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Mais qui sont ces frelons qui sifflent sur nos têtes ?

Exterminateur de ruches, envahisseur à la reproduction galopante... Le frelon d'Asie envahirait nos contrées. Et si ce nouvel arrivant, Evolution oblige, finissait par trouver sa place ?

Le frelon d'AsieLe frelon d'Asie serait arrivé par bateau et dans des poteries.
© Jean Haxaire

Il a déjà une solide réputation de tueur d’abeilles. Ses nids peuvent atteindre plus d’un mètre de hauteur, et certains apiculteurs sont prêts à détruire tous les insectes volant dans son périmètre pour attraper au passage une ou deux femelles responsables de sa prolifération.
Le frelon asiatique a été introduit accidentellement en France et identifié pour la première fois en 2006, dans le Lot et Garonne. Est-il vraiment cet insecte terrible dont on peut lire le portrait ravageur sur certains sites internet ?
En fait, on connaît encore peu de choses de Vespa velutina, qui concurrence désormais Vespa crabro, notre bon vieux frelon d’Europe.
On sait aujourd’hui que cette espèce a envahi tout le sud-ouest du territoire, et continue de progresser de 100 km par an environ vers le nord (cf carte de progression). Ses nids sont effectivement d’une taille impressionnante, mais on ne sait quasiment rien de son comportement, de son alimentation, de ses capacités de reproduction et d’expansion. Sur quelle distance est-il capable de voler ? Comment choisit-il tel ou tel bois pour construire ses nids ? Quels sont ses prédateurs ? Pour répondre à toutes ces questions, un programme de recherches piloté par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et associant plusieurs équipes, s’est mis en place (1). Ils sont une dizaine de chercheurs en France à traquer les faits et gestes de Vespa velutina, jusque dans ses nids… Et au-delà de ces recherches purement éthologiques, il sera possible de mettre au point des pièges plus efficaces, et si besoin était de limiter sa progression.  


(1) Ces équipes sont issues du CNRS, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et de l’Institut national de recherche agronomique (Inra).

01.Compter les frelons, un travail de… fourmi !

Nid de frelonsUn nid de frelons. Après congélation, il est ressortit puis analysé.
© C.Villemant.
    Dans les sous-sol du laboratoire d’entomologie du Muséum de Paris, Quentin Rome, chargé de recherches, et Sandy Haubois, stagiaire, sortent du congélateur une sphère en papier mâché, de la taille d’un ballon de football. C’est le quarantième nid de frelon qu’ils s’apprêtent à disséquer cette année : un travail de fourmi, puisqu’il faut compter une à deux journées par nid, selon leur taille. Le nid se présente sous la forme d’une dizaine de galettes empilées les unes sur les autres, et composées de centaines de petites alvéoles. Sandy Haubois découpe délicatement une des galettes en deux dans le sens de la longueur pour étudier sa composition, compter combien sont logées de larves, de prénymphes, nymphes, et de témérales. Ces nymphes au dernier stade de leur développement sont recouvertes d’une sorte de capuchon de soie. Elles les ont elles-mêmes tissés afin de conserver la température ambiante de leur cellule, aux environs de 29°C, et de se protéger des ouvrières adultes et des mâles : dans un espace aussi étroit, ces derniers se glissent entre les galettes, s’entassant sans vergogne sur leur tête. “Après avoir compté le nombre de mâles et de femelles, nous repérons au microscope la spermathèque [NrR : une glande destinée à recevoir et stocker la semence du mâle], pour évaluer le nombre d’individus à naître", explique Sandy Haubois.”
Une fois ce long travail terminé, les chercheurs connaissent le nombre d’individus par nid, le nombre de futur reines et disposent d’une estimation de la capacité d’extension de l’animal. C’est ainsi que Sandy Haubois peut dire que “l’explosion de la population dans les nids a lieu en août, avec un maximum d’environ 1500 à 2000 adultes par nid à un temps donné”.


A l’oeil nu


Première étape du travail après la sortie du congélateurPremière étape du travail après la sortie du congélateur : disséquer le nid par tranche. 
© Jean-Bernard Nadeau
  Autre sujet d’intérêt, l’alimentation de cet insecte. Les chercheurs attrapent au filet des ouvrières devant les nids avant qu’elles n’entrent nourrir les larves, et analysent les proies qu’elles rapportent entre leurs mandibules. Car aussi incroyable que cela puisse paraître, l’expertise taxonomique aidant, Franck Muller sait reconnaître à l’œil que telle boulette de couleur maronnasse ou verdâtre est en fait ce qui reste de telle espèce de mouche ou de sauterelle. Pour ce collaborateur de Quentin Rome, actuellement en postdoc au MNHN : “Nous pouvons ainsi savoir quelle nourriture ils consomment et en quelle quantité”. Mais on s’en doute, l’exercice est fastidieux, et rarement très précis. “Nous sommes donc en train de développer des outils moléculaires avec un laboratoire de systématique du Muséum pour "barcoder" les espèces, c’est-à-dire caractériser des petits fragments de leur ADN”, explique Franck Muller. D’ici quelques années, il est probable que tout ce travail ne se fasse plus à l’œil nu, mais soit informatisé. En comparant le “code barre génétique” d’une boulette et d’une espèce d’insecte, les chercheurs verront si les deux correspondent.


02.Le frelon asiatique menace-t-il vraiment les abeilles ?

