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OGM : finalement, quels risques ?

Potentiellement, les OGM offrent beaucoup d'intérêts. Mais, alors que l'Allemagne vient d'interdire la seule plante OGM qui était autorisée à la culture en Europe, que sait-on des risques liés aux plantes génétiquement modifiées ? Les agriculteurs européens pourront-ils longtemps conserver le choix d'une filière de culture non-OGM à côté de cultures OGM ?

Maïs MonsantoMaïs Monsanto
© Monsanto Company

1973 : des chercheurs américains parviennent à modifier une bactérie en y insérant un fragment d'ADN issu d'une autre espèce de bactérie, via un virus vecteur. Le premier organisme génétiquement modifié (OGM) est né… et de nombreux biologistes aux États-Unis demandent aussitôt un moratoire. Ils redoutent notamment que les bactéries génétiquement modifiées, disséminées accidentellement dans l'environnement, fassent apparaître de nouveaux agents pathogènes pour l'homme. Mais, dès l'automne 1975 la pression retombe, et l'on n'entendra plus parler des OGM jusqu'aux années quatre-vingts. En 1983, la première plante génétiquement modifiée voit le jour, et en France c'est en 1987 qu'ont lieu les premiers essais de culture de plantes transgéniques en plein champ.

On regroupe aujourd'hui sous le nom d'OGM des plantes, des animaux ou des êtres unicellulaires (bactéries) dont le génome a été enrichi d'un ou de plusieurs gènes étrangers à son espèce (voir schéma). Ces derniers, cultivés en laboratoire pour fabriquer des vaccins ou des hormones par exemple, ne sont pas controversés. De même que les plantes ou animaux modifiés à des fins de recherche et qui sont conservés dans des lieux strictement réglementés. Ce sont essentiellement les plantes génétiquement modifiées (PGM) produites en plein champ, puis consommées par des animaux ou par l'homme, qui se trouvent sous le faisceau des critiques.

Les étapes de la transgénèseLa transgénèse est une technique consistant à introduire un ou plusieurs gènes dans des cellules (végétales ou animales), afin de les transmettre aux générations successives.
© GNIS


Potentiellement, les OGM offrent beaucoup d'intérêts (chapitre 1). Mais, comme le montrent les recherches faites par Jane Lecomte, responsable du département Biodiversité, systématique et évolution à la faculté d’Orsay de l’université Paris-Sud 11, ils présentent des risques agronomiques et écologiques importants (chapitre 2). Leurs modes de dissémination sont encore difficiles à évaluer (chapitre 3) et ils accentuent un phénomène déjà en cours de concentration des ressources semencières de la planète au sein de quelques grands groupes (chapitre 4). Beaucoup s'interrogent donc aujourd'hui sur la possibilité de maintenir une filière de cultures non OGM à côté d'une filière OGM, comme c'est le souhait de nombreux pays européens (chapitre 5).

01.Quel est l'intérêt des OGM ?

Chaque année, la part d'OGM cultivés dans le monde augmente. Dix ans après avoir débuter leur culture à grande échelle en Amérique du Nord, les plantes transgéniques couvrent 102 millions d'hectares en 2006, un chiffre en progression de 13 % par rapport à 2005. En outre, le nombre d’agriculteurs cultivant des plantes transgéniques au niveau mondial aurait dépassé les 10 millions. Tous ces chiffres sont issus de l'ISAAA* (International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications / Service international pour la mise au point des biotechnologies agricoles), qui s'affiche comme pro-OGM, mais dont les données font référence.

