logo Essonne

L'éolien prend le large

  • Posté le : Lundi 27 Février 2012
  • |
  • par :
  • |
  • Expert :

En 2020, la France vise une puissance totale installée de 25 gigawatts (GW) d’énergie éolienne, dont 6 GW en offshore (éoliennes en mer). Après un premier appel d’offres, 500 à 600 turbines dresseront leurs imposantes silhouettes au large des côtes françaises à l’horizon 2015.

eolienne-eau2Un champ d’éoliennes au large des côtes britanniques.
© Matteis / LookatSciences

À l’heure du pétrole cher et des craintes sur l’atome, l’éolien, aujourd’hui l’une des technologies renouvelables les plus matures, a le vent en poupe. En Europe, les principaux producteurs sont l’Allemagne, l’Espagne et le Danemark. En France pourtant, où l’on se flatte d’être l’un des pays européens les plus performants en matière de rejet de CO2, nombreux sont ceux qui s’y opposent encore. On lui reproche l’intermittence de sa production : sans vent, il faut recourir à des «réserves d’équilibrage», c’est-à-dire à l’énergie produite par des barrages hydrauliques ou des centrales thermiques polluantes. On dénonce également l’impact environnemental des mats éoliens et le manque de concertation lors du processus de décision d’installation. Ou encore le tarif de rachat de l’électricité. Les critiques pleuvent. Pourtant les dés semblent jetés.

Longtemps à la traîne, la France, deuxième potentiel de vent en Europe après la Grande-Bretagne, s’est fixé des objectifs ambitieux dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Le pays vise une puissance totale installée de 25 GigaWatts (GW) d’énergie éolienne, dont 6 GW en offshore. A titre de comparaison, le pays produit actuellement 5,2 GW par an d’énergie éolienneLe premier appel d’offres portant sur des installations éoliennes en mer a été publié officiellement le 11 juillet dernier sur le site de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Ainsi, à l’horizon 2015, entre 500 et 600 turbines dresseront leurs imposantes silhouettes au large de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), de Saint-Brieuc (Côte-d’Armor), de Courseulles-sur-Mer (Calvados), de Dieppe-Le Tréport et de Fécamp (Seine-Maritime). La production sera de 3 GW, représentant la consommation électrique de 1,75% de la population française. Et l’avenir de toute la filière pourrait bien reposer sur ces futuristes moulins à vent des mers.

eolienne-eau1Montage d’une éolienne en mer. Le bateau sur cales procure appui et stabilité.
© Matteis / LookatSciences

Elles nuisent moins au paysage, jouissent d’un large soutien des élus et pourraient même faire consensus. Pourtant leur gigantisme donne le vertige. Une éolienne offshore, ce sont des fondations de plusieurs centaines de tonnes de béton et d’acier, un mat de 120 mètres de haut et de 6 mètres de diamètre, au sommet duquel une turbine entraîne des pales de 60 mètres de long. De la taille d’une cathédrale, un aérogénérateur dernière génération de 5 mégawatts (MW), permet ainsi d’alimenter quelque 5 000 foyers en électricité. Ce qui équivaut à l’alimentation de 10 000 voitures électriques standard qui parcoureraient chacune 10 000 kilomètres par an.
Assemblage à quai, installation en mer, raccordement, câblage, maintenance : la construction et la gestion d’un parc d’éoliennes en mer n’a rien d’une sinécure. «Les chantiers sont complexes, nécessitent des infrastructures gigantesques et requièrent un savoir faire comparable à la conception et à la fabrication d’une plate-forme pétrolière, tout en y adjoignant un besoin de standardisation», explique Daniel Averbuch, responsable du Programme Energies Marines chez IFP Energies Nouvelles (IFPEN). D’ailleurs, à 3,5 millions d’euros par mégawatt, le coût de construction de l’offshore dépasse allègrement celui de l’onshore (sur terre), évalué à 1,5 million d’euros par mégawatt. Mais grâce à la force et la régularité des vents au large, ainsi qu’à leurs caractéristiques techniques hors normes, les éoliennes des mers sont plus productives que leurs cousines terrestres. La possibilité de réaliser des économies d’échelle - l’espace maritime permet de faire des parcs plus grands, donc d’installer plus de machines – et les avancées technologiques pourraient même, à terme, les rendre plus rentables.
eolienne-eau3Hauts de mats pour éoliennes offshore.
© Matteis / LookatSciences

