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Portraits

Étudiant en L2 de physique à l’université de Paris-Sud Orsay, Thomas Fauvel met à profit tout ce qui existe pour faire de son handicap un « truc en plus ».

 
L’évènement qui vous a le plus marqué ?
Le moment où j’ai été nommé au conseil d’administration de mon lycée. J’étais le premier handicapé à être élu ! Je ne m’y attendais pas du tout parce que j’étais persuadé que les autres ressentaient mon handicap comme un frein. L’avantage d’être atteint d’une maladie  visuelle dégénérative, c’est que l’on s’adapte tout le temps : plus la vue baisse plus il faut trouver des solutions. Pour moi, le handicap c’est un truc en plus, une autre vision de la vie. La plupart de mes amis au lycée étaient réticents à l’idée de parler devant un public mais quand on ne voit pas l’assemblée on n’a pas peur. Cela me donne envie plus tard de m’impliquer en politique et dans les sciences.

Le lieu qui a beaucoup compté ?
Le lycée Bascan de Rambouillet. C’était, il y a 7 ans, l’un des deux seuls lycées français adaptés aux déficients visuels. C’est au cours de ces trois années que j’y ai vu plus clair quant à mes aspirations professionnelles. Après cette belle période, les choses ont radica-lement changé. Je suis entré en classe préparatoire MPSI (mathématiques, physique et sciences de l'ingénieur) à Chartres. Là, je ne m’en suis pas sorti. La concurrence était telle que les autres élèves ne me prêtaient pas leurs cours. J’ai besoin de l’aide des profs ou des élèves pour retranscrire les cours en version informatique, et les rendre accessibles au système de synthèse vocale. Mais mon prof de maths de seconde année m’a fait com-prendre que je représentais une charge de travail supplémentaire pour lui, qu’il ne pren-drait pas le temps d’adapter ses cours pour un mal-voyant et que je coûtais trop cher à la société. Mon handicap ne collait pas avec le cadre élitiste de la prépa. Je me suis donc tourné vers un L2 de physique à l’université de Paris-Sud Orsay où je coule des jours heu-reux.

L’objet que vous adorez et qui ne vous quitte pas ?
Mon ordinateur. Il concentre tous mes besoins : cours, programmation, divertissements, mails, etc. Lorsque j’écris, la synthèse vocale me dit ce que je tape en temps réel. 90 % des documents que mes enseignants me donnent à la fac sont en Latex, un langage in-formatique indispensable pour que les documents me soient accessibles. En ce moment, je prends mes notes à la main ou sur l’ordinateur. J’ai beaucoup de mal à relire mes notes manuscrites et l’usage de la loupe numérique est fatigant. C’est plutôt une solution ponc-tuelle pour lire la notice de fonctionnement d’un oscilloscope par exemple. La meilleure solution reste donc l’ordinateur. Quand je prends les cours des autres, je dois les scanner, zoomer, ajouter des couleurs, bref les adapter pour y voir quelque chose. Finalement je n’ai pas déniché la solution idéale, je navigue entre toutes les possibilités.

Un livre préféré que vous emporteriez sur une île déserte ?
Etant mal-voyant je ne vois pas bien l’intérêt d’emporter un livre sur une île déserte. S’il fallait choisir quelque chose, j’emporterais plutôt le CD des Quatre Saisons de Vivaldi. La partition que joue le violon est extraordinaire. Il m'arrive d'écouter de la musique classique dans la nature et à chaque fois je la ressens comme une tentative d'atteindre la perfection. J'ai la sensation d'être en proie à quelque chose d'irréel.

Une personne qui a beaucoup compté ?
Dominique Verrien, l’aide méthodologique individualisée non-voyant du lycée Bascan. Nos discussions m’ont aidé à y voir plus clair pour mon avenir. Lorsque j’interagis avec un au-tre déficient visuel, on aborde directement des questions normales : ce n’est pas “com-ment tu vois ? ” mais “comment tu vas ? ”
Depuis l’année dernière, en tutorat de programmation informatique à la fac, je suis suivi par un prof de maths non-voyant, Pierre Lorenzon, que j’admire beaucoup. Ces deux per-sonnes sont des exemples pour moi. J’aimerais devenir un mix des deux et parvenir à al-lier qualités humaines et scientifiques.

Votre passion en dehors du travail ?
L’informatique, tout ce qui se rapproche des sciences et les échecs ! Soit je joue sur l’ordinateur et la synthèse vocale me décrit le déplacement des pièces. Soit je joue contre un adversaire humain bien réel avec un échiquier. Mais dans ce cas, il faut à la fois que je mémorise l’emplacement des pièces et que je prévoie la stratégie de l’adversaire, c’est un véritable défi !

Les 5 dates de Thomas Fauvel :

1990 : naissance à Argenteuil
2005 : entrée au lycée Louis Bascan de Rambouillet
2007 : élu deux années scolaires consécutives au Conseil d’administration de son lycée
2009 : entrée en classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE) scientifiques filière MPSI
2010 : entrée à l’université Paris Sud Orsay en L2 de physique

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