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Infections nosocomiales : quand les bactéries résistent

Contractées dans les établissements de soins, elles touchent jusqu'à 750 000 personnes par an en France. Un nouveau programme de recherche et de prévention est actuellement en cours pour tenter d'enrayer le phénomène.

Chambre d'hôpitalEn France, le surcoût généré par ce problème de santé publique touchant les patients en milieu hospitalier, est estimé à plus de deux milliards d’euros annuels.
© Gabrielle Voinot / CH Antibes / LookatSciences

A tout moment, plus de 1,4 million de personnes à travers le monde souffrent d’infections liées aux soins, contractées dans des établissements de santé : les fameuses "infections nosocomiales". Un chiffre qui retentit comme un signal d’alarme ! Dans l’Hexagone, sur 15 millions d’hospitalisations annuelles, 750 000 sont compliquées par une pathologie de cette nature, entraînant 4 200 décès. Aujourd’hui, l’Organisation Mondiale de la Santé n’hésite donc pas à parler de "défi mondial pour la sécurité des patients". Mais au-delà de l’aspect sanitaire, le problème est également économique. Rien qu’en France, le surcoût généré par ce problème de santé publique est évalué à plus de deux milliards d’euros annuels.

A quoi sont dues ces maladies que l’on attrape dans les hôpitaux, cliniques et autres structures de soins ? "Une part significative d’entre elles sont causées par des souches bactériennes devenues résistantes à plusieurs antibiotiques en raison de leur utilisation massive et parfois inappropriée, explique le Pr Antoine Andremont, responsable du Laboratoire de Bactériologie de l’hôpital parisien Bichat - Claude Bernard. Parmi ces bactéries dites "multirésistantes", on trouve par exemple des staphylocoques dorés, des colibacilles et des entérocoques contre lesquels on ne dispose plus que d’un nombre très limité de molécules actives. Les trois types d’infections les plus courantes sont urinaires, celles situées au niveau des plaies opératoires et les pneumopathies."

Les infections nosocomiales sont ainsi devenues une priorité sanitaire dans de nombreux pays. En France, elle se traduit par un programme national de prévention. Mais force est de constater que de gros efforts sont encore nécessaires pour mieux les prévenir, les diagnostiquer et les traiter. Tel est l’enjeu du programme de recherche Nosobio lancé mi-2009 pour une durée de trois ans et demi. Il mobilise l'équipe du Pr Patrice Courvalin de l’Institut Pasteur, celle du Pr Andremont et trois sociétés de biotechnologie dont une implantée au Genopole d’Evry en Essonne*.


* OSEO, l’établissement public d’aide à l’innovation, soutient le projet Nosobio à travers une aide de plus de neuf millions d’euros, sur un budget total de 22 millions.

01.Améliorer la prévention

Stérélisation des ustensiles médicauxLa prévention est le meilleur des remèdes concernant les maladies nosocomiales. Ici, une machine stérilise des ustensiles médicaux en usage dans le milieu hospitalier.
© Gabrielle Voinot / CH Antibes / LookatSciences
Pour les infections nosocomiales, l’adage "mieux vaut prévenir que guérir" prend tout son sens. En effet, traiter le problème à la source constitue un enjeu crucial car certaines souches bactériennes résistent à la plupart des antibiotiques disponibles… et certaines à tous ! Heureusement, ces dernières sont encore très rares. Il est donc bienvenu de limiter l’usage de ces médicaments à l’intérieur et à l’extérieur des structures de soins. Le recours raisonné à ces antibiotiques devient en fait indispensable.
Une autre mesure consiste en une mobilisation de tous, via des mesures d’hygiène, pour limiter les transmissions entre les patients hospitalisés. Au premier rang des “mobilisés” : les personnels des établissements de santé bien sûr. Lavage répété et approprié des mains, désinfection du matériel avant l’examen de chaque malade, réduction des gestes invasifs, port de gants, de surblouses, de masques… de très nombreux gestes peuvent être mis en œuvre, et modulés en fonction du niveau de risque.
Les patients sont également au cœur du dispositif. Hygiène corporelle rigoureuse, non manipulation personnelle des drains et autres cathéters, dépilation de la zone opératoire et douche antiseptique avant une intervention chirurgicale… sont autant de gestes protecteurs. Enfin, les visiteurs sont mis à contribution. A eux également de suivre une série d‘obligations : lavage des mains avant et après chaque visite, pas de visite en cas de maladie transmissible par voie aérienne ou cutanée, pas de plantes en pot offertes…

Les bactéries résistantes

Se laver les mains : un acte préventifUne opération aussi simple que le lavage de mains peut faire la différence.
© Gabrielle Voinot / CH Antibes / LookatSciences
L’idée du projet Nosobio est, entre autres, de s’attaquer directement à l’une des racines du problème : les bactéries résistantes. "Une des pistes est de développer un produit thérapeutique très novateur, qui, administré oralement en association avec les antibiotiques, limitera leur accumulation dans le colon des patients, déclare le Pr Antoine Andremont. Cette partie du tube digestif représente en effet un réservoir important de bactéries résistantes et potentiellement pathogènes. Ce produit devrait donc limiter leur développement au cours des traitements." Cette tâche est plus particulièrement confiée à la société parisienne Da Volterra, chef de file du consortium. La PME développe deux produits de ce type : des enzymes capables de détruire des résidus issus de la dégradation des antibiotiques, et des composés chimiques qui les inactivent en s’y accolant - les scientifiques parlent de composés “adsorbant”. C’est un produit de cette dernière catégorie qui sera mis au point dans le cadre de Nosobio. Il vise les résidus issus d’une des catégories d’antibiotiques parmi les plus prescrits : les fluoroquinolones. Les premiers essais cliniques devraient être lancés d’ici 2013. La commercialisation est prévue, si tout se passe bien, pour 2015 au plus tôt.

