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Méfions-nous de l'eau qui dort : prévoir les crues de l'Yvette

  • Posté le : Mardi 1 Mars 2005
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  • par : F. Lavigne
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  • Expert : C. Le Coeur
  • Actualisé le : Lundi 25 Août 2008
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L'Yvette, petit cours d'eau essonnien qui a engendré des inondations catastrophiques par le passé (1966, 1978, 1981), doit faire face depuis quelques années à une recrudescence des crues. Quelles en sont les causes et les mesures prises pour protéger les riverains dans un contexte d'urbanisation croissante ? L'association Planet Risk répond à la question.

Yvette, cours d'eau essonnienL'Yvette fait face, depuis quelques années, à une recrudescence des crues
© Yves Morelle/AD91

L'Yvette est un petit cours d'eau d'environ 33 kilomètres qui prend sa source à Lévis-Saint-Nom (Yvelines), puis emprunte la vallée de Chevreuse avant de se jeter dans l'Orge à Épinay-sur-Orge. L'Yvette, dont le débit annuel moyen avoisine les 1 m3/s à Villebon-sur-Yvette, connaît des hautes eaux en hiver et n'est jamais à sec en été, alimentée par les nombreuses sources qui drainent le sous-sol calcaire du plateau de la Beauce.

Cependant, derrière ce calme apparent se cache un cours d'eau capricieux aux crues fréquentes qui a provoqué de nombreux dégâts par le passé. Celle de 1966 est restée gravée dans la mémoire des habitants de Longjumeau, qui ont vu leurs maisons noyées sous plusieurs mètres d'eau. En mars 1978, les habitants de plusieurs communes riveraines de l'Yvette (Palaiseau, Gif, Bures, Orsay et Longjumeau) ont dû sortir à nouveau les barques pendant deux jours pour circuler dans les rues, la rivière ayant inondé 123 hectares. Malgré d'importants travaux réalisés sur la rivière après cet événement, une autre grande crue se produisit en octobre 1981 en raison de pluies exceptionnelles qui ont atteint ou dépassé localement 50 mm en une journée.

La prise de conscience par les pouvoirs publics de la nécessité d'une politique de gestion globale du bassin versant de l'Yvette a abouti à renforcer les pouvoirs du Syndicat intercommunal pour l'aménagement hydraulique de la vallée de l'Yvette (SIAHVY), né en 1945 et qui regroupe aujourd'hui 32 communes riveraines. Parmi les nombreuses fonctions de cet organisme, la lutte contre les inondations est une priorité. Le SIAHVY a ainsi construit sept bassins de retenue d'une capacité de rétention des eaux d'environ 1,75 million de mètres cubes.
cruesyvette© SIAHVY
Malgré toutes ces mesures préventives, on constate que les crues sont de plus en plus fréquentes depuis la fin du XXe siècle. Des inondations dommageables se sont ainsi produites pendant la tempête de décembre 1999, lors de violents orages en août 2000 à Ballainvilliers, et en mars 2001 à la suite de pluies conséquentes tombées sur des sols gorgés d'eau. Mais, quelle que soit la situation météorologique à l'origine des crues, l'imperméabilisation du sol favorise le ruissellement des eaux de pluies. Cette imperméabilisation est liée à des facteurs géologiques, mais surtout à la très forte croissance urbaine en Essonne depuis une vingtaine d'années, accélérée depuis la fin des années quatre-vingt-dix avec l'avènement de l'habitat pavillonnaire et des lotissements.

Il s'ensuit une plus forte vulnérabilité des populations et des biens, renforcée par le fait que les néo-riverains ne connaissent pas le fonctionnement de la rivière et son histoire tumultueuse.


01.L'Yvette, petit cours d'eau mais...

cruesyvette1En haut : diagramme ombrothermique de la station météorologique de Brétigny-sur-Orge (1961/1990). En bas : régime hydrologique de l'Yvette à Villebon-sur-Yvette.
© SIAHVY
L'Yvette est un cours d'eau du nord de la Beauce au débit moyen annuel de 1 m3/s à Villebon, qui comporte 15 petits affluents principaux (des rus). La faiblesse de ce débit s'explique avant tout par la taille réduite de son bassin versant (278 km2) partagé entre les Yvelines et l'Essonne.

