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L'énergie dans la ville de demain : tous ensemble, sinon rien !

Des initiatives voient le jour un peu partout en Europe et dans le monde. En France, l’élaboration de stratégies territoriales pour donner naissance à un urbanisme durable est encore en devenir. Seules des feuilles de route concernant l’ensemble des acteurs (les politiques, les collectivités, les industriels, les institutionnels, les citoyens...) permettront d’atteindre les objectifs du Grenelle de l’Environnement.

Lotissements HQEDes lotissements HQE, près de Cergy Pontoise. Toute initiative doit prendre en compte les spécificités locales dans leur ensemble.
© Matteis / LookatSciences

Chauffage, machines à laver, éclairage, transports en commun,... comment ferons-nous tourner les villes de demain ?

Peu à peu, surgissent ici et là des initiatives de villes vertes qui veulent montrer la voie (voir notre dossier : Singapour et l’eau : un modèle à suivre ?). La plus médiatisée d’entre elles : Masdar, une cité écologique en plein désert qui devrait voir le jour dans la décennie. Cette ville de tous les zéros (zéro carbone, zéro émission de gaz à effet de serre, zéro déchet…) financée à coups de milliards de dollars par l’émirat d’Abou Dhabi est-elle réellement une ville durable ? Pas moins de 50 000 habitants devraient pouvoir y séjourner… sauf si la crise financière actuelle remet en cause ce projet !
Plus modeste et sans-doute plus réaliste, la petite ville de Güssing en Autriche s’est lancée depuis les années 1990 dans un programme ambitieux d’autonomie totale à l’égard des énergies fossiles. La ville est aujourd’hui autosuffisante sur le plan énergétique.

A une échelle plus réduite encore, on ne compte plus les opérations - souvent soutenues par les pouvoirs publics : bâtiments dits “passifs” (sans système actif de chauffage)ou à énergie positive, îlots (comme BedZED en Grande Bretagne)...
Mais, au-delà de l’effet médiatique produit, quelles contributions peuvent avoir ces initiatives ? Vont-elles favoriser l’émergence de démarches territoriales de développement durable ou de stratégies énergétiques territoriales ?

Pour l’économiste Catherine Valdot-Valdieu, qui a travaillé plus de vingt ans au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) et est aujourd’hui présidente de l’association SUDEN pour la promotion d’un urbanisme durable, l’important est de s’inscrire dans une démarche de développement durable. C’est ce que permettent notamment les Lois Grenelle. Cependant les objectifs fixés sont tellement ambitieux (38 % de réduction des consommations d’énergie d’ici 2020 par exemple) que seule une démarche coopérative impliquant l’ensemble des acteurs permettra d’y arriver.

01.Güssing: le rêve qui devient réalité ou comment l’écologie contribue au développement économique local

Filière construction durableUn des enjeux de demain : créer des filières génératrices d’emplois.
© Patrice Latron / LookatSciences
"Güssing est la seule ville en Europe totalement autonome en énergie, aucune autre ville n'a encore atteint les 100% d'autonomie grâce aux énergies renouvelables." L’affirmation impressionne. Elle est de Reinhard Koch, directeur du Centre européen des énergies renouvelables hébergé justement à... Güssing, petite bourgade d’à peine 4 000 habitants située à l’est de l’Autriche. La ville n’y a pas été par quatre chemins et, pour mener ce projet d’autonomie, elle s’est dotée d’un outil unique en son genre, une sorte de centre de pilotage des réformes engagées sur place.

Pourquoi Güssing, une ville comme une autre dans l’Autriche rurale ?
Pour trouver la réponse, opérons un retour en arrière. Güssing se situe dans une région pauvre de l’Autriche, le Bürgenland. Fortement agricole, la désertification rurale y est très forte dans les années 80 et les autorités locales n’ont pas su empêcher le déclin économique de la région. “La population (...) était obligée de partir chercher du travail ailleurs. Il fallait faire quelque chose", raconte Reinhard Koch. Les élus locaux de Güssing ont alors une idée : mettre en place un nouveau plan énergétique, mettant à profit la grande quantité de biomasse (les matières organiques produites par les végétaux et les animaux) disponible au niveau local, et remplacer ainsi les énergies fossiles par des énergies renouvelables. L’idée pour les pouvoirs locaux est de redynamiser la ville et sa région proche.