01. L’éolienne du futur se dessine

Le projet Upwind (Integrated wind turbine design) étudie ainsi la faisabilité d’aérogénérateurs géants. Financé par l’Union européenne à hauteur de 14,5 millions d’euros, ce projet réunit les principaux acteurs européens de l’énergie éolienne. Selon leur dernier rapport, des éoliennes de 20 MW, pouvant réduire considérablement le coût de l’électricité, sont réalisables d’ici 2020.
En France, les projets Winflo, porté par Nass&Wind et DCNS, ainsi que Vertiwind, lancé par Technip en partenariat avec l’IFPEN début 2011, visent à créer un prototype d’éolienne offshore flottante. « Au large des côtes françaises, mais aussi en Espagne où au Portugal, les profondeurs des fonds marins dépassent rapidement les 50 mètres, d’où l’idée de développer des éoliennes flottantes. Cela permet d’aller plus au large, d’étendre les parcs et d’alléger la logistique de l’implantation », explique Daniel Averbuch. Cet aérogénérateur futuriste ressemblerait à une turbine de barrage qui tournerait sur un axe vertical. Une innovation le rendant insensible à la direction du vent. Pour renforcer la stabilité de l’ensemble, la génératrice - une pièce de plusieurs centaines de tonnes qui, sur une éolienne classique, se trouve en haut du mât, à une centaine de mètres du sol - est fixée au niveau des flotteurs.


eolienne-eau4L’éolien, le bout du tunnel énergétique ?
© Commission européenne

Six GW d’origine offshore en France à l’horizon 2020, trente-trois GW au Royaume-Uni – un projet pharaonique visant à produire l’équivalent de l’énergie électrique consommée par l’ensemble de la population britannique grâce à sept mille éoliennes en mer - , vingt-cinq GW en Allemagne d’ici 2030…, dans les dix à quinze prochaines années, le développement de cette énergie va être considérable. Mais contrairement à ses voisins européens (l’Allemagne, l’Espagne, le Danemark) qui ont investi très tôt dans la technologie, la France n’a pas encore complètement structuré sa filière et ne maîtrise pas la totalité du processus de fabrication. Une situation liée en grande partie à la spécificité française du choix nucléaire. « Je ne m’inquiète pas, confie Daniel Averbuch. L’appel d’offres étatique constitue un signal fort et va créer la dynamique nécessaire au développement d’une filière française. Et puis on ne part pas de rien, on possède certaines compétences, la filière peut s’appuyer sur l’expertise de nombreux acteurs industriels français. Je pense aux industries navales et aéronautiques, aux industries pétrolière et gazière, et aux sous-traitants des fabricants d'éoliennes. Les exemples sont nombreux. »
Les grandes manœuvres industrielles ont d’ores et déjà commencé. Et l’enjeu est de taille. Les élus locaux rêvent de retombées économiques importantes pour leurs territoires. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), le secteur éolien français devrait ainsi créer, si l’ensemble des projets terrestres et offshore est maintenu, 60 000 postes d’ici 2020.

eolienne-eau5jpgIllustration du projet Winflo. De futur titans qui flotteront au milieu des mers.
© Winflo

Restez connecté

Suivez-nous : Page Facebook Page Twitter

Lettre d'information :

Vidéo

Cette vidéo nécessite le plug-in gratuit Flash 8.
Il semble que vous ne l'avez pas.
Cliquer ici pour le télécharger

Interview de Xavier Raepsaet - La propulsion nucléaire spatiale

Portraits d'experts

  • Romina Aron Badin, les primates au coeur
  • Jacques-Marie Bardintzeff, une vie consacrée aux volcans
  • Catherine Charlot-Valdieu :  Home sweet home
  • Didier Labille, l’astronomie en amateur professionnel