Une chose est sûre : les OGM cultivés sont limités à quatre plantes : soja, maïs, coton et colza. Et sont concentrés à 88 % dans cinq pays : États-Unis en première position, avec 50 millions d'hectares en 2005, puis Argentine - 17 millions d'hectares -, Canada - 10 millions -, Brésil - 6 millions -, et Chine - 3 millions d’hectares. Enfin, près de 80% de ces OGM servent à nourrir le bétail. En Europe, début 2007, cinq pays cultivaient du maïs "MON 810" résistant aux herbicides (le seul OGM autorisé aujourd'hui sur notre continent) : l'Espagne, le Portugal, la France, la République tchèque et l'Allemagne. Mais ce dernier pays en a interdit la culture au mois de mai 2007, au titre de la protection de la nature et de l'environnement, de nouvelles études montrant un impact imprévu sur les papillons, les insectes prédateurs et les sols…

Carte sur l'évolution des OGM cultivésCarte de l'ISAAA (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications) montrant l'évolution des plantes OGM cultivées dans le monde ces vingt dernières années.
© Clive James, 2006/Isaaa


Pourquoi ces plantes suscitent-elles tant d'intérêts ? Parce que la création d'espèces les plus variées est envisagée, qui doivent en outre permettre des gains de productivité importants. Par exemple, après insertion d'un gène de résistance à la pyrale, le maïs ne craint plus ce papillon dont les larves se nourrissent de l'intérieur des tiges de la plante. On peut de la même façon extraire d'une plante un gène responsable d'un caractère inintéressant ou encombrant. Les mises au point de variétés les plus incroyables sont théoriquement possibles, puisque la génétique permet également de franchir les barrières d'espèces, le gène d'une bactérie pouvant être transféré à une plante, et vice versa.

Pour 80 % des OGM, le caractère recherché est la tolérance aux herbicides, essentiellement au Round-up, le produit vedette de Monsanto (société multinationale spécialisée dans la biotechnologie végétale). Celui-ci éradique tous les végétaux, à l'exception de ces OGM dits "Roundup ready". Ce qui facilite grandement la vie des agriculteurs : ils peuvent se contenter d'appliquer un seul composé, qui élimine les mauvaises herbes et épargne leur culture. Pour peu que l'OGM possède un gène favorisant la croissance rapide et un meilleur rendement, le gain économique est évident.

Pour l'instant, la variété de plantes OGM cultivées est très limitée. Mais selon leurs promoteurs, d'ici quelques années d'autres plantes devraient voir le jour, qui présenteront des avantages nutritionnels pour les consommateurs, qu'ils soient animaux ou humains. Les recherches portent par exemple sur un maïs enrichi en lysine (un acide aminé) destiné à améliorer la qualité nutritive des rations animales ; un riz dopé en vitamine A (vers 2009) dont le but annoncé est d’enrayer la cécité infantile en Asie (maladie causée par un déficit de vitamine A) ; un soja contenant de l'omega-3 (vers 2012) pour la prévention notamment des maladies cardiovasculaires.


* L’ISAAA est un organisme financé par les plus importantes compagnies de semences OGM, par exemple Monsanto, Syngenta, Bayer et Pioneer.


02.Risques agronomiques et écologiques

"Les plantes ne bougent pas, mais leurs gènes, si !" C'est généralement par cette évidence que Jane Lecomte, responsable du département Biodiversité, systématique et évolution à la faculté d'Orsay, démarre ses exposés sur la question des flux de gènes entre plantes. En effet, pour se reproduire les plantes à fleurs libèrent leur pollen dans l’atmosphère et, suite à la fécondation, les graines produites peuvent se disperser. La dissémination du pollen a été étudiée par plusieurs laboratoires. Pour s'en tenir au colza, il a d'abord été démontré en 1995 qu'on pouvait en trouver à 400 m du champ d'origine, puis en 2000 à 550 m, enfin en 2002 à 3 km. "Sans oublier que le pollen ne se diffuse pas seulement à l'horizontal, il monte et descend dans l'atmosphère", relève Jane Lecomte. Ainsi,Yves Brunet, du laboratoire Ephyse (Écologie fonctionnelle et physique de l’environnement) de l'INRA (Institut national de la recherche agronomique), a conçu un système de prélèvement de pollen embarquable sur un petit avion. "Nous avons mesuré la concentration et la viabilité du pollen de maïs capturé à des altitudes allant de 150 à 1 800 m, et montré qu’il existe du pollen viable susceptible d’être transporté pendant la journée à des distances de plusieurs kilomètres, de se déposer au sol et de féconder éventuellement une plante réceptrice."


