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L’affaire de l’huile de palme : info ou intox ?

  • Posté le : Mardi 28 Mai 2013
  • |
  • par : L. Salters

La culture des palmiers concentre sur elle toutes les critiques, qu’elles soient écologiques, agronomiques ou sanitaires. Les scientifiques passent en revue les problématiques. Et apportent des réponses. On est loin d’une nouvelle “affaire”.

lookatsciences 20850 003© Antoine Devouard / LookatSciences

C'est une vidéo de 25 secondes qui a mis le feu aux poudres. Diffusée en 2012 par une chaîne de supermarchés, ce petit film dénonçait pêle-mêle les méfaits de la culture du palmier à huile : déforestation, dégâts sur la faune et la flore, effets néfastes sur la santé de lʼhuile de palme... Un film pour le moins partial qui ne laissait pas vraiment d’autre alternative au consommateur que de délaisser les produits contenant de l’huile de palme. En ces temps de crise écologique, les dirigeants de la chaîne ont voulu montrer qu’ils avaient un "sens" du développement durable. C’était sans compter la réaction des producteurs ivoiriens de palmier à huile, qui ont porté plainte en juin 2012. Ils dénonçaient une campagne de dénigrement “sans fondement scientifique” sérieux. Six mois plus tard, le Tribunal de Commerce de Paris leur a donné raison. Il laissait deux semaines à lʼenseigne pour supprimer le film. Aujourdʼhui, la vidéo est introuvable sur internet... 

Cet exemple illustre à merveille à quel point l’huile de palme concentre tous les malentendus... en occident. Depuis le début des années 2000, les producteurs sont notamment accusés de raser massivement les forêts primaires pour faire place nette à des milliers d’hectares de plantations.

01.Zone tropicale

L‘Indonésie et la Malaisie sont les plus gros fournisseurs d’huile de Palme. Les deux pays délivrent à eux seuls 85 % des 47 millions de tonnes produites annuellement. Or la totalité de cette production se situe en zone tropicale, territoire géographique où perdurent les derniers restes de forêts primaires asiatiques. Les adversaires de l’huile de palme (très souvent des ONG), au nom de la déforestation, dénoncent donc cette concurrence entre plantations et forêts primaires. Oui, mais… Les chiffres de la FAO (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) parlent d’eux-mêmes. Entre 1990 et 2005, période de très grande croissance, 28 millions d’hectares de forêts primaires ont certes disparu en Malaisie par exemple. Mais seuls 3 millions d’hectares correspondent à la création directe de palmeraies. 

lookatsciences 20875 193© Thomas Marent / LookatSciences

Et les 25 millions restants alors ? Le bois est exploité pour la production de bois dʼœuvre, de pâte à papier, de charbon de bois. Parfois, les surfaces déforestées sont laissées en friche. Elles deviennent des savanes dégradées qui seront, ou non, reconverties pour des activités agricoles. En France, lʼONG Les Amis de la Terre ne compte pas en rester là. Rapport après rapport, lʼONG se rend sur place pour accumuler les preuves du lien entre déforestation et palmiers à huile. Elle a notamment réalisé pour lʼEurope en 2010 une étude qui révèle un “effet domino” dans le déplacement des cultures. Pour continuer à produire toujours plus et satisfaire une demande mondiale en constante augmentation, certaines compagnies déplacent des cultures pour faire place à des palmeraies. Elles ne déforestent donc pas "directement" pour le palmier à huile. Une manière de rester dans les critères de la charte RSPO (Round table on Sustainable Oil Palm), une norme internationale qui rassemble différents acteurs du secteur. Mais selon l’ONG, cʼest bien un déboisement lié aux palmiers qui a lieu. 

02.Petites exploitaions

Cette vision du problème ne prend en compte que les grandes exploitations. Or 60 % de la production mondiale est réalisée par de petites exploitations. C’est d’ailleurs l’une des particularités de ce système agricole qui essaime désormais beaucoup en Afrique et aussi en Thaïlande : la culture des palmiers à huile a favorisé la sortie de la pauvreté de nombreux "petits" paysans. Eux ne rasent pas la forêt. Ils n’en ont tout simplement pas les moyens. Claude Jannot est agronome et historien au Cirad de Montpellier. Depuis 1998, il suit de très près les évolutions des politiques intérieures en Indonésie. “Les petits planteurs en ont assez de se faire marcher dessus par les grands exploitants sans scrupules. Il y a eu ces dernières décennies une émergence dʼune classe moyenne dans la paysannerie qui ne veut plus sʼen laisser compter. Beaucoup protestent notamment contre lʼattribution des terres aux grandes sociétés et contestent la légalité des titres fonciers”.

Car le principal enjeu pour ces petits exploitants est la distance géographique. Une fois cueillis, les régimes de noix de palme doivent être pressés dans les 48h. Il faut donc se trouver à distance raisonnable d’une huilerie. Le déboisement, de toutes façons partiel, des forêts primaires renferme donc une réalité socio-économique complexe. Et les petits exploitants, qui fournissent la majorité de la production, n’ont pas attendu la bonne conscience occidentale pour batailler eux-aussi contre ce phénomène de déforestation.

lookatsciences 21456 01© Bernard Martinez / LookatSciences

Reste enfin l’argument réel et lourd de la perte de biodiversité. L’extinction de la forêt primaire est en soi une catastrophe. "Mais allez voir dans la Beauce (lieu de culture intensive dans le centre de la France – NDLR). C’est un désert de biodiversité", ironise en contrepoint Alain Rival. Lui aussi est agronome et travaille comme Claude Jannot au Cirad de Montpellier : "Une palmeraie peut abriter une certaine biodiversité", analyse t-il. Les rongeurs et les serpents n’ont aucun mal à recoloniser ces territoires. "C’est même une invasion dans certains cas" , s’amuse le chercheur. Autre point fort : les sols ne sont pas mis à nu tous les ans, contrairement aux cultures classiques. Durant la période d’exploitation, une vingtaine d’années, les sols sont fixés grâce aux racines. Un aspect crucial dans un pays qui subit des précipitations et inondations importantes. "Dans ce domaine, une palmeraie, apporte bien plus qu’un champ OGM intensif", conclue Tristan Durand-Gosselin, directeur de Palmelit, institut spécialisée dans la sélection génétique du palmier à huile. 

Mais les chercheurs ont beau avoir les données, les idées reçues ont la dent dure... Fin 2012, au Sénat, un amendement devait être voté sur le budget de la sécurité sociale pour augmenter les taxes sur l’huile de palme et les mettre à niveau avec les autres huiles. Motif : en limiter la consommation pour cause... sanitaire. Aucune étude à ce jour n’est venue corroborer de telles allégations. L’amendement a finalement été retiré...

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