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L'acupuncture, à la pointe des médecines complémentaires

Loin du halo mystérieux qui entoure parfois l'acupuncture, un service du CHU de Nîmes, unique en France, cherche à comprendre et démontrer l'efficacité de cette branche de la médecine traditionnelle chinoise. Suivant un protocole expérimental rigoureux.

Schéma des points d'acupunctureDessin de l’intérieur du bras avec le tracé des méridiens et des points sur lesquels les aiguilles sont appliquées.
© DR

Il existe en France une opposition évidente entre médecine officielle et médecines alternatives. L’acupuncture, par exemple, fondée sur une vision taoïste de l’homme et de l’univers, est née il y a quelques 3000 ans en Chine. Elle agit sur l’énergie vitale, le Qi, qui circule dans le corps via des méridiens (une douzaine de méridiens traversent notre corps avec une multitude d’affluents). Les aiguilles insérées dans le corps stimulent des points précis afin de corriger la mauvaise circulation du Qi à l’origine de la pathologie.

Cette conception bien particulière semble a priori incompatible avec le mode de pensée cartésien qui fonde le système médical occidental. Pas aux yeux des médecins du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes qui cherchent à comprendre comment cette branche de la médecine traditionnelle chinoise fonctionne. Si la plupart des centres hospitaliers proposent des consultations, le CHU nîmois est le seul en France à avoir créé un service entier dédié à l’acupuncture et à l’exploration du système nerveux. Ouvert à tous, il accueille 5500 patients par an et mène parallèlement une activité de recherche. Son chef de service, Dominique Prat-Pradal, a participé à la fin des années 1970 aux recherches fondamentales menées par le créateur du service, Jean Bossy, pour tenter de comprendre les mécanismes déclenchés par ces fines aiguilles.

Anatomiste, et neurophysiologiste (spécialiste du système nerveux), Dominique Prat-Pradal n’a qu’un credo et il n’a rien à voir avec la philosophie taoïste : l’acupuncture doit être testée avec la même rigueur qu’un médicament. En France, elle est remboursée par la sécurité sociale depuis 1949 et enseignée dans les facultés de médecine depuis 1987. "Il faut se demander ce que l’acupuncture apporte au patient, dit Dominique Prat-Pradal. Si un médicament n’est pas suffisamment efficace, on ne le rembourse plus. Ce n’est pas parce qu’on fait de l’acupuncture, qu’on ne doit plus avoir cette démarche de médecin." Aujourd’hui, le CHU de Nîmes mène deux à trois études cliniques par an pour tester l’efficacité de l’acupuncture sur certaines pathologies. Avec des résultats souvent positifs, notamment dans le soin aux femmes enceintes ou qui viennent d’accoucher.

01.Une médecine complémentaire

Double pouls pris sur deux points du corpsUne des techniques de la médecine traditionnelle chinoise utilisée lors des séances d’acupuncture, le double pouls pris sur deux points du corps.
© Louise Fessard / LookatSciences
  Plusieurs hôpitaux ont mis en place des consultations d’acupuncture. Mais le CHU de Nîmes est le seul en France à avoir ouvert un service entier qui lui soit dédié. Outre les consultations, des recherches y sont menées sur la manière dont agissent les petites aiguilles. Une activité de recherche aujourd’hui mise entre parenthèses au profit de l’accueil des patients. Problèmes digestifs, petits symptômes dépressifs, stress, allergies, problèmes dermatologiques,... les raisons de consultation sont très diverses. L’acupuncture est surtout très appréciée dans le service de gynécologie-obstétrique du CHU pour soigner les douleurs et pathologies liées à la grossesse. Dans ce domaine, Dominique Prat-Pradal n’a pas hésité, à la fin des années 1970, à payer de sa personne, passant des nuits dans les salles de naissance pour diminuer par l’acupuncture les douleurs de l’accouchement, des premières contractions à l’expulsion du foetus. "À l’époque, il n’y avait pas de péridurale (technique d'anesthésie locale du bassin - NdlR)", se souvient Dominique Prat-Pradal. Dans les années 1980, les péridurales arrivent en force dans les salles d’accouchement. Mais l’acupuncture a gardé toute sa pertinence puisque contrairement à certains médicaments, elle n’est pas nocive pour l’enfant pendant la grossesse puis l’allaitement. Elle est également utilisée pour certains malades qui prennent déjà beaucoup de médicaments ou encore ceux qui ne supportent plus les effets secondaires des traitements classiques contre la douleur.