Schéma d'une expérimentation sur le maïsSur une parcelle de 20 m² a été plantée une variété de maïs produisant des grains bleu foncé (carré central). Autour de cette parcelle a été plantée une variété de maïs produisant des grains jaunes. En comptant le nombre de grains bleu foncé sur les épis de maïs de la variété à grains jaunes, on visualise dans quelle proportion le pollen de la première variété "contamine" la seconde. Courbe : du bleu au rouge, proportion de grains bleu foncé comptés sur chaque épi : de 0 à 90 % (en rouge). Expérimentation réalisée en 1998 dans le laboratoire de Jane Lecomte.
© Étienne Klein/Université Paris Sud

Mais les risques de contamination d'un champ "non OGM" par des OGM sont plus ou moins grands selon les caractéristiques de chaque plante et selon l'environnement dans lequel elles sont cultivées. Les plantes dites allogames (un individu est fécondé par le pollen d'un autre individu), comme le maïs ou le tournesol, peuvent plus facilement disséminer leurs graines que les autogames, comme le blé, le soja ou la tomate qui se reproduisent en autofécondation. Sachant que certaines, comme le colza, se reproduisent pour partie en autofécondation, pour partie en allofécondation. Pas facile dans ces conditions de calculer des risques de dissémination ! D'autant qu'il faut aussi prendre en compte ce qui pousse à côté des champs : le colza par exemple est un hybride naturel de deux plantes sauvages, la navette (Brassica rapa) que l'on trouve de manière abondante au nord de l'Europe, et la souche sauvage du chou potager (Brassica oleacera) très présent dans les zones côtières. Par ailleurs, différentes plantes lui sont apparentées (sexuellement compatibles), comme la moutarde, la roquette, la ravenelle. Chez nous, il peut donc se croiser avec ces plantes. Pour le maïs en revanche, les plantes apparentées se trouvent en Amérique latine et donc le risque lié à la dissémination des gènes de résistance du maïs OGM reste très limité en Europe.

Bref, il n'y a pas de schéma simple de dispersion des pollens. Autre exemple de la complexité de l'exercice : "les concentrations mesurées et la viabilité des grains de maïs dans nos études varient selon la hauteur à laquelle on se place bien sûr, mais dépendent aussi de la teneur en eau du grain, commente Yves Brunet. En moyenne, un grain humide possède une vitesse de chute supérieure à celle d'un grain sec !"

Mais quel est le problème posé par cette incessante migration des pollens OGM dans la nature ? "Leurs gènes de résistance à un pesticide risquent d'être transférés aux plantes apparentées, et du coup ces produits ne seront plus efficaces, explique Jane Lecomte. Risque écologique associé à ce risque agronomique : ces plantes résistantes pourraient prendre un avantage déterminant sur les autres, modifiant les communautés végétales situées en bordure des champs... et la faune qui s'y trouve."

Ainsi, tandis qu'en 1996 une seule mauvaise herbe résistait au Round-up, on en dénombrait douze en 2005. La pression des "Roundup ready" a suscité l'apparition de souches résistantes à cet herbicide, comparables à ces bactéries mutantes qui finissent par rendre inopérants les antibiotiques. Depuis l'introduction des cultures OGM résistantes au principe actif du Round-up (le glyphosate) aux États-Unis et leur utilisation généralisée notamment pour les cultures de soja (93 % des surfaces en 2006), le développement de résistance à cette molécule herbicide a été détecté chez sept adventices. L'une d'elle, Ambrosia trifida, détectée dans l'Ohio et l'Indiana, inquiète particulièrement les scientifiques qui observent un manque de prise de conscience sur le terrain. Or cette adventice est très compétitive dans les cultures de soja. Elle peut les envahir et, en occupant le sol à la place du soja, elle peut causer jusqu'à 70 % de perte de rendement, un chiffre beaucoup plus important que pour les autres plantes adventices résistantes au glyphosate détectées jusqu'à présent, comme Conyza canadensis (vergette du Canada).

