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Chine : à la découverte des plantes qui fixent les sols

  • Posté le : Lundi 3 Octobre 2011
  • |
  • par : S. Anheim

Des scientifiques français étudient le rôle stabilisateur des racines sur les terres pour prévenir les glissements de terrain ou au moins en limiter les dégâts.

Paysage autour de Daxingdi.Le paysage autour de Daxingdi. Certaines pentes présentent 60% d’inclinaison.
© Simon Anheim / LookatSciences.

Kunming, capitale de la province du Yunnan située à l’extrême sud-ouest de la Chine. Avant d’atterrir, l’avion survole un relief dense en végétation. Dés la sortie de la cabine, l’humidité vous écrase. Depuis plus de 50 ans, la région est victime d’une mauvaise gestion des ressources naturelles. Elle est régulièrement dévastée par des glissements de terrain. Un phénomène qui, avec la modernisation galopante, touche aussi les zones rurales les plus reculées. Dans les montagnes, depuis quelques années, la construction massive de pistes désenclavant les hameaux isolés permet aux villageois de se déplacer plus rapidement. Ils transportent plus facilement leur production jusqu’aux marchés. Mais dans certaines vallées, ces routes deviennent la cause principale de glissements de terrain importants.

Un phénomène qu’illustre la petite route sinueuse que nous empruntons pour rejoindre à 500 km de Kunming le village de Daxingdi, perché dans les montagnes. Ce bourg rural de 5 000 habitants, où foisonnent bougainvilliers, bananiers et autres eucalyptus parmi les cultures vivrières en terrasses, est situé dans le haut plateau du Yunnan. Nous sommes à 2 000 mètres d’altitude sur les contreforts de l’Himalaya. C’est ici, aux confins de la Birmanie, du Laos et du Viêt-Nam, qu’une poignée de scientifiques issus de cinq organismes de recherche français  a installé un petit laboratoire de campagne d’où ils mènent leurs recherches. Leur objectif : trouver un moyen de “fixer” les terrains.

01.Diversité biologique

Village de DaxingdiLe village de Daxingdi, camp de base de l’équipe.
© Simon Anheim / LookatSciences
Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, la région est l’un des endroits les plus riches en biodiversité du monde. On y recense 6 000 espèces végétales, quelques 300 plantes médicinales et plus de 25% des espèces animales de la planète. La végétation tropicale domine, rivalisant avec les pins et les peupliers. Le tout dans des conditions de très forte instabilité des sols causée par un climat de mousson qui les gorge en eau. Sans oublier une intense activité sismique...

Pour les spécialistes, la végétalisation de ces pentes abruptes par des espèces adéquates représente donc une solution intéressante de lutte contre les glissements de terrain peu profonds. Notamment dans des zones reculées où les solutions de génie civil (murs de béton, et autres filets métalliques) ne sont pas adaptées ou trop coûteuses. En effet, certaines plantes, quand elles poussent sur des milieux instables, mettent en place des racines très profondes et résistantes. Reste à identifier lesquelles. Et c’est précisément ce à quoi travaillent les scientifiques français installés à Daxingdi : identifier des "plantes-outils" capables de stabiliser les pentes fragiles.

Plusieurs fois dans l’année, les chercheurs se rendent avec matériel et bagages dans le laboratoire de campagne aménagé dans un petit gîte au confort spartiate. Ils commencent par déterminer les pentes à risque et y prélèvent des végétaux. Ils étudient ensuite l’architecture et les propriétés mécaniques de leurs racines.

02.Force et patience

Région à fortes précipitationsLa région peut être touchée par des précipitations hors normes.
© Simon Anheim / LookatSciences

Les scientifiques travaillent surtout le matin, lorsque les températures sont plus supportables. Ils se rendent sur site en gravissant à pied les flancs de montagne glissants. Chaque végétal est délicatement extrait du sol. Toutes les racines sont prélevées, jusqu’à la plus fine. Elles sont mesurées et leur position tridimensionnelle dans le sol relevée. Une petite dizaine d’espèces intéressent les scientifiques pour différentes raisons : leur présence en nombre, sans pour autant être invasives, leur diversité morphologique et leur intérêt économique.

La tâche se révèle plutôt pénible et laborieuse. Les équipes travaillent dans des positions inconfortables, imposées par le terrain instable incliné à 60 degrés ! La chaleur et l’humidité deviennent vite accablantes. Et il faut faire preuve de minutie et de patience pour extraire, sans les briser, certaines plantes dont les racines sont profondes et parfois longues de plusieurs mètres.

Les échantillons prélevés sont ensuite analysés au laboratoire installé dans le village. Les racines sont nettoyées, mesurées et scannées. Un logiciel d’analyse d’images développé par l’Inra permet de les quantifier selon leur longueur et diamètre. Des tronçons sont également placés dans un testeur de résistance qui les étire doucement jusqu’à leur rupture.

03.De multiples retombées

Murielle GhestemMurielle Ghestem à l’oeuvre.
© Simon Anheim / LookatSciences

L’ensemble des données ainsi recueillies commence à porter ses fruits. Par exemple, « l’Armoise à feuille de lavande, une plante de la même famille que l’Absinthe, se révèle très prometteuse, explique Murielle Ghestem, chercheur à Agroparistech et à l’Inra. Ses racines sont extrêmement résistantes, et croissent en plus grand nombre sur une pente instable que sur une pente stable. Par ailleurs, on la retrouve dans la pharmacopée vétérinaire, en particulier pour le traitement des diarrhées des bovins."
A terme, Murielle Ghestem espère aboutir à une méthode de gestion écologique qui soit économiquement intéressante pour les populations locales. Et donner, pourquoi pas, des préconisations aux autorités chinoises qui mènent depuis 1999 un programme de revégétalisation des pentes mais sans avoir sélectionné au préalable les végétaux les plus appropriés. Murielle Ghestem : "Nos résultats vont permettre de mieux cibler le choix des espèces à implanter suite à -ou en prévention- des glissements de terrain."
Dans une perspective de développement durable, ce projet pourrait aussi servir à améliorer les connaissances des agents locaux en matière de gestion forestière.
Plus largement, cette recherche pourrait aussi avoir des retombées qui dépasseraient la Chine. En effet, Murielle Ghestem souligne que "l’impact des glissements de terrain sur les populations locales s’est accru en 2010 à l’échelle mondiale. On prévoit que leur nombre ne va faire qu’augmenter dans les années futures. Cela est lié à la multiplication des évènements de précipitations extrêmes, à la progression de la déforestation ainsi qu’à l’extension de l’habitat et des infrastructures sur des zones à risque."

scientifiques issus de cinq organismes de recherche françaisL’équipe part au travail, la pente est raide !
© Simon Anheim / LookatSciences

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