“Il faut connaître ses limites”

Pour Dominique Prat-Pradal, l’acupuncture est complémentaire de la médecine classique. La loi française est d’ailleurs très claire : seuls les personnels de profession médicale (médecins et sages-femmes) et qui ont reçu une formation universitaire peuvent la pratiquer. "Il faut connaître ses limites, remarque Dominique Prat-Pradal. Si une femme en train d’accoucher est prise en charge en acupuncture mais que son bébé est en souffrance et qu’il ne sort pas, il faut que le médecin admette que ce n’est pas la solution et il doit lui proposer une césarienne."
Si l’examen et la prise en charge des patients répondent exactement à la méthode décrite par la médecine traditionnelle chinoise, en revanche Dominique Prat-Pradal s’appuie sur la neurophysiologie moderne (la connaissance du système nerveux) pour comprendre les processus régulateurs enclenchés par l’acupuncture. Ce n’est donc pas un hasard si le service mène de front acupuncture et exploration fonctionnelle du système nerveux. Cette fois, il ne s’agit plus d’aiguilles mais de machines mesurant l’activité du système nerveux central et du système nerveux périphérique. Cette double compétence a permis aux praticiens nîmois de mener des études pionnières dès les années 1970 puis 1980.

02.Des mécanismes liés au système nerveux

Application d'aiguilles d'acupunctureLes aiguilles sont appliquées sur des points clefs des méridiens. On les laisse agir durant quelques minutes seulement.
© Louise Fessard / LookatSciences
  C’est le professeur Jean Bossy, un anatomiste préoccupé par la question de la douleur alors très mal prise en charge, qui, après plusieurs voyages en Asie, a créé le service d’acupuncture en 1978.
Une grande époque pour la recherche fondamentale, se souvient Dominique Prat-Pradal. En disséquant des cadavres, l’équipe dont elle faisait partie a démontré que de nombreux points d’acupuncture étaient en relation avec des fibres nerveuses ou des éléments vasculaires, artères et veines, eux-mêmes richement innervés. Par exemple, le point "6 cœur" (C6) est connu dans la littérature chinoise pour traiter les palpitations, les angoisses et troubles du sommeil. Ce qui paraît assez contre-intuitif puisque ce point est localisé sur la face intérieure du poignet, loin du cœur. Mais la neurophysiologie a montré que ce point était en fait situé sur le même territoire d’innervation que l’organe cœur. "Dans les douleurs de l’infarctus du myocarde, le patient a souvent mal sous le bras car c’est la même zone d’innervation, remarque Dominique Prat-Pradal. Quand on connaît l’innervation, on comprend donc mieux l’action de l’acupuncture !" L’observation au microscope de tissus prélevés sur les cadavres (histologie) a également permis de démontrer que les fibres nerveuses de petit calibre, liées au toucher, étaient plus nombreuses au niveau des points d’acupuncture qu’ailleurs.