Son régime hydrologique est de type pluvial océanique, caractérisé par des hautes eaux en hiver et des basses eaux en été. Ces variations saisonnières s'expliquent, non pas par des différences de pluviométrie très marquées entre les saisons, mais par une évaporation beaucoup plus forte en été qu'en hiver qui diminue le ruissellement des eaux de pluie.

Depuis cinquante ans, ce paisible cours d'eau a connu de nombreuses crues, dont trois ont été particulièrement dommageables pour les riverains en 1966, 1978 et 1981. De ces trois événements, c'est celle de 1978 qui a le plus marqué les esprits et qui est considérée comme la "crue de référence", d'une période de retour estimée à vingt ans. Cette crue fut déclenchée après deux jours de fortes précipitations (36 mm les 19 et 20 mars) survenues sur un sol saturé d'eau à la suite des quelque 30 mm de pluies tombées entre le 4 et le 17 mars.

Cette crue fut caractérisée par deux périodes de montée des eaux : le 20 mars, une première pointe de débit de 13 m3/s s'explique par le ruissellement immédiat des eaux pluviales tombées dans les zones urbanisées ; après une courte accalmie, un second pic est enregistré le lendemain avec un débit de 26 m3/s. Ce second pic provient de l'arrivée plus tardive des eaux tombées la veille dans les zones rurales en amont du bassin versant. Ces eaux se sont infiltrées pendant plusieurs heures dans le sol jusqu'à ce qu'il soit saturé, c'est-à-dire complètement gorgé d'eau. Arrivées à cette phase de saturation, les eaux sont alors ressorties du sol puis se sont écoulées dans la rivière. La décrue fut ensuite rapide, accélérée en outre par la vidange des bassins de retenue. Malgré le stockage de 1 280 000 m3 d'eau dans les bassins de retenue, 123 ha furent inondés, pour une durée de submersion maximum de 50 heures. L'Orge et l'Yerres provoquèrent également des inondations sur respectivement 360 et 386 ha.

cruesyvette2Hydrogramme de la crue de l'yvette en mars 1978 à Villebon
© SIAHVY
La dernière grande crue de l'Yvette, les 26 et 27 octobre 1981, fut liée à des pluies d'une intensité exceptionnelle, qui ont atteint ou dépassé localement 50 mm en une seule journée, par exemple à Palaiseau et Trappes, soit 12 % de la moyenne pluviométrique annuelle. Cette crue est survenue malgré d'importants travaux sur le cours d'eau entrepris depuis 1978 :
-
le recalibrage de la rivière : élargissement, approfondissement, augmentation de sa pente par suppression des chutes, canalisation de certains tronçons pour augmenter la capacité d'écoulement de la rivière ;
-
l'entretien des ouvrages hydrauliques et du cours d'eau (curage régulier pour ôter les obstacles qui freinent l'écoulement de l'eau) ;
- la construction de nouveaux bassins de retenue afin de stocker l'excédent de volume écoulé et régulariser le débit de l'Yvette. Le SIAHVY dispose aujourd’hui d'une capacité de rétention des eaux d'environ 1 750 000 m3 répartis sur sept bassins (Saint-Forget, Chevreuse, Coupières, Mérantaise, Bures-sur-Yvette, Saulx-les-Chartreux et Balizy).


02.Une recrudescence inquiétante des crues

En dépit des travaux d'aménagement réalisés jusque-là, les crues deviennent de plus en plus fréquentes et se produisent désormais en toutes saisons.
cruesyvette3Coupe schématique d'un bassin de retenue.
© SIAHVY

Des crues peuvent se produire lors des violents orages d'été, comme en août 2000 à Ballainvilliers ou en juillet 2001 dans l'ensemble du bassin de l'Orge (69,9 mm de pluies tombés à Épinay-sur-Orge pendant la nuit du 6 au 7 juillet, 147 mm tombés en 11 heures à Saint-Germain-lès-Arpajon).

Ces crues sont cependant plus petites que les crues d'hiver, les plus redoutables en raison d'un état de saturation du sol quasi permanent lié à la présence de la nappe phréatique des sables de Fontainebleau. Située au-dessus d'une couche argileuse imperméable, cette nappe est connectée à la nappe superficielle en traversant des bancs de grès discontinus. Elle explique ainsi les fortes réponses aux crues d'hiver et de printemps et la hausse rapide de débit des sources en bas de versant (limite sables-argiles).

