles sont gérées par les municipalités, les collèges par les départements, les lycées par les régions, et à chaque niveau, les priorités politiques peuvent varier…

04.En France, au-delà des programmes

Affichette Agenda 21 Lycée BergsonAffichette annonçant la présentation du bilan des travaux réalisés par les élèves et les professeurs du Collège-Lycée Bergson, dans le cadre de la mise en place de l'agenda 21 en 2006-2007.
© EDIF/Collège-Lycée Bergson
Voici quatre ans, un sondage révélait qu’en France "45 % des 15-19 ans (n’avaient) jamais entendu parler de développement durable." La même année, dans son rapport sur l’éducation à l’environnement, l’Inspection générale de l’éducation dressait un constat accablant : "la situation est plutôt en stagnation, sinon en recul, par rapport à celle du milieu des années quatre-vingt-dix."

En 2003, la France a décidé de hisser l’éducation au développement durable au rang des priorités. "Les dernières circulaires faisant référence à l’éducation à l’environnement dataient de 1977 et 1993 et ne suffisaient plus", souligne Jacqueline Denis-Lempereur, secrétaire exécutive du Comité national français de la DEDD mis en place par les ministères en charge de l’Éducation et de l’Écologie en octobre 2005 (présidé par le Pr Michel Ricard). Si les programmes de géographie ou de sciences naturelles abordaient déjà les questions d’environnement, c’était en effet sans lien avec les dimensions économiques et sociales. Il fallait donc revoir les programmes du primaire au secondaire. En plusieurs étapes.

"Dans un premier temps, à la rentrée 2003, des programmes pilotes d’éducation au développement durable ont été mis en œuvre dans 85 établissements répartis sur 11 académies", explique Jacqueline Denis-Lempereur. Ensuite, les actions se sont multipliées : un premier colloque sur les messages à faire passer (décembre 2003), la révision des programmes scolaires (2004), un observatoire national de l’Éducation à l’environnement pour le développement durable ou EEDD (créé en février 2004), un second colloque sur ce thème (avril 2004). Le 8 juillet 2004, une nouvelle circulaire introduisant l’EEDD dans les programmes scolaires est ainsi prête et publiée au Journal officiel. Et depuis la rentrée 2004, tous les élèves bénéficient en principe d’une éducation à l'environnement au cours de leur parcours scolaire. Qu’en est-il en pratique ?

Aujourd’hui, le concept de développement durable figure bel et bien dans les manuels. Mais pour le faire partager, il faut aller au-delà, en faire un véritable projet d’établissement scolaire. Une démarche dans laquelle quelques-uns se sont lancés : c’est le cas du collège-lycée Bergson (1 500 élèves), dans le XIXe arrondissement de Paris. Ici, dès novembre 2004, deux professeurs de sciences de la vie et de la terre (SVT) ont soumis au proviseur l’idée d’un Agenda 21 pour l’établissement. "Très vite, ils ont commencé à sensibiliser leurs élèves, mais aussi des professeurs d’autres disciplines" se souvient Marianne Dodinet, proviseur adjointe. Une première réunion, en avril 2005, présente le projet aux intéressés, tandis que se met en place un groupe de pilotage. Et dès la rentrée 2005, l’Agenda 21 de Bergson devient une réalité.

Il comprend, pêle-mêle, un itinéraire de découverte (IDD) sur les déchets en classe de 5e (animé par des professeurs d’histoire-géographie et de physique-chimie), un IDD sur l’eau en classe de 6e (le même professeur de physique-chimie et deux professeurs de SVT), des séquences pédagogiques de la 6e à la terminale (en maths, français, physique-chimie, SVT), des travaux pratiques encadrés sur le thème "développement durable" en 1ère S (physique-chimie et SVT), un laboratoire de sciences sociales en terminale, un atelier scientifique et technique en seconde, où les élèves font le diagnostic et proposent des actions pour une meilleure gestion de l’énergie dans l’établissement, un atelier patrimoine sur le développement durable en ville, un atelier cinéma sur la propreté de la ville et moult autres projets encore dans le carton… Le tout, en partenariat avec un lycée londonien, l’école des ingénieurs de la ville de Paris, l’association EDIF (Énergie durable en Île-de-France), la mairie du XIXe et le Comité 21 ! Mais surtout, "avec des projets élaborés avec les élèves, et mis en œuvre par eux". Un exemple rare, mais pas unique, comme ont pu le constater à Paris les 800 participants (représentant 25 pays) réunis en juin 2006 à Paris au colloque international "Avancées et propositions en matière d’éducation pour le développement durable" (organisé par le Comité français de la Décennie)…