"La bonne gestion de ces résistances est la clé de l'avenir des biotechnologies", admettait Clive James, président de l'ISAAA. Certains envisagent de commercialiser des OGM dont les gènes d'intérêt ne seraient pas présents dans le pollen, afin de réduire les risques de transmission à d'autres plantes. En attendant cet OGM miraculeux non contaminant, de nombreux laboratoires européens préfèrent modéliser les flux de gènes, pour proposer des outils de gestion de la biodiversité.

03.Modéliser les flux de gènes

Modification du potentiel invasif des plantes, érosion de la biodiversité, modification des espèces végétales et animales : les transferts de gènes de résistance d'un champ OGM à l'espace qui l'entoure peuvent avoir de multiples effets. Ils sont extrêmement difficiles à mesurer, puisque les flux de pollen et de graines dépendent du type de plante cultivée, de la vitesse et de la direction du vent, du comportement des pollinisateurs, de l’abondance des différents vecteurs animaux de dispersion des graines, de la température, du taux d'humidité, du paysage qui se trouve autour du champ (limité ou non par des bois par exemple), etc.
Pollen de maïsUn grain de pollen de maïs.
© Yves Loublier/INRA
La plus vaste étude jamais menée pour mesurer l'impact environnemental des OGM a été lancée en Angleterre, en 1999. Quatre variétés - deux colzas, une betterave et un maïs - ont été plantées sur 266 parcelles. Chacune était divisée en deux, cultivée d'une part avec une variété d'OGM pulvérisée avec un herbicide à large spectre (toléré par la plante OGM) et d'autre part avec une variété conventionnelle, non OGM, pulvérisée avec un herbicide spécifique (qui attaque les mauvaises herbes). Ainsi, les auteurs du rapport estiment en conclusion que les cultures de betteraves et de colza GM (génétiquement modifiées) sont plus agressives pour leur environnement que les cultures traditionnelles. Pourquoi ? Globalement, les herbicides utilisés dans le cadre des cultures OGM sont plus efficaces : ils laissent moins de graines et de mauvaises herbes et donc diminuent plus drastiquement la faune qui s'en nourrit. Ainsi, il y avait 42 % d'abeilles et 59 % de papillons en moins dans les champs de colza d'hiver transgénique que dans les champs de colza traditionnel. En revanche, pour le maïs, c'est l'inverse : les chercheurs ont comptabilisé plus de graines et d'insectes dans le champ de maïs transgénique que dans celui de maïs conventionnel. Cependant, l'herbicide majoritairement utilisé dans les cultures traditionnelles était l'atrazine, un produit interdit depuis en Europe en raison de sa très forte toxicité. Et c'est donc tout autant l'herbicide utilisé que la nature "OGM" de la plante qui ont été jugés responsables de ces différences. Les autorités anglaises, après cette étude, ont estimé que les agriculteurs pouvaient cultiver du maïs OGM, mais non du colza ou de la betterave OGM.
Cette étude ne prenait pas en compte les questions de dissémination et de contamination des autres cultures engendrées par la présence des OGM. C'est justement ce que fait l’équipe de Jane Lecomte au laboratoire d'Orsay… sans cultiver d'OGM ! "Le colza a été choisi comme modèle car cette espèce a des aptitudes très variées à disperser ses gènes", explique la chercheuse. La dissémination peut se faire à courte et longue distance, par le pollen via le vent et les insectes, par les graines via les véhicules (engins agricoles notamment). Cette espèce est en outre capable de former des populations en bordures des voies de transport (populations férales) qui peuvent rester plusieurs années. Les graines de colza persisteront dans le sol des champs et des bordures. Résultat : les flux de gènes issus des champs et des populations férales risquent de se produire à la fois dans l'espace et dans le temps, via les graines et les pollens.