Ainsi, la tempête de décembre 1999 s'est produite alors que l'Yvette avait atteint son niveau limite tout au long de décembre, ce qui se solda par une inondation sur l'ensemble de la rivière. Les crues d'hiver sont d'autant plus brutales que de fortes pluies peuvent tomber sur un sol enneigé, entraînant la fonte rapide de la neige comme lors de la crue de 1966, ou sur un sol encore gelé, renforçant ainsi son imperméabilisation.

Les crues de printemps sont également conséquentes, comme celle de mars 2001 qui s'est produite pendant des pluies faibles, mais prolongées (85 mm en 14 jours). L'Yvette a connu deux principaux pics de crue entre le 22 et le 26 mars, dus à deux pics d'intensité des pluies. Les techniciens du SIAHVY ferment les vannes du bassin de rétention de Bures-sur-Yvette au début de la crue, ce qui aboutit au remplissage total du bassin. Après le premier pic, le bassin est progressivement drainé, avant une nouvelle fermeture des vannes qui précède le second pic. L'efficacité du système a permis de maîtriser cette crue qui aurait pu s'avérer désastreuse sans ces mesures préventives.

cruesyvette4La crue de l'Yvette de mars 2001 dans le bassin de Bures-sur-Yvette.
© SIAHVY
Pourquoi un tel regain de phénomènes hydrologiques exceptionnels ? L'augmentation de l'aléa de crue est liée à la conjonction de facteurs climatiques et anthropiques. Après une période globalement sèche dans les années soixante-dix-quatre-vingts, nous connaissons depuis quelques années une période beaucoup plus humide. La nappe phréatique est par conséquent plus haute que précédemment et la capacité de rétention des bassins du fond de vallée est diminuée. Sur les terres encore cultivées, la disparition des haies et les techniques de labour (sillons dans le sens de la pente) de la vallée de l'Yvette accentuent aussi le ruissellement vers la rivière.

Cependant, le principal facteur est l'urbanisation de la région, déjà galopante depuis les années soixante, mais qui s'est encore accélérée depuis les années quatre-vingt-dix. La croissance urbaine se caractérise notamment par la prolifération de pavillons, lotissements, immeubles, zones d'activités, parkings et routes qui augmentent progressivement et irréversiblement l'imperméabilisation du sol. Le remblaiement de zones inondables naturelles pour la construction de centres commerciaux ou d'autres activités limite la capacité de certaines portions d'écoulement et le débit d'évacuation. Dans sa partie aval, l'Yvette a aussi été dérivée de son lit d'origine et conflue désormais avec l'Orge par un angle droit, ce qui fait obstacle à l'écoulement des eaux de cette rivière.

À cette augmentation de l'aléa de crue vient par conséquent s'ajouter une indéniable augmentation des enjeux et de la vulnérabilité des personnes et des biens exposés au risque.


03.Quelles solutions pour l'avenir ?

Début des cruesDébut des crues, l'eau devient turbulente...
© Franck Lavigne
Les intempéries de mars 2001 ont renforcé l'idée d'augmenter la capacité de retenue en créant de nouveaux bassins pouvant stocker un million de mètres cubes supplémentaires. Le problème majeur est celui du manque de place dans ce bassin déjà saturé.

À cette adaptation géographique s'ajoutent des innovations techniques : depuis 1999, le bassin dispose d'un système de télésurveillance et de télégestion, permettant aux techniciens du SIAHVY de gérer à distance en temps réel l'évolution de la montée des eaux. Ce nouvel outil vient renforcer l'astreinte mise en place 365 jours par an et 24 h sur 24.

Mais la gestion des bassins de retenue reste délicate du fait de la multiplicité des acteurs entrant en jeu. Dans celui de Saulx-les-Chartreux par exemple, le SIAHVY est responsable de la gestion hydraulique du site, le Syndicat intercommunal du plan d'eau (SIPE) a pour mission l'aménagement à des fins de loisirs et l'entretien du bassin de retenue, et l'association NaturEssonne joue le rôle de consultant en matière de protection de l'environnement. Une perspective intéressante reste à envisager : à l'instar de l'Orge, l'Yvette devrait bénéficier d'un Plan d'exposition au risque inondation (PERI) et d'un Plan de prévention des risques (PPR).

L'étude est en cours, mais ces plans ne sont pas encore actés. Cependant, d'ores et déjà les communes achètent de plus en plus de terrains riverains de la rivière, pour les protéger par des parcours verts et réduire les constructions en zones inondables.


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