Découpe d'un nid de frelonsLe nid de frelons découpé avec différentes étapes d'évolution. En partant de la droite : deux larves au dernier stade, une nymphe et un adulte en fin de développement.
© Jean-Bernard Nadeau
Certes, la taille des nids de frelons asiatiques est impressionnante : 10 000 alvéoles sur un nid, contre 2000 seulement chez le frelon d’Europe ! De plus, il est capable de les percher à 40 mètres de hauteur, si bien qu’ils sont bien plus difficiles à atteindre que les nids de frelons d’Europe.
Certes, aussi, le frelon asiatique n’est pas tendre avec les abeilles. “L’ouvrière guette sa proie en vol stationnaire devant la ruche, raconte Quentin Rome. Puis elle se jette sur l’abeille, s’éloigne pour lui couper la tête, les pattes, l’abdomen, les ailes, se saisit de son thorax, partie la plus protéique de l’animal puisqu’elle contient les muscles du vol. Elle en fait alors une petite boulette qu’elle rapporte au nid”. Mais combien d’abeilles sont ainsi chassées ? “En fait, on n’en sait rien”, précise Quentin Rome.  Tout dépend de l’environnement où l’insecte a bâti son nid. Dans les milieux agricoles ou les forêts, il a une alimentation sans doute très diversifiée (mouches,  guêpes, chenilles, nectar des fleurs, pommes, prunes, etc). Il n’est donc pas facile de mesurer l’impact de l’animal sur les abeilles ni sur le reste des insectes. Il est vrai que certaines espèces de plantes à fleurs ne sont pollinisées que par une ou deux espèces d’insectes, et si celles-ci sont éliminées par le frelon d’Asie, elles pourraient à leur tour définitivement disparaître.
Tout le problème écologique est là : comme tout nouveau protagoniste ce frelon va modifier un certain équilibre, mais on ne sait pas encore dans quelle proportion.


 Contre-attaque thermique


On peut aussi espérer que les abeilles s’adaptent à cet envahisseur. L’abeille asiatique, Apis cerana, a par exemple développé une stratégie de défense très efficace : le frelon agresseur est rapidement entouré d’une masse compacte d’ouvrières qui, en vibrant des ailes, augmente la température au sein de la boule ainsi formée, jusqu’à ce que leur adversaire meure d’hyperthermie ! Au bout de cinq minutes, la température ayant atteint 45°C, le frelon succombe. Seul inconvénient, cette méthode, si elle est trop souvent répétée, entraîne un affaiblissement de la ruche car les ouvrières consacrent alors moins de temps à l’approvisionnement. Est-ce que l’abeille domestique est capable de se défendre des attaques du frelon d’Europe ? Pour Quentin Rome, “aucune étude n’a jamais été publiée à ce sujet”. Le frelon d'Europe se nourrit essentiellement de mouches (de 60 à 80 par jour), mais peut aussi s'attaquer aux guêpes, aux chenilles, aux sauterelles, limitant ainsi leur prolifération. Ce frelon possède donc un rôle de régulateur écologique important, bien qu'il puisse également se nourrir d'abeilles. Le frelon d’Asie finira peut-être par trouver sa place dans nos contrées, Evolution oblige...

03.Rien ne sert de piéger tous azimuts

Bière, limonade, sirop de cassis : pour attraper le frelon tout est bon ! Une politique de piégeage tous azimuts mené par certains apiculteurs qui indigne Quentin Rome : “Ils ont pour principal défaut d’attraper tout ce que l’environnement compte de mouches, papillons, guêpes, et autres abeilles, y compris des espèces menacées”.  
Tout aussi inutile : certains conseillent le piégeage des reines à titre individuel, au printemps, pour éviter qu’elles fondent de nouveaux nids. Or, contrairement à ce qui se propage dans de nombreux réseaux apicoles et sur internet, cette stratégie n'aurait aucun impact sur le niveau de population de l'espèce : une très grande proportion des reines - dont la durée de vie est limitée à un an - n'est pas fécondée, et plus de 90 % d'entre elles meurent naturellement, essentiellement à cause de la compétition qu'elles mènent justement au printemps pour les sites de nidification.

Une bonne stratégie

En fait, la bonne stratégie vise à protéger les ruches  avec un piège sélectif simple et pas trop coûteux, sans éradiquer pour autant les populations de frelons.Frelon d'asie devant la rucheUn nouveau voisin pour les abeilles, dont on sait au final, relativement peu de choses.
© Jean Haxaire

 Quentin Rome, avec l’aide de l’association Bee my Friend et de nombreux apiculteurs, teste pour la seconde année consécutive un appât fait avec du jus de cire d’abeille fermenté.
Denis Thiery, de l’Inra de Bordeaux, a déjà obtenu des résultats impressionnants, avec un autre appât pourtant banal : du moût de pomme ! Mais ce piège est encore loin de la commercialisation massive. Il reste à mettre au point la molécule de synthèse et à trouver un partenaire industriel.
En attendant,  il existe déjà des sortes de portes, à l'entrée de ruches, qui empêchent les souris d’entrer. Elles sont également utilisées pour barrer le passage aux frelons. Seules les abeilles passent.
En revanche, ces portes n'empêchent pas les frelons d'attraper les abeilles en plein vol à l'entrée de la ruche. Le frelon d’Asie en embuscade...

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