"Dans le cadre d'un premier projet, nous avons réparti des plantes de colza mâle stériles (capteurs de pollen)* pendant une semaine sur treize sites, au moment du pic de floraison du colza. Les sites ont été choisis en fonction de la distance au champ de colza le plus proche (50 ou 300 m), de la présence d'une population de colza hors-champ dans un périmètre de 50 m, et enfin, du type de paysage (bocage ou champ ouvert). Nous avons ensuite analysé le génotype d'un échantillon des graines de ces plantes, et nous l’avons comparé avec les génotypes des variétés plantées par les agriculteurs de la région. Ce qui permettait de constater dans quelle mesure telle variété avait pollinisé les capteurs dans ce paysage."

La seconde étape de ces travaux vise à mettre au point des modèles de simulation de dissémination de gènes, notamment dans le cadre du projet de recherche européen SIGMEA qui vise à évaluer la faisabilité d’une coexistence de cultures OGM et non OGM. D’autres modèles et observations de terrain menés dans le cadre du projet GMBioImpact financé par l’ANR (Agence nationale de la recherche) et piloté par Jane Lecomte, devraient permettre de donner des recommandations de gestion de la biodiversité aux agriculteurs et aux agents de l'État : respect de telle distance pour éviter une contamination d'un champ à l'autre, nécessité de nettoyer ou non les bordures de champ pour limiter une dispersion des pollens, etc. "Nous avons malheureusement parfois le sentiment que les décisions sont prises avant que les données scientifiques soient réalisées ou publiées… ", conclut Jane Lecomte.

L'équipe d'Yves Brunet travaille également sur des modèles de simulation, mais cette fois pour le maïs. Ci-dessous, un exemple de ce qu'il est actuellement possible de faire, sachant que le temps de calcul pour une telle simulation est de quatre jours et a nécessité le recours à dix-huit microprocesseurs. Nous sommes donc loin d'outils utilisables par les agriculteurs ou les semenciers… Mais à terme, c'est bien cet objectif qui est visé.


* Nb : ces plants sont des mâles stériles (ne produisant donc pas de pollen), mais le pollen extérieur peut féconder leurs ovules.

04.Breveter les ressources alimentaires ?

"Le problème le plus important posé par les OGM n'est pas scientifique, il est économique, estime Pierre-Henri Gouyon, un des premiers chercheurs à avoir mené en France des études sur la question de la dissémination des OGM, actuellement professeur au Muséum national d'Histoire naturelle. Nous sommes en train d'entériner un système dans lequel les agriculteurs ne sont plus maîtres de leurs semences, et deviennent totalement dépendants de quelques grandes multinationales."

Depuis 10 000 ans, les plantes cultivées ont été sélectionnées par l'ensemble des paysans. L'agriculteur prenait chaque année les plus beaux épis de sa parcelle, il en récupérait les meilleurs grains, et c'était dans sa récolte qu'il trouvait les semences (appelées "semences de ferme") qu'il utilisait pour l'année suivante. Il en est toujours ainsi pour une majorité de paysans du monde. Dans les pays occidentaux, progressivement au cours du XXe siècle, la production de semences est devenue une spécialité de quelques agriculteurs qui étaient à la fois semenciers et obtenteurs. Après la guerre, ont été mis au point des variétés dites "hybrides", qui ne pouvaient pas être ressemées. Les hybrides se sont vite imposés dans certaines cultures du fait d'un rendement élevé. Ainsi aujourd'hui, en Europe et aux États-Unis, on ne cultive quasiment plus que des maïs hybrides. Pour ressemer ces hybrides d'une année sur l'autre, il est indispensable de disposer des plantes "parentes". "C'est un inconvénient pour l'agriculteur, mais un avantage pour le semencier qui a ainsi rendu captif l'agriculteur, estime Pierre-Henri Gouyon. Certains pensent que ce dernier aspect a été l'élément principal du développement des hybrides."
Une rizièreUne rizière
© Yves Bossenec/INRA

