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Géomatique, dis-moi où tu es, je te dirai qui tu es

  • Posté le : Lundi 2 Janvier 2012
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  • par : S. Dauvillier
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  • Expert : P. Bordin
  • Actualisé le : Lundi 24 Octobre 2011
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Naviguer avec GoogleEarth, se déplacer par GPS, localiser un restaurant etc. Grâce à la géographie, ces applications se multiplient. Non sans susciter des questions d’ordre éthique.

photo1-geomatiqueSans doute l’application la plus connue de la géomatique: le GPS
© ENSG

Nos téléphones portables, nos GPS, enregistrent et transmettent le moindre de nos déplacements. Des prestataires de services reçoivent ces informations et nous suivent à la trace. Ainsi, ils peuvent nous proposer une pizzeria dans le voisinage, nous informer en temps réel par sms des offres culturelles ou commerciales de proximité… Nouveau Graal de la technologie, la géo-localisation joue un rôle de plus en plus central dans de nombreux domaines. Désormais, chacun peut s’improviser géographe amateur en collaborant à la constitution de banques de données cartographiques ou météorologiques par exemple. Après le séisme et le tsunami du 11 mars dernier au Japon, de nombreux bénévoles ont utilisé le réseau social Ushaidi pour envoyer des informations sur les sinistres subis dans les zones où ils se trouvaient, par sms, mail ou web. Relégués par des outils d’informations cartographiques en ligne ces envois ont permis de visualiser les zones touchées et l’étendue des dégâts.
Hier relativement isolée, la géographie est aujourd’hui révolutionnée par les nouvelles technologies de l’information. Et de fait elle a sa place dans un nombre important d’applications : aménagement du territoire, transport, santé, économie, environnement... D’où l’émergence depuis les années 70 d’une science nouvelle, la géomatique. Ce terme recouvre l’ensemble des traitements de données géographiques : leur acquisition, leur gestion, leur analyse, et enfin leur édition sous forme de cartographie web ou papier.
L’acquisition de ces données se fait par photographie aérienne, satellite ou infrarouge, par relevés topographiques ou ondes radar, et par numérisation de documents relatifs à l’espace. Pour être exploitables cependant, les images – comme les orthophotographies (photos aériennes) fournies par Google Earth ou le Géoportail (site de l’Institut national de géographie), ont été « corrigées » par les techniques de la photogrammétrie (techniques permettant de réaliser des mesures de coordonnées en 3D à partir de photos). Un « quadrillage » de l’espace sur lequel viennent se superposer des couches d’information en flux continu.

photo2-geomatiqueL’urbanisme, une des nombreuses applications possibles
© ENSG

«À partir d’un fonds de référence à grande échelle, l’IGN (Institut géographique national - ndlr) a pour mission de mettre à jour, grâce à une veille de terrain, les données sur le territoire national, transmises entre autres par les collectivités locales ou l’Inventaire Forestier National, rappelle Patricia Bordin, directrice scientifique de l’Ecole nationale supérieure de géologie (ENSG), responsable du jeune Laboratoire de géomatique appliquée. C’est une couverture intégrale, enrichie d’informations d’origines diverses, rigoureusement calées sur les photos.» Grâce à des logiciels puissants s’appuyant sur des bases de données, la gestion et l’analyse des informations permettent d’appréhender le territoire dans sa complexité. « En mettant en exergue la dimension spatialisée des informations, la géo-localisation pose de nouvelles questions, et offre une dimension supplémentaire d’analyse», poursuit Patricia Bordin. D’où l’extrême diversité de ses applications.
Et ce n’est que le début. Aujourd’hui, les utilisateurs souhaitent réfléchir en trois dimensions. Le Géoportail propose déjà une visite du château de Versailles en 3D, alors que des cartes de zones montagneuses prennent en compte le degré des pentes et le niveau d’ensoleillement pour évaluer le risque d’avalanches. « Présenter le territoire à travers une carte, c’est aussi communiquer», pointe Patricia Bordin. Enfin, la géomatique ambitionne d’intégrer la quatrième dimension, le temps, en réalisant l’inventaire d’un territoire dans une vision cinétique. Une manière d’y observer les phénomènes en cours et leur évolution dynamique, comme le trafic routier et son flux de voitures, avec pour objectif la prévention des accidents. 

photo2 geomatiqueA première vue, une carte comme une autre. Mais sur celle-ci, c’est l’occupation du territoire qui est le sujet.
© ENSG

01. Du géomarketing à la prévention des risques

En pleine expansion (entre 15 et 20% par an), portée haut par les Canadiens notamment, cette science devient peu à peu un support incontournable. Les professionnels du marketing ne s’y sont pas trompés. Ils intègrent désormais, aux côtés de la catégorie socioprofessionnelle et du sexe, la géographie comme critère fondamental pour définir leurs cibles. “Elle est à la croisée d’enjeux stratégiques et opérationnels, précise Patricia Bordin. Par la vision cohérente qu’elle procure, elle peut aider les entreprises à faire les bons choix.» Un exemple en urbanisme pour décrypter les phénomènes à l’œuvre en zone urbaine sensible. Quels sont les facteurs à l’origine de l’évolution de ces quartiers ? Déplacements des habitants et accès aux transports, sociologie de la population, équipements publics du quartier… La géomatique contribue à fournir des éléments de réponse.

photo-4-geomatiqueLe téléphone portable, outil privilégié de la géolocalisation.
© Thierry Berrod/LookatSciences

Pour les mesures d’occupation des sols, cette science permet d’observer la péri-urbanisation, la répartition des activités, la consommation des terres agricoles ou encore les ceintures verte et bleue, chères au Grenelle de l’Environnement. « C’est un outil privilégié d’aménagement du territoire, utile aussi pour préserver la diversité ou prévenir les risques d’inondation ou encore de pollution», souligne la chercheuse. De même, la géomatique peut éclairer les conséquences des cultures OGM sur les terrains voisins. Ses méthodes d’analyse se révèlent en outre précieuses en matière de santé publique, en cas d’épidémie notamment.

02. Les limites de la traçabilité

Source d’un légitime engouement public, la géo-localisation suscite pourtant un certain nombre d’inquiétudes, toutes aussi légitimes. Géo-surveillance généralisée ? « Il est impératif de veiller attentivement aux effets de l’utilisation de ces informations géographiques, prévient Patricia Bordin. L’identification et la localisation sont des outils très puissants. Il faut prendre garde à ne pas se laisser dépasser par l’enthousiasme. Si le bénéfice est énorme, nous ne connaissons pas encore la face obscure. » Au-delà du respect de la vie privée, l’invasion des offres de services rendues possibles par la géo-localisation risque bientôt de dépasser le seuil de tolérance. Jusqu’où peut-on aller ? La réflexion débute à peine.
La géomatique a bien un rôle à jouer dans la consultation de la population pour élaborer une réflexion collective. C’est le cas avec l’Agenda 21 par exemple, une démarche participative en faveur du développement durable dont le Grenelle de l’Environnement a favorisé la mise en place. « En participant à la collecte des données, la population contribue à réduire son coût, mais avec quelle fiabilité scientifique ? », interroge la chercheuse. Secteur en pleine croissance, elle est donc aussi en quête d’un cadre plus clair dans lequel elle pourra évoluer.

photo5-geomatiqueN’ayez l’air de rien, vous êtes... repérés.
© Patrice Latron/LookatSciences

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