“Phénomène de balance”

"Les mécanismes de la douleur paraissent assez proches de ceux de l’acupuncture puisqu’il s’agit d’une manifestation nerveuse, remarque Dominique Prat-Pradal. Maintenant cela semble limpide, mais il y a vingt ans, ce n’était pas si évident que ça, c’était le début, on découvrait le fonctionnement des neurotransmetteurs, des neuromodulations..." En stimulant les points d’acupuncture, on envoie une information aux récepteurs de la peau qui la transmettent à la moelle épinière. De la moelle épinière, l’information remonte au cerveau et modifie les sécrétions des neurones du cerveau. L’acupuncture va donc agir sur le symptôme, la douleur, en modifiant les sécrétions de substances neuromodulantes comme les endorphines (neurotransmetteurs sécrétés par le cerveau pour atténuer la douleur). Mais pas seulement. "Tous nos organes sont soumis au système nerveux et à ses sécrétions, explique Dominique Prat-Pradal. En faisant sécréter par l’organisme des substances qu’il va transmettre à l’organe responsable de la pathologie, l’acupuncture permet de traiter aussi le fond du problème. Si on n’a pas assez ou trop d’une sécrétion, cette technique va permettre de l’augmenter ou de la diminuer. Tout est un phénomène de balance dans l’organisme." Cette thérapie a bien sûr ses limites : en cas de hernie discale, lorsqu’une vertèbre comprime un nerf, l’acupuncture peut traiter la douleur mais pas la hernie elle-même !

03.Une efficacité prouvée pendant et après la grossesse

Mannequin indiquant les points acupunctureMalgré des études poussées, certains aspects de l’acupuncture et ses effets restent encore inexpliqués.
© Louise Fessard / LookatSciences

  Aujourd’hui, faute de crédits, le service a abandonné la recherche fondamentale, qui nécessite l’emploi d’équipements d’imagerie médicale trop coûteux, et mène uniquement des études cliniques sur des patients. Ces études visent, non plus à comprendre les mécanismes profonds de l’acupuncture, mais à prouver son efficacité sur certaines pathologies et notamment celles liées à la grossesse
L’obstacle majeur aux études cliniques reste cependant le placebo. Dans la démarche expérimentale classique, un groupe test reçoit la molécule dont on souhaite tester l’efficacité, et un groupe témoin reçoit une gélule qui ne contient pas la molécule (le placebo). Mais difficile de simuler avec des aiguilles ! Aussi Dominique Prat-Pradal préfère comparer un groupe avec acupuncture et un groupe sans, ou un groupe avec traitement classique et acupuncture et un groupe avec seulement le traitement classique.

Le CHU mène depuis juillet 2009 une étude clinique sur l’amélioration par acupuncture des lombalgies des femmes enceintes (plus d’une femme sur deux a mal au dos pendant la grossesse). Un groupe témoin d’une cinquantaine de femmes reçoit un traitement classique (antalgiques qui visent à réduire la douleur), un autre groupe, dit "test", est traité uniquement par acupuncture. Puis les praticiens compareront le niveau de douleur et l’amélioration globale des deux groupes.

“On ne sait toujours pas”

Une précédente étude sur les risques d’accouchement prématuré a, elle, comparé un groupe de femmes avec traitement classique à un autre recevant le même traitement plus un point "9 rein", connu pour limiter les menaces d’accouchement prématuré. L’étude a démontré que l’acupuncture permet de réduire la part du traitement classique. Par ailleurs, les femmes accouchent plus près du terme.
L’efficacité de cette thérapie dans ce cas est donc prouvée... mais pas forcément expliquée. "On constate que l’acupuncture, comme le traitement médicamenteux classique, diminue les contractions utérines à l’origine des accouchements prématurés et liées à une mauvaise imprégnation hormonale, dit Dominique Prat-Pradal. Mais vous expliquer pourquoi, j’en suis incapable, même si je me doute que c’est lié aux neurohormones !" Et ce n’est pas si grave selon elle, puisqu’on ne connaît pas non plus tous les mécanismes d’action des médicaments que la médecine occidentale utilise. "On ne sait toujours pas exactement comment l’aspirine marche par exemple, remarque-t-elle. Mais on a fait des expérimentations sur l’animal puis chez l’homme pour en vérifier l’efficacité. C’est la même démarche pour l’acupuncture." La médecine traditionnelle chinoise est donc encore loin d’avoir révélé tous ses ressorts...

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