Autre évolution importante : jusque dans les années quatre-vingt-dix, le propriétaire d'une variété végétale avait un monopole sur la diffusion commerciale de sa variété, mais les agriculteurs étaient libres de multiplier ensuite cette semence d'une année sur l'autre, et les autres sélectionneurs pouvaient utiliser gratuitement les variétés protégées pour développer leur propre matériel. Ce système généralisé en Europe, et basé sur le certificat d'obtention végétale (le COV), est mis à mal dès 1991: les semences conservées à la ferme sont autorisées seulement à titre exceptionnel, des restrictions sont données pour les sélections ultérieures. En fait, le système de protection des variétés végétales tend à se rapprocher de plus en plus du système de brevets en vigueur aux États-Unis : une plante génétiquement modifiée est la propriété exclusive du semencier, elle ne peut être semée à nouveau l'année suivante par l'agriculteur. Le titulaire du brevet touche une redevance pour toutes les variétés comportant le gène breveté, même s'il ne les a pas créées.

Le problème, souligne Pierre-Henri Gouyon, c'est que ce système prive définitivement l'agriculteur de l'accès aux ressources semencières. D'autre part, il peut être poursuivi en justice si l'on trouve dans son champ des variétés OGM qui ont poussé accidentellement et sur lesquelles il n'a pas payé de redevance. Enfin, selon cet expert, le système généralisé des brevets risque de nuire au maintien de la diversité des espèces variétales, particulièrement dans le tiers-monde, les agriculteurs ne pouvant plus entretenir leurs variétés locales. "Et si demain telle culture est totalement décimée par un nouveau parasite devenu résistant à telle plante OGM nous serons bien en peine de réagir, souligne-t-il. Le pire, c'est qu'alors on accusera le parasite, et non l'OGM, en oubliant que si l'on avait pris soin de conserver une diversité de variétés, cela ne serait pas arrivé…"

Alain Weil, directeur de l'innovation au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), considère lui que ce problème de concentration et de dépossession des agriculteurs est lié à la mondialisation en général et non aux OGM en particulier. "Par ailleurs, il serait coupable de ne pas développer des applications qui pourraient s’avérer extrêmement utiles aux plus démunis au motif qu’elles risqueraient d’être mal utilisées. Plutôt que d’empêcher la mise au point d’innovations susceptibles, dans certaines conditions, de représenter un progrès social incontestable, c’est sur les modalités de leur mise à disposition qu’il faut se battre. Je pense que le jour où l'on mettra au point des transgènes d’un intérêt incontestable, par exemple pour augmenter la résistance d'une plante à la sécheresse, il devrait se passer la même chose que ce qui s'est produit avec les médicaments contre le sida : les pays en développement pourront en bénéficier à moindre coût. Or une plante hybride est mieux protégée qu'une plante OGM ! Sur la première, la protection est à la fois juridique et biologique, puisqu'en sélection classique on ne peut pas réutiliser des hybrides (si on ne dispose pas des plantes parentes, on ne peut pas répéter le croisement). En revanche, sur les OGM, la protection n'est que juridique". Un agriculteur peut donc, d'une année sur l'autre, réutiliser les semences OGM, même s'il n'en n'a légalement pas le droit. Toutefois, pour Pierre-Henri Gouyon, "Ceci n'est vrai que si c'est le transgène qu'on fournit au paysan pour qu'il l'introduise dans ses variétés locales, et non une variété toute faite, la même pour tout le monde, brevetée de surcroît, qu'on impose à toute une région agricole".

Le premier syndicat agricole de France, la Fédération nationale des syndications d'exploitants agricoles (Fnsea) entend pour l'instant résister au système des brevets : "Les prix des céréales ayant beaucoup baissé ces dernières années, de plus en plus d'agriculteurs recommencent à utiliser des semences de ferme notamment pour le blé, explique Didier Marteau, vice-président de la Fnsea. Il doit être possible de trouver un système qui permette à la fois de soutenir la recherche des obtenteurs et de sauvegarder une certaine liberté aux agriculteurs. C'est ce que nous sommes en train de mettre en place pour le blé."