1 500 emplois

Et le pari est réussi. La ville est devenue non seulement autonome en électricité mais elle en revend. Ce développement a, par ailleurs, permis la création de 1500 emplois au sein de sociétés d’économie mixte intégrant les acteurs économiques locaux. Et surtout, comme l’explique Reinhard Koch,  "En 1990, (...) nous dépensions 36 millions d’euros par an pour les énergies fossiles. Aujourd’hui ces capitaux restent dans la région."
La biomasse produit deux types d’énergie. Du biogaz, fabriqué à partir de maïs et de trèfle, alimente une centrale électrique. Deux centrales de gazéification du bois produisent l’eau chaude collective, générant ainsi 57,5 GWh par an. Une belle mise à profit des forêts qui couvrent 40% de la région et fournissent une source intarissable de matière organique.
L’énergie solaire est également utilisée sous ses deux formes, photovoltaïque et thermique. Ainsi Güssing produit 14 GWh d’électricité par an, soit bien plus que ce dont elle a besoin. Et les surplus sont bien sûr revendus.

02.Première étape, rénover les bâtiments

Techniques d’isolation de l’habitat Amélioration des techniques d’isolation de l’habitat : ici, des tests neige en laboratoire.
© Patrick Landmann / LookatSciences
L’exemple de Güssing est intéressant car il met en avant l’intérêt économique de certains choix écologiques mais il s’agit de ne pas sombrer dans le dogmatisme écologique !”, commente Catherine Charlot-Valdieu, économiste et spécialiste des problématiques de développement durable dans la ville. Depuis plus de dix ans, elle publie livres et rapports sur la ville durable et les stratégies énergétiques. “Il faut prendre garde par exemple à ne pas promouvoir l’utilisation, a fortiori massive, de produits importés. Ainsi en France aujourd’hui, plus de 90 % des panneaux photovoltaïques sont importés, notamment de Chine. Il faut donner le temps à l’économie française d’être en mesure de répondre à la demande avant de mettre en place des politiques de subvention. L’argent public doit être utilisé de façon à augmenter la productivité, notamment dans le secteur du bâtiment”. Un point de vue qui n’est bien évidemment pas partagé par les ONG écologiques qui font de la promotion des énergies renouvelables et de la sortie du nucléaire, notamment à cause du problème non-résolu des déchets, une priorité absolue.

“Rechercher l’optimum technico-économique”

Retour au principe de réalité. Selon Catherine Charlot-Valdieu, l’une des urgences pour les villes durables de demain en termes d’énergie, c’est la réhabilitation énergétique, notamment du parc résidentiel privé. Un point de vue partagé par tous mais difficile à mettre en pratique. Et dans cette démarche, il faut savoir s’adapter aux différentes typologies de bâtiments (formes de bâti, systèmes constructifs, matériaux utilisés, types d’énergie, etc.) car les travaux de réhabilitation ne peuvent pas être identiques. “Exiger une performance énergétique de 80kWh/m2 pour tout type de bâtiment, comme dans certains plans climat par exemple, peut être contre productif, explique Catherine Charlot-Valdieu. Pour certains bâtiments, cet objectif est réaliste. Pour d’autres, le coût sera prohibitif. Il vaudrait mieux promouvoir la recherche de l’optimum technico-économique, grâce notamment à une analyse en coût global. Cette analyse pose de nombreuses questions concernant les surcoûts réels des produits et équipements, leurs durées de vie, leur coût de maintenance ainsi que la performance réelle du bâtiment.”

03.Stratégies énergétiques territoriales et feuilles de route pour tous les acteurs

Quartier de BedZed en AngleterreLe très médiatique quartier de BedZed en Angleterre. Un écoquartier pour la vitrine ?
© Zedfactory / LookatSciences
En France, les pouvoirs publics (Ademe et Régions notamment) financent de nombreuses opérations de réhabilitation expérimentales et quelques collectivités comme Mulhouse, Grenoble ou Lyon par exemple se sont engagées dans des opérations expérimentales sur des copropriétés. “L’important est que les collectivités élaborent des stratégies territoriales de réhabilitation énergétique. Il s’agit de déterminer le gisement technique potentiel d’économie d’énergie mais également les gisements socialement et économiquement acceptables. Les ménages ont déjà fortement souffert de la crise économique et financière et il s’agit de ne pas les appauvrir davantage. Il ne faut pas promouvoir une approche uniquement écologique au détriment de l’équité sociale. Dans le même ordre d’idée, les opérations de démonstration financées par les pouvoirs publics devraient pourvoir être  économiquement et socialement reproductibles”, souligne Catherine Charlot-Valdieu.
Ce premier virage concernant les stratégies territoriales, délicat à négocier, représente une des avancées essentielles de la Loi Grenelle 2. Cette Loi exige que toutes les collectivités de plus de 50 000 habitants mettent en place un plan climat-énergie-territoire (PCET). "C’est le moment de passer des actions de sensibilisation et de démonstration à de véritables stratégies énergétiques territoriales. Il faut mettre en place des démarches coopératives structurées avec des feuilles de route pour chaque type d’acteur concerné", renchérit Catherine Charlot-Valdieu.

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