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Le plasma humain, source de biomédicaments

LFB est l'acronyme du Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies. Un titre qui cache une activité particulière : la production de médicaments dérivés du plasma.

Poches de sangPoches de sang. Le plasma qui en sera extrait est plutôt de couleur jaune, sans les globules rouges et leur hémoglobine.
© Dung Vo Trung / LookatSciences

Chaque semaine, plus de 10 000 litres de plasma arrivent à l'usine du Laboratoire Français du Fractionnement et des Biotechnologies (LFB) des Ulis, dans l'Essonne. Ce plasma est essentiellement issu des dons collectés par l'Établissement Français du Sang (EFS). Le LFB, laboratoire pharmaceutique 100% public, en est l'unique bénéficiaire. ''Nous sommes très attentifs à la traçabilité des poches de plasma que nous recevons'', explique Jean-François Prost, directeur des opérations médicales et scientifiques du LFB.

Ce n'est en effet qu'après des contrôles stricts pour détecter d'éventuels marqueurs viraux, et une quarantaine de 90 jours suivis de nouveaux contrôles, que le plasma commence à être fractionné.
Fractionner ? C'est-à-dire diviser, morceler afin de ne conserver que les protéines. En 2010, 19 protéines ayant un intérêt thérapeutique ont été isolées au LFB. Administrées chaque année à un demi million de patients dans les hôpitaux français, elles permettent de prendre en charge des situations d'urgence (grands brûlés, hémorragies graves). Ou encore des pathologies liées à un déficit immunitaire, à des troubles de la coagulation et à certaines maladies auto-immunes.

La création du LFB fait suite à l'affaire du sang contaminé. Entre 1984 et 1985, des produits dérivés du sang, contaminés par le virus du sida, ont été administrés à des hémophiles alors que le mode de transmission du virus, sa forte prévalence chez les homosexuels et les drogués, et l'action destructive de la chaleur sur celui-ci étaient connus des centres de transfusion sanguine. Des raisons d'économies financières ont alors été évoquées. La création de l'EFS et du LFB en 1994 a été un moyen de séparer les activités de collecte du sang et de commercialisation des produits dérivés du plasma. Depuis, ces derniers sont également considérés comme des médicaments à part entière et soumis à une autorisation de mise sur le marché et à des contrôles stricts.

01.Médicaments dérivés du sang

Les biomédicaments du LFBContrairement aux autres laboratoires pharmaceutiques du secteur privé, les produits du LFB sont des biomédicaments, composés entièrement sans molécules chimiques.
© Dung Vo Trung / LookatSciences
Décongélation du plasma, précipitation, ultrafiltration, etc. Après une dizaine de traitements, l'albumine est enfin isolée des 300 autres protéines que contient le plasma. A l'hôpital, elle est injectée avec du sérum physiologique glucosé. Elle va notamment permettre la reconstitution du volume sanguin des grands brûlés. ''L’albumine a aussi un effet anti-oxydant qui favorise la cicatrisation'', ajoute Jean-François Prost.

Mais le médicament star de LFB, c'est Tegeline. En 2009, le LFB a produit plus de 3 tonnes de ce médicament, classé 6e au top des ventes dans les hôpitaux français en termes de valeur. ''Tegeline est une immunoglobuline (ndlr : un anticorps) polyvalente capable de reconnaître et de lutter contre une grande variété d’agents infectieux : bactéries, virus'' , explique Jean-François Prost. Et d'ajouter : ''Les immunoglobulines sont de petites merveilles de la nature, capables d'attraper un antigène présent à la surface de l’agent infectieux, avec leurs ''bras'' et d'activer les cellules tueuses du sang grâce à leurs ''jambes''''. Elles permettent de pallier certains déficits immunitaires liés, par exemple, à une maladie génétique ou à des traitements par chimiothérapie.

Maladies auto-immunes

Plus surprenant, ces anticorps polyvalents permettent aussi de soigner certaines maladies auto-immunes. ''Cela peut paraître paradoxal : alors que le système immunitaire est trop puissant et détruit ses propres cellules, on lui en rajoute, relève le directeur des opérations médicales et scientifiques du LFB. C’est que différents mécanismes entrent en jeu. Le premier est lié à une submersion du système immunitaire : les lymphocytes sont environnés de tellement d'anticorps qu'ils arrêtent d'en produire. L'autre mécanisme résulte du fait que les anticorps injectés sont capables de neutraliser les anticorps pathologiques''. Recueil du sangPremière étape préalable au travail du laboratoire : le recueil du sang par l’Etablissement Français du Sang (EFS).
© Dung Vo Trung / LookatSciences
Porté par une meilleure prise en charge des patients et des diagnostics améliorés, le marché mondial des anticorps est aujourd'hui en plein boom. Le Marketing Research Bureau, un bureau d'étude spécialisé dans les produits dérivés du sang, estime sa croissance à 10% par an.

Autre domaine d'expertise du LFB : les facteurs de coagulation. Permettant de prévenir et d’arrêter les saignements internes et externes, ils sont à la base du traitement des hémophiles. Au niveau mondial, ces facteurs sont en grande majorité issus des biotechnologies. On parle de produits recombinants. Mais une proportion non négligeable est encore issue du fractionnement du sang humain car, comme l'explique Jean-François Prost : ''Certains patients connaissent des problèmes avec ces produits recombinants : leur système immunitaire ne reconnaît pas la protéine en question comme un élément du soi et fait une réaction de rejet." Il n'en reste pas moins que les produits biotechnologiques constituent un marché vers lequel la moitié des 300 chercheurs du LFB – et la moitié du budget R&D – a les yeux tournés.

02.Demain, des biomédicaments récoltés dans le lait de chèvre ?

