logo Essonne

Les promesses des nouveaux vaccins

En 1888, Louis Pasteur crée l’Institut qui porte son nom grâce aux dons qu’il a recueillis. Cent-vingt ans plus tard, les vaccins, dont il a été l’un des pionniers, ont plus que jamais le vent en poupe. Destinés à lutter contre le cancer, la grippe aviaire, le sida, l’hypertension, la dépendance à la nicotine et même contre l’allergie aux poils de chat… la diversité des nouveaux vaccins étonne.

nouveaux vaccins accrocheAu sein du laboratoire de type P3, hautement sécurisé, de l'Institut Pasteur, les biologistes étudient virus, bactéries, parasites…
© Institut Pasteur

On ne passe pas. Au-delà de cette porte commence le domaine de la recherche sur les micro-organismes pathogènes. Seuls des biologistes spécialement formés peuvent pénétrer dans cette pièce sécurisée, un laboratoire de type "P3", où le personnel manipule des agents pathogènes. Protégés derrière leur masque, leurs gants et la combinaison qu’ils ont enfilés, isolés derrière de multiples sas, ils étudient virus, bactéries, parasites et champignons responsables de maladies graves, la tuberculose ou le paludisme, par exemple. Toutes les précautions sont prises pour empêcher que ces "germes", comme on les appelait au XIXe siècle, quittent l’espace confiné où on les manipule. Tout ce qui en sort est par exemple désinfecté dans un autoclave, un appareil dans lequel virus et bactéries sont soumis à des températures et des pressions auxquels ils ne survivent pas.

Parmi les utilisateurs réguliers de ce type d’équipement figurent les scientifiques de l’unité de régulation immunitaire et vaccinologie de l’Institut Pasteur, à Paris. Leur métier : développer des approches innovantes dans la mise au point de vaccins, grâce à une méthode qui a fait ses preuves : "Nous travaillons à la fois très en amont, pour comprendre les mécanismes du système immunitaire, c’est-à-dire la manière dont l’organisme se défend contre les agents pathogènes, mais aussi très en aval, pour mettre au point des vaccins à partir des connaissances acquises", explique Claude Leclerc, qui dirige l’unité. Son équipe prépare des vaccins qui devraient permettre de traiter des cancers comme les mélanomes ou les adénocarcinomes.

En effet, contrairement à une idée reçue, tous les vaccins ne sont pas préventifs. Certains sont curatifs. La différence essentielle entre un vaccin et un médicament ? Le premier mobilise le système immunitaire de l'organisme, et c'est ce système qui va lutter contre la maladie, tandis que le second utilise des molécules pour "attaquer" directement le virus ou la bactérie responsable de la maladie. Ainsi, dans le cas du sida, l'immunisation thérapeutique consiste à administrer des candidats vaccins à des personnes séropositives, visant à induire ou amplifier des réponses immunitaires anti-VIH de l’organisme. Tandis que les traitements médicamenteux visent à bloquer la réplication du virus dans l'organisme.

Chaque année, la vaccination sauve deux millions de vies dans le monde avec des traitements préventifs contre plus de 25 maladies infectieuses, indique un représentant de l’entreprise pharmaceutique Sanofi-Pasteur. Elle a permis d’éradiquer la variole, maladie mortelle dont le dernier cas remonte à 1977, ou de faire chuter le nombre de cas de poliomyélite de 99 % en moins de vingt ans.

Et les vaccins n’ont pas fini de nous étonner. Ils suscitent en effet un regain d’intérêt de la part des États et des laboratoires pharmaceutiques. Conséquence : un grand nombre de vaccins sont actuellement en préparation, contre certains cancers, contre l’hypertension, la dépendance à la nicotine (voir la partie 2) ou même l’allergie aux poils de chat ! Mais si les vaccins connaissent un nouvel essor, c’est aussi parce qu’ils représentent un espoir de venir à bout de maladies graves comme le sida ou le paludisme, que les traitements ne parviennent pas à soigner véritablement, même s'ils améliorent la situation des malades.

01.Une voie thérapeutique pleine d'avenir

Ils ont le vent en poupe. À travers le monde, les vaccins suscitent une nouvelle vague d’intérêt. Signe de cette vitalité, trois nouveaux vaccins ont été commercialisés ces cinq dernières années, contre le papillomavirus, contre certaines diarrhées et contre le zona. "C’est plus que le nombre de nouveaux vaccins des trente années précédentes !", remarque Jean-François Saluzzo, expert virologiste chez Sanofi-Pasteur, l’industriel leader mondial du secteur avec le laboratoire américain Merck. Le marché est en expansion forte.