À lire aussi sur ce sujet dans la Banque des savoirs : "Agenda 21, un cas d'école"

05.En Afrique, question de survie

Couverture du manuel de prévention du sida par le théâtreCe manuel propose une approche originale et créative de la prévention du sida par le théâtre. Destiné originellement à l'Afrique francophone, il a récemment été traduit en arabe pour les pays du Maghreb, et en espagnol pour les pays d'Amérique latine.
© UNESCO
"On peut oublier toute chance de développement durable dans de nombreuses parties du monde si l’on ne parvient pas à contrôler le sida, qui devrait tuer prématurément 68 millions de personnes d’ici 2020" affirmait récemment Peter Piot, directeur exécutif du programme commun des Nations unies sur le sida, Onusida. En Afrique, des millions d’enfants ont déjà perdu un de leurs parents ou les deux du fait du sida : cela concernerait 11 millions d’enfants de moins de 15 ans en l’Afrique subsaharienne, région du monde la plus touchée par cette pandémie (63 % des personnes infectées). Et comme la maladie n’épargne personne, dans les pays les plus touchés, les effectifs du corps enseignant ont fortement diminué.

"En Namibie, on a voulu sauvegarder le primaire, mais faute de personnel, la plupart des écoles maternelles ont fermé, explique Bernard Combes. Résultat : les tout jeunes n’ont plus aucune structure pour les encadrer." Le problème concerne aussi les plus grands. Leurs parents malades ou décédés, nombre d’enfants et d’adolescents sont en effet appelés à travailler pour nourrir leurs frères et sœurs : en Ouganda, on a ainsi constaté un recul du taux de scolarisation de 26 % chez les adolescents de 13 à 18 ans ayant un ou deux parents séropositifs. Dans ce contexte, la priorité est d’abord que ces enfants puissent accéder à l’éducation. Mais l’autre défi, c’est de leur apprendre à lutter contre cette terrible pandémie : en 2005, Onusida estimait à 240 000 le nombre d’enfants de moins de 15 ans infectés par le virus dans le seul état d’Afrique du Sud !

Pour y parvenir, il faut repenser le contenu et les méthodes de prévention sur le sida, l’adapter aux jeunes orphelins et aux problèmes qu’ils doivent surmonter : pauvreté, mauvaise santé, stigmatisation… Mais vu le recul de la scolarisation et le fort taux d’analphabètes de l’Afrique subsaharienne (il atteint 68 à 77 % chez les jeunes de 15-24 ans), cette prévention ne peut pas être que scolaire : elle doit aussi faire appel à la télévision, à la radio, aux arts plastiques ou au théâtre. Depuis 1998, l’Unesco soutient ainsi le projet "Approche culturelle de la prévention et du traitement du sida", en partenariat avec des organisations non gouvernementales, des universités et les gouvernements de différents pays. Et grâce au concours de troupes africaines, elle a édité en 2003 un manuel sur l’utilisation du théâtre comme outil de prévention du sida.

Aujourd’hui, ce manuel d’abord destiné à l’Afrique francophone connaît un tel succès qu’on en a fait une version pour l’Afrique anglophone, une version arabe pour les pays du Maghreb et une version espagnole pour les pays d’Amérique latine ! Les conseils y portent tant sur le fond que sur la forme : il s’agit de ne pas véhiculer d’idées fausses, de tabous ou de préjugés (du genre le sida est un "sort", est apporté par les étrangers…), ou encore de montrer les limites du genre en insistant sur la nécessité d’une approche interactive poussant le public à réagir.

Bien entendu, ce travail fut d’abord celui d’Onusida avant de s’inscrire dans la DEDD. Mais de la même manière, les objectifs de la DEDD rejoignent ceux du programme Éducation pour tous, du programme L’homme et la biosphère, etc. "Une partie de mon travail consiste à faire comprendre à mes collègues que l’Unesco mène déjà beaucoup d’actions dans le champ du développement durable, glisse Bernard Combes. Il faut maintenant voir comment renforcer la synergie et l’élément ‘éducation’ entre ces actions." Ainsi en Afrique, si la lutte contre le sida est une des priorités du développement durable, le continent doit aussi faire face à une désertification qui s’étend du Nord vers le Sud. Cette désertification, tout comme le sida, est liée à la pauvreté. Et dans un cas comme dans l’autre, c’est une question d’éducation : gageons que la Décennie saura encourager toutes les expériences en cours, mais aussi faire en sorte qu’elles se complètent pour agir avec plus de force !

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