02.Dépister plus vite

Staphylocoque résistant au microscopeSur cette image prise au microscope électronique, un staphylocoque résistant à la méticilline, un antibiotique de la famille des pénicillines.
© Janice Carr / CDC
La prévention ne fait pas tout. Il faut aussi détecter les porteurs de bactéries résistantes aux antibiotiques. L’idée étant de les isoler au plus vite et d’identifier les souches impliquées. Objectif : limiter la dissémination. C’est à ce stade qu’entre en jeu la phase cruciale du dépistage.

Aujourd’hui, dès leur arrivée à l’hôpital, les patients à risque subissent généralement un prélèvement afin de déterminer s’ils sont porteurs de ces bactéries résistantes. Il peut s’agir d’individus souffrant d’une pathologie aiguë et grave, de personnes immunodéprimées, de personnes âgées, de nouveaux-nés ou prématurés… Mais les techniques actuelles ne permettent pas d’obtenir les résultats des analyses avant 24 à 48 heures ! Durant ce laps de temps, les équipes médicales essayent, dans la mesure du possible, de séparer ces patients des autres malades. Mais cet isolement génère des problèmes d’organisation et des surcoûts considérables. Et quand il n’est pas techniquement réalisable, les risques de transmission augmentent.

Test diagnostic rapide

Une situation à laquelle compte également remédier Nosobio. "Le projet devrait aboutir à la commercialisation d’un test diagnostic moléculaire fin 2012, annonce le Pr Antoine Andremont. A partir d’un prélèvement de selles, il devrait permettre de détecter en moins de deux à trois heures les patients à risque dont le système digestif est colonisé par des bactéries résistantes aux antibiotiques." Il permettra d’optimiser la stratégie d’isolement, limitera les disséminations et fournira les types de résistance.

Le développement de ce test rapide,capable de détecter toutes les résistances à la fois, est plus particulièrement confié à Genewave, entreprise implantée au Genopole d’Evry et spécialisée dans le diagnostic moléculaire, les biopuces et les instruments de mesure associés. Dans cette tâche, la société s’appuie sur l’expertise de l’Unité des Agents Antibactériens de l’Institut Pasteur, et du Laboratoire de bactériologie de l’Hôpital Bichat, dirigé par Antoine Andremont, membres du Centre National de Référence de la Résistance aux Antibiotiques. Fortes de leur vaste collection de souches porteuses de résistances,  ces deux équipes aident Genewave à déterminer les mutations génétiques que devra traquer le test diagnostic, via des puces à ADN. Elles l’assisteront dans la validation clinique qui se fera sur des échantillons issus des patients.

03.Mieux traiter les patients

Bactéries mises en cultureL’ambition du projet Nosobio : contourner la résistance de certaines bactéries aux antibiotiques.
© Massimo Brega / LookatSciences

Afin de mieux soigner les infections nosocomiales, la mise au point de nouvelles molécules thérapeutiques est également indispensable. D’autant qu’aucune nouvelle classe d’antibiotiques n’a été découverte depuis près de trente ans, et que des gènes de résistance se développent contre toutes les familles de molécules pharmaceutiques disponibles. Tant et si bien que les médecins se trouvent dans certains cas aussi démunis qu’à l’ère pré-antibiotique !

Ce champ de recherche fait également partie des priorités de Nosobio. "L’ambition du projet est de mettre au point de nouvelles molécules thérapeutiques pour contourner les résistances bactériennes, précise le Pr Antoine Andremont. Ces travaux pourraient aboutir à la vente de licences de produits en phase de développement clinique, mais aussi à la signature d’accords de collaboration avec de grands groupes pharmaceutiques."

Molécules antibactériennes

C’est sur ce dernier volet qu’intervient Palumed, jeune entreprise pharmaceutique implantée en Haute-Garonne. Cette dernière crée notamment des molécules hybrides. Elles associent une structure chimique nommée aminoquinoléine à une structure antibiotique classique. La société concentre principalement ses efforts sur deux molécules antibactériennes de ce type : la cephaloquine et la vancomyquine. La première vise surtout les pneumocoques dont la sensibilité à la pénicilline est réduite. La seconde est plutôt orientée contre les staphylocoques dorés résistants à la méthicilline. Testée sur certaines souches, cette dernière association moléculaire s’est révélée capable de bloquer la synthèse de leurs coques protectrices et de fragiliser leurs membranes. Cette très grande activité, à très faible concentration, pourrait limiter les effets secondaires. Des études sur l’homme devraient débuter d’ici 2013.

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