Il s’achetait pour trois milliards de dollars de vaccins avant 2000. Ce chiffre atteint aujourd’hui dix milliards. Et les spécialistes s’attendent à le voir doubler d’ici 2016 pour dépasser les 22 milliards.

Nombre de nouveaux vaccins par an (1996 à 2006)Graphique indiquant le nombre de nouveaux vaccins produits par an, de 1996 à 2006. En bleu : les vaccins mis à dispositions. En orange : les autorisations de mise sur le marché des vaccins.
© Gers, EMEA


Pourquoi un tel dynamisme ? Les maladies infectieuses émergentes, favorisées par la proximité des hommes avec les animaux, notamment à la faveur de la déforestation, cristallisent les peurs au niveau mondial. De nouvelles pathologies comme le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère, pathologie mortelle apparue en 2003), Ébola ou la grippe aviaire (voir notre dossier Mieux connaître la grippe aviaire) pourraient se répandre sur la planète et donner lieu à des pandémies. Le sida, maladie identifiée en 1981, est responsable d'au moins 25 millions de morts à travers le monde. Or les médicaments ne suffisent pas à traiter ces maladies. Pour en venir à bout, la médecine compte sur les vaccins, qu'ils soient préventifs ou curatifs. C’est grâce à eux qu’une maladie infectieuse mortelle a été éradiquée, pour la première et unique fois, de la surface de la Terre : la variole.

Les nouveaux pays émergents constituent un autre facteur de dynamisme des vaccins. Le Brésil, la Russie, la Chine et l'Inde mettent en place des programmes de vaccination. D'autres, comme l'Indonésie, engagent des bras de fer avec les laboratoires pour qu'ils créent des unités de production sur leur territoire. Chez Sanofi, on estime que les nouveaux pays émergents représenteront bientôt un marché équivalent à celui des États-Unis.

De plus, "les États sont de plus en plus attentifs à la maîtrise des dépenses de santé", fait remarquer Jean-François Saluzzo. Or les vaccins sont un produit rentable : chaque dollar investit aux États-Unis dans la vaccination des enfants contre neuf maladies permet d’économiser six dollars en frais de santé, indique une étude des autorités américaines.
Bref, il existe de nouveaux besoins pour les vaccins et les perspectives de développement sont bonnes pour le secteur. C’est pourquoi les laboratoires pharmaceutiques se sont lancés dans une politique de rachat à tout-va. Des géants comme Pfizer, AstraZeneca ou Novartis ont acquis des sociétés implantées dans ce domaine à coups de milliards de dollars. Ils y sont également poussés par la difficulté à rentabiliser leurs investissements dans le secteur des médicaments. Les génériques y sont pour quelque chose : les "grands" de la pharmacie ont été privés de 18 milliards de dollars de recettes en 2007 en raison de la commercialisation de médicaments tombés dans le domaine public. Les vaccins, eux, ne peuvent être "génériqués", du moins pour le moment. Ce sont en effet des produits complexes, trop chers à industrialiser pour que les fabricants de génériques viennent bousculer les positions des grands producteurs.

Attention, cependant : "Développer un nouveau vaccin est une activité risquée sur le plan de la recherche, car on n'est pas sûr d'aboutir", prévient Claude Leclerc. Il faut dix ans pour développer un produit de ce type en préclinique (avant les essais sur l'homme), comme le fait l’Institut Pasteur, et dix nouvelles années pour qu’un laboratoire pharmaceutique vérifie son efficacité sur l’homme (contre 10 à 15 ans en tout pour un médicament). Le test d’un vaccin contre le choléra, le sida ou la tuberculose, par exemple, demande de suivre des centaines ou des milliers de personnes pendant des années avant de mettre en évidence une activité protectrice. Il s’agit d’une activité de longue haleine et dont le succès demeure incertain.

De plus, les vaccins, comme tous les médicaments, peuvent présenter des effets secondaires, parfois graves. "Dans un ou deux cas sur un million, une personne vaccinée contre la poliomyélite développera une paralysie, explique Claude Leclerc. Le BCG entraîne également des effets secondaires graves pour trois ou quatre personnes vaccinées sur un million. Dans les pays développés, un certain nombre de personnes préfèrent renoncer à la vaccination, car les risques sont perçus – à tort, selon moi - comme trop élevés par rapport aux bénéfices." Et, des affaires comme celle du vaccin de l'hépatite B (VHB), soupçonné d'induire des scléroses en plaques, entretiennent la méfiance. Sur ce point, Claude Leclerc renvoie aux conclusions de rapports de l'Inserm: "L'ensemble des données mondiales épidémiologiques, physiopathologiques et immunologiques n'exclut pas la possibilité d'un risque chez l'adulte, mais les éléments de preuve disponibles à ce jour sont insuffisants pour démontrer un lien de causalité entre vaccination contre le VHB et affections démyélinisantes centrales."