05.La France dans le flou réglementaire

Une directive européenne a donné, en 2001*, un cadre aux conditions de culture des OGM et d'étiquetage des produits qui en contiennent. Mais en France, l'examen de la loi qui devait organiser ces cultures a été interrompu peu avant l’élection présidentielle de 2007. Des décrets d'application de la directive européenne ont donc été pris à la hâte en mars 2007, mais ils sont loin de régler tous les problèmes.

Premièrement, celui de l'information du public. En France, un registre national qui recensera le nombre et la surface des parcelles semées en OGM, ainsi que leur localisation a été créé. Il précisera le nombre et la surface des parcelles OGM présents dans chaque canton, mais le public ne disposera pas de l'information au niveau des parcelles. "Tandis qu'en Allemagne, ces registres sont tout à fait publics, et qu'en Autriche les agriculteurs ont l'obligation d'informer leurs voisins trois mois à l'avance de leur intention de cultiver des OGM", souligne Arnaud Apoteker, responsable de la campagne OGM de Greenpeace France. Cela dit sur ce point la situation française est particulière, du fait notamment des destructions quasi systématiques des parcelles d'essais OGM par les contestataires.
Population de colza hors champsPopulation de colza hors champs. Une certaine distance entre champ OGM et champ non OGM est à respecter, afin que le premier ne contamine pas le second.
© Aurélie Garnier

Deuxièmement, la question des distances à respecter entre champs OGM et non OGM n'est pas réglée. En Espagne, la règle est de maintenir une distance de 25 m, en Allemagne, les pouvoirs publics imposent 150 m, en France, les recommandations sont de 50 m. Mais sur quels critères scientifiques ? En outre, en Allemagne par exemple, le semencier doit fournir un "plan de surveillance" de la dispersion de ses graines. Selon Greenpeace, le Danemark est encore plus strict : "Les agriculteurs doivent passer une sorte de permis de culture OGM, pour apprendre à ne pas contaminer le champ voisin et ils versent une assurance à un fond de responsabilité qui devra indemniser l'agriculteur dont le champ a été contaminé en cas de pépin", explique Arnaud Apoteker.

Rien de tout cela en France et c'est bien le troisième problème, celui de la responsabilité, soulevé également par la Fnsea : "Qui serait responsable en cas de contamination ? Qui rembourserait l'agriculteur qui s'engage à fournir du maïs biologique et se retrouve avec du maïs contaminé par des OGM ?" s'interroge Didier Marteau. En 2006, Greenpeace, dans un rapport réalisé conjointement avec l'ONG britannique Genewatch, avait recensé 24 cas de contamination de l'agriculture conventionnelle par des OGM, le cumul des disséminations depuis dix ans représentant 142 cas. "Nous nous sommes bagarrés pour qu'il y ait en Europe un étiquetage des produits contenant des OGM, explique Didier Marteau. Nous allons tout faire désormais pour que les agriculteurs OGM puissent cohabiter avec les "non OGM". Nous voulons que ce libre choix existe. Mais il faudra pour cela des décrets culture par culture."

D'autres régions, l'Amérique du Nord notamment, ont fait un autre choix : même si des "zones refuges" sont prévues autour des champs OGM pour préserver une certaine biodiversité, là-bas on ne distingue plus les cultures OGM des cultures non OGM, et les produits contenant des OGM ne sont pas étiquetés spécifiquement. "Les questions de dissémination et de résistance se posent pourtant chez eux de la même façon, souligne Jane Lecomte. Nous allons même parfois tester nos modèles de simulation en comparant nos résultats avec ce qu'on observe dans la réalité des champs canadiens !"

Cette différence d'approche des cultures OGM s'explique-t-elle par le fait que ces pays misent avec pragmatisme sur des techniques qu'ils jugent avant tout porteuses de progrès, et qu'ils font, plus que nous, confiance à la science pour résoudre les problèmes qui pourraient se poser ?


* Directive européenne sur les OGM
http://europa.eu/scadplus/leg/fr/lvb/l28130.htm

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