Les réacteurs de fractionnement isolent le plasmaUne des premières étapes lorsque le sang arrive au LFB : les réacteurs de fractionnement isolent le plasma.
© Dung Vo Trung / LookatSciences


Dans le classement de l'association France Biotech, le LFB est classé comme la première  entreprise de biotechnologie françaises. ''L'objectif des nouvelles technologies est de diminuer fortement les coûts de production des protéines et de les produire en grande quantité, explique Jean-François Prost, tout en leur conservant des propriétés similaires aux protéines naturelles. Elles pourraient permettre de répondre notamment aux besoins des patients dans les pays en voie de développement. Besoins qui ne sont pas aujourd'hui couverts''.

Ces recherches passent par exemple par la récolte dans le lait de chèvres ou de lapines des précieuses protéines thérapeutiques ! Fin 2010, le LFB débutera ses premières injections à l'homme, d'un facteur de coagulation produit par des lapines transgéniques. Ces recherches sont menées aux Etats-Unis par le laboratoire américain GTC Biotherapeutics, dont le LFB détient la majorité du capital. ''GTC Biotherapeutics est le leader de la transgénèse animale dans le monde. C'est la première et la seule entreprise à avoir obtenu une autorisation de mise sur le marché en Europe et aux États-Unis pour un médicament ainsi produit'' souligne Jean-François Prost. En cas de succès des tests cliniques, la protéine recombinante du LFB pourrait, elle, être commercialisée d’ici 5 ans.

Mais l'un des marchés les plus prometteurs reste celui des anticorps monoclaux, des anticorps spécifiques dirigés vers une cible unique. En 2010, le LFB dispose de deux anticorps monoclonaux en développement clinique. Ils sont produits par des cellules animales transgéniques. L’un d’eux, qui reconnaît un antigène présent à la surface de certains globules blancs, offre une avancée dans le traitement de certains cancers du sang, comme la leucémie lymphoïde chronique. L’autre est destiné à la prévention de l’incompatibilité Rhésus  chez les femmes enceintes (lorsque la mère et l’enfant n’ont pas le même Rhésus sanguin).

03.Un laboratoire public dans un univers privé...

Travail sur un bioréacteurUn employé du LFB travaille sur un "bioréacteur", outil essentiel à la confection des produits du LFB.
© Dung Vo Trung / LookatSciences
Le LFB est un peu un ovni dans le secteur pharmaceutique. Première particularité, il est le seul laboratoire français commercialisant des protéines plasmatiques thérapeutiques. La loi française donne par ailleurs au LFB l'exclusivité de l'utilisation du plasma collecté par l'EFS en France. En contrepartie, le LFB réserve la priorité de ses médicaments aux besoins des hôpitaux français. Mais attention, "cette exclusivité n'est pas associée un monopole, tient à préciser Christian Béchon, le PDG du LFB. Comme tous les autres laboratoires, nous répondons aux appels d'offres émis par les hôpitaux. Nos médicaments sont en concurrence avec ceux d’autres laboratoires étrangers."
Dans la réalité, le système est un peu plus compliqué. Dans l’hexagone, le LFB a l’exclusivité de l’utilisation du plasma mais il doit d’abord fournir les hôpitaux français dans la mesure où il remporte des appels d’offre puisqu’il est en concurrence. Mais alors que se passe t-il si ces appels ne sont pas remportés ? "Nous vendons à d'autres hôpitaux ou cliniques françaises. Ou sinon à l'étranger. Dans l'ensemble, nos prix sont alignés sur ceux du marché", précise Christian Béchon.

Autre particularité : ce laboratoire, ''100% biologique'' (les médicaments ne sont pas issus de molécules chimiques), n'est pas soumis à la concurrence de médicaments génériques comme le sont les laboratoires ''classiques'' avec leurs molécules chimiques, plus faciles à copier que les protéines, aux structures si complexes. Cela à une conséquence non négligeable sur les coûts de marketing du LFB. Comme il vend essentiellement ses médicaments aux hôpitaux, et non au grand public, ils sont très faibles : 7,5% de son chiffre d'affaire en 2009. Pas de lobbying, pas de campagne grand public. Par comparaison, les principaux groupes pharmaceutiques ont dépensé en 2004 deux fois plus d'argent dans la promotion de leurs produits qu'en recherche et développement, soit 24% de leur chiffre d'affaires (étude publiée en 2008 par deux chercheurs canadiens).

Les maladies rares

Le LFB est une société anonyme détenue à 100% par l'État français. Un actionnaire idéal puisqu'il ne prend pas de dividendes. Ce laboratoire peut ainsi réinvestir tous ses bénéfices dans la recherche et le développement ainsi que dans son outil industriel. En 2009, 20% de son chiffre d'affaire, soit 76 M€, ont été consacrés à la R&D. Depuis octobre 2009, sa filiale LFB Biotechnologies a cependant reçu l'autorisation de l'État d'ouvrir son capital à des entrepreneurs privés, autorisation qui n’a encore donné lieu à aucune opération effective.  

La loi française reconnaît un engagement particulier du LFB dans le domaine des maladies rares. Actuellement, plus de la moitié des 19 médicaments du LFB concernent de telles maladies : neuropathie motrice multifocale, maladie de Willebrand, etc. L'un d'eux n'est prescrit qu'à 22 patients en France. Est-ce rentable ? ''Tous nos médicaments n'ont pas la même rentabilité mais nous devons être globalement rentable pour pouvoir investir dans notre R&D et nos outils de production comme toute autre entreprise", explique son PDG. L'actionnariat 100% public, qui ne prend pas de dividende et moins soucieux sur une rentabilité à court terme, doit aider à ce choix stratégique.

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