Projection du marché du vaccin (1996 à 2012)Graphique indiquant la projection du marché du vaccin entre 1996 et 2012, en millions d'euros.
© Sanofi Pasteur 2007

Ces risques sont d'autant moins acceptés que la vaccination est utilisée pour traiter des personnes saines, quand les médicaments s'adressent à des personnes malades. Et que, dans nos pays, les vaccins prémunissent d'affections supposées disparues, comme la diphtérie ou la poliomyélite. On oublie que ces affections, si redoutées dans le passé, peuvent vite revenir si l'effort de vaccination se relâche... "Tout doit cependant être mis en œuvre pour détecter les éventuels effets secondaires des vaccins, les comprendre et pour mettre au point des vaccins encore plus sûrs", précise Claude Leclerc.

02.Les nouveaux vaccins : souvent étonnants

On connaît les vaccins contre la rougeole ou la poliomyélite, maladies provoquées par des virus. Ou ceux destinés à éviter la tuberculose ou la coqueluche, induites par des bactéries. Pourrait-on également développer un vaccin destiné à empêcher la survenue de certains cancers ? La réponse est oui. D’ailleurs, il en existe déjà deux de ce type.

L’un et l’autre (le Gardasil, du laboratoire Merck ; et le Cervarix, du laboratoire GSK), permettent à l’organisme de lutter contre les papillomavirus. L’infection par ces virus est responsable de 99% des survenues de cancer de l’utérus.Le Gardasil est déjà commercialisé dans plus de 70 pays, dont la France, depuis 2006. Il s’adresse aux jeunes filles avant 14 ans, ou qui n’ont pas encore eu de rapports sexuels.

Mais les vaccins peuvent également s’attaquer à des hôtes indésirables qui ne sont ni des bactéries ni des virus. Aussi étonnant que cela paraisse, la société Nabi Pharmaceuticals, basée aux États-Unis, développe un vaccin contre la dépendance à la nicotine. Le but est d’empêcher cette molécule d’atteindre le cerveau pour y déclencher une sensation de plaisir. Ainsi devrait être rompu le cercle infernal qui enchaîne les fumeurs à leurs cigarettes.
La nicotine est une molécule trop petite pour être détectée par le système immunitaire. C’est pourquoi le vaccin se compose d’une molécule "porteuse", connue pour provoquer une forte réponse immunitaire, à laquelle a été "accrochée" la nicotine. Conséquence : l’organisme des fumeurs reconnaît la nicotine après vaccination. Aussitôt, il produit des anticorps, substances spécialisées dans la chasse aux intrus, qui se lient physiquement à elle.
Dépendance à la nicotineLes recherches sur les nouveaux vaccins ne concernent pas que les virus ou les bactéries. Pour preuve, une société américaine développe actuellement un vaccin contre la dépendance à la nicotine.
© SXC

De telle sorte que, devenue trop grosse, la molécule de nicotine ne peut plus passer la barrière hémato-encéphalique qui sépare le système sanguin du cerveau. Celui-ci devrait donc échapper à la stimulation que provoque habituellement la fumée de cigarette. Les premiers résultats, rendus publics en novembre 2007, sont encourageants. Ils montrent que 16 % des patients vaccinés réussissent à arrêter de fumer pendant un an, contre seulement 6 % de ceux qui ont pris un placebo. Ainsi l’effet du vaccin a-t-il été démontré sur le principe, même si de nouveaux développements sont nécessaires pour en augmenter l’efficacité.

Dans la même veine, Elan Pharmaceuticals développe un vaccin contre certaines protéines jouant un rôle dans l’apparition de la maladie d’Alzheimer. L’Institut suisse de recherche sur les allergies et l’asthme (SIAF) a annoncé en janvier 2008 avoir testé avec succès un vaccin contre l’allergie aux poils de chat. De son côté, la société suisse Cytos Biotechnology met au point une préparation contre l’hypertension, l’une des principales causes de décès prématuré dans le monde. Grâce à lui, des anticorps se lient à l’angiotensine II, une protéine issue du foie. En occupant son site récepteur, elles l’empêchent de produire ses effets vasoconstricteurs (qui resserrent les vaisseaux sanguins).

Quant à l’équipe de Claude Leclerc, elle travaille notamment à la création d’un vaccin capable d’aider le système immunitaire à reconnaître un sucre qui se situe à la surface de certaines cellules cancéreuses, notamment des adénocarcinomes qui touchent le sein, les ovaires, le côlon, les poumons ou la vessie. Cette fois, voilà un vaccin qui vise à détruire directement les tumeurs, lorsqu’elles sont déjà installées. Un vaccin qui présente l’originalité de s’utiliser non pas en prévention, comme c’est souvent le cas, mais pour traiter une affection déjà déclarée.
Poils de chatUn vaccin contre l'allergie aux poils de chat pourrait peut-être bientôt voir le jour. Ce grâce aux recherches de l'Institut suisse de recherche sur les allergies et l'asthme (SIAF).
© SXC

03.Sida et paludisme, deux maladies qui résistent encore aux vaccins

Ce fut un coup dur. Fin 2007, le laboratoire Merck a annoncé qu’il interrompait ses essais cliniques d’un candidat-vaccin contre le sida, commencés trois ans plus tôt. Celui-ci n’avait en effet pas apporté la preuve de son efficacité. Dans le groupe des personnes ayant reçu un placebo, 21 d’entres elles avaient été infectées par le VIH contre… 24 du groupe des personnes "vaccinées". Désillusion d’autant plus forte que cet essai, conduit sous l’égide des Instituts américains de la santé (NIH), était considéré comme particulièrement prometteur. En effet, sa stratégie consistait à induire la production de cellules immunitaires, les lymphocytes T - "tueurs" - particulièrement efficaces contre les virus.

Décidément, le virus du sida donne bien du fil à retordre aux immunologistes. Il faut dire que le VIH est particulièrement roué. Tous les virus infectent des cellules, mais celui-là s’attaque précisément à celles qui appartiennent au système immunitaire et sont censées combattre un intrus comme lui. De plus, il présente la particularité de se maintenir dans les cellules infectées sous forme d’un brin d’ADN. C’est-à-dire une molécule indétectable, nichée en leur cœur comme un agent dormant, capable de se réveiller à tout moment pour produire de nouveaux virus. Depuis qu’il a été découvert en 1981, le sida a entraîné la mort de 25 millions de personnes.
L'espoir du vaccin contre le sidaUn vaccin contre le Sida, l’espoir de la recherche.
© Dung Vo Trung/LookatSciences

Le même constat vaut pour le paludisme. Des décennies que les scientifiques lui cherchent une parade vaccinale, sans succès. Et cette maladie continue de tuer. Plus d’un million d’Africains meurent chaque année d’une piqûre de moustique infecté, surtout des enfants de moins de cinq ans. Face à ces drames, c’est dans un futur vaccin que réside l’espoir. "Il arrive très souvent qu’on sache mieux prévenir les maladies grâce aux vaccins, que les soigner par des médicaments, comme c’est le cas pour la rage ou la poliomyélite", note Claude Leclerc.

Pour atteindre cet objectif, de nouvelles techniques sont développées. L’une d’elles, mise en œuvre par l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS), consiste à utiliser des lipopeptides. Il s’agit de protéines, des peptides, ressemblant à celles que l’on trouve à la surface du VIH, associées à des corps gras, des lipides, qui facilitent leur absorption par les cellules immunitaires. Les scientifiques espèrent ainsi mobiliser les lymphocytes T cytotoxiques, des cellules immunitaires capables de garder longtemps en mémoire le portrait des agents pathogènes afin de mieux les détruire.

Et certaines de ces méthodes innovantes commencent à porter leurs fruits. Dans un essai mené en Suède en 2006, plus de 90 % des volontaires ont développé une réponse immunitaire contre le VIH. Cette préparation n’était pas composée de morceaux de virus inoffensifs, ni même du VIH entier débarrassé de ses éléments pathogènes, comme c'est classiquement le cas. D’une manière plus sophistiquée, il comprenait des morceaux d’ADN qui ont fabriqué des protéines soigneusement choisies, ressemblant à celles qui se trouvent à la surface du virus. Au lieu d'attaquer le virus "tous azimuts", de façon assez "grossière", il s'agissait de s'attaquer à ses points faibles, et de les cibler avec certaines protéines.

Cette préparation vaccinale offre-t-elle une bonne protection ? Pour le savoir, un test impliquant des volontaires sains a commencé en Tanzanie en 2007. En tout, une quarantaine de vaccins contre le sida sont actuellement à l’essai. Contre le paludisme, on en dénombre 25.

Restez connecté

Suivez-nous : Page Facebook Page Twitter

Lettre d'information :

Vidéo

Cette vidéo nécessite le plug-in gratuit Flash 8.
Il semble que vous ne l'avez pas.
Cliquer ici pour le télécharger

Interview de Xavier Raepsaet - La propulsion nucléaire spatiale

Portraits d'experts

  • Romina Aron Badin, les primates au coeur
  • Jacques-Marie Bardintzeff, une vie consacrée aux volcans
  • Catherine Charlot-Valdieu :  Home sweet home
  • Didier Labille, l’astronomie en amateur professionnel
Free download porn in high qualityRGPorn.com - Free Porn Downloads