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De l'alchimie à la chimie

Dans un livre intitulé "De l’alchimie au Moyen Âge à la chimie moderne, ou d’Albert le Grand à Lavoisier", l'auteur, Alain Queruel, nous guide dans le dédale des différentes conceptions de l'alchimie en vogue pendant la demi-douzaine de siècles qui a précédé la naissance de la chimie moderne.

Atelier d'un alchimisteAtelier d'un alchimiste peint par le peintre flamand David Teniers the Younger (1610-1690).
© Photo Scala, Florence

À n’en pas douter, notre émotion serait grande si l’on apprenait que l’un de nos intellectuels de renom s’adonnait secrètement à la recherche d’une hypothétique "pierre philosophale", prétendument dotée de propriétés magiques. Ou bien qu’il s’essayait à fabriquer de l’or à partir de plomb (transmutation). Or ce sont précisément des érudits qui, dans l’Europe chrétienne du Moyen Âge et de la Renaissance, ont marqué l’histoire de l’alchimie, celle dont on ne retient souvent que la transmutation des métaux en or. Les alchimistes se recrutaient pour l’essentiel dans les classes sociales les plus favorisées et cultivées, et même parmi les plus croyants. "À l'époque, il était difficile d'acquérir une culture et une érudition sans passer par l'église, explique Alain Queruel, auteur d'un ouvrage* sur l'histoire de l'alchimie. Et ce sont ces mêmes érudits, véritablement omniscients, qui se passionnaient aussi bien pour les sciences que pour les idées. C'est ainsi que Roger Bacon (1214-1294) cumulait des travaux de linguistique (grammaire grecque, grammaire hébraïque), de mathématiques, de physique, de perspective, d'astronomie, de médecine…, tout en faisant partie de l'ordre religieux des franciscains. De même Albert le Grand (1193?-1280), fut évêque, ce qui ne l'empêcha pas de rédiger de nombreux ouvrages de sciences. Or ces deux personnages sont aujourd'hui célèbres pour avoir été également…alchimistes."

La pratique de l’alchimie, à commencer par la fabrication de la fameuse "pierre philosophale", est restée opaque comme le rappelle Alain Queruel : "On dispose de quelques descriptions : il s’agissait apparemment d’une poudre assez dense, jaune ou rouge. Les alchimistes prétendaient que quelques grains mélangés à du plomb permettaient dans certaines conditions de fabriquer de l’or." De quoi était-elle faite ? "On n’en sait strictement rien ! Là encore, si l’on en croit les alchimistes, elle résultait de la conjonction de deux principes, le soufre principe - qui n’a rien à voir avec l’élément soufre - et le mercure principe - qui n’a rien à voir non plus avec l’élément mercure ! " Deux principes tout aussi mystérieux dont on sait peu de chose hormis que leur association devait conduire au métal "parfait" : l’or.

Toutes sortes d’hypothèses ont été émises sur les secrets des alchimistes. Mais leur acharnement à les préserver n’a guère permis d’aller au-delà des supputations. Difficile en effet d'accéder à un savoir dont les textes possédaient la particularité d'être codés pour empêcher les profanes d'accéder à ces connaissances ! En revanche, affirme Alain Queruel, une chose est sûre, l’alchimie ne se réduisait pas à cette simple pierre, même si la fabriquer faisait partie de ce qui était nommé le Grand Œuvre. Elle n’était qu’une matérialisation d’un projet plus vaste visant la compréhension des lois de la nature et du monde.

En Europe (mais il existerait aussi une alchimie chinoise, indienne, arabe), l'alchimie serait apparue concomitamment à la chute de Byzance (milieu du Ve siècle de notre ère). Son projet de décrypter les lois du monde, et par suite d’agir sur la nature, est alors perçu par le clergé comme une atteinte à l’autorité religieuse.


* Alain Queruel, De l’alchimie au Moyen Âge à la chimie moderne, ou d’Albert le Grand à Lavoisier. Variations sur le pouvoir et la science, éd. De Massanne, novembre 2007

01.Les huit commandements d'Albert le Grand

Portrait d'Albert le GrandPortrait d'Albert le Grand (v. 1200-1280), philosophe et théologien allemand, alchimiste, qui vécut au Moyen Age. Peinture de Joos van Gent et Pedro Berruguete.
© Bridgeman Giraudon / Archives Alinari
Né en 1193* dans une province germanique (la Souabe, en Bavière), Albert le Grand a sans doute été l’un des plus grands alchimistes du Moyen Âge. Son itinéraire symbolise de manière emblématique le statut particulier de l’alchimie médiévale : rejetée par la religion officielle et pourtant pratiquée par de fervents croyants. Albert le Grand a par exemple introduit les sciences grecques et arabes en Europe.

Il fut en effet un grand érudit, écrivant des traités dans des domaines aussi variés que la zoologie, la botanique ou encore les minéraux, rapporte Alain Queruel : "Sa célébrité était telle qu’il était invité à faire des conférences un peu partout en Europe, en particulier à Paris. Il les faisait non loin de l’actuelle place Maubert, dont le nom serait en fait la contraction des mots Maître et Albert." En ce qui concerne sa vocation d’alchimiste, on raconte qu’une Vierge lui serait apparue dans sa jeunesse. Elle lui aurait déclaré qu’il quitterait le cloître pour faire, soit de la "philosophie" (les alchimistes étaient à l’époque qualifiés de "philosophes"), soit de la théologie. Il mena les deux activités de concert et fut même évêque de Ratisbonne pendant trois ans (il y prit ses fonctions en 1260).

Il est l’auteur d’un traité consacré à l’alchimie (De Alchimica, vers 1250), dans lequel il décline huit commandements pour l’alchimiste. Ceux-ci, souligne Alain Queruel, résument assez bien les difficultés que rencontraient à cette époque les adeptes de cette "philosophie". Par exemple, le premier commandement s’énonçait ainsi : "D’abord, l’alchimiste sera discret et silencieux". Ils étaient en effet pourchassés, qu’ils soient savants (l’illustre Roger Bacon fut même jeté en prison) ou charlatans (s'ils s’avisaient de promettre de l’or à un puissant et que l’opération, évidemment, échouait). Dans le même esprit, le deuxième commandement recommandait d’habiter une maison particulière "loin des hommes". Alchimie et secret allaient de pair.

Les commandements suivants portaient sur la méthode de travail, un travail qui devait s’effectuer aux "bonnes heures" (ce 3e commandement fait référence implicite à la place des astres), avec patience, assiduité et persévérance (4e commandement), et selon les règles de l’art : ce 5e commandement ainsi que le suivant concernaient directement la fabrication de la pierre philosophale (le matériel de laboratoire et les différentes étapes de fabrication). Enfin les deux derniers commandements étaient d’ordre politico-économique. D’abord, l’alchimiste devait être assez riche : "La plupart des alchimistes y laissèrent leur fortune quand ils en avaient une", précise Alain Queruel. Ensuite, il devait éviter les rapports avec les princes et les seigneurs : de ces derniers, nombreux furent ceux qui cédèrent à la tentation de solliciter des alchimistes, plus ou moins honnêtes, dès lors que leurs caisses étaient vides.

L’un des disciples fameux d’Albert le Grand fut le théologien et philosophe Thomas d’Aquin (1225-1274), membre de l’ordre dominicain (comme Albert le Grand) et lui aussi grand érudit. Pour des hommes de cette envergure, qui s'intéressaient au décryptage des lois de la nature, la transmutation des métaux en or (ce que l’on retient le plus souvent de l’alchimie) ne reflétait qu’un aspect de leur quête, souligne Alain Queruel : "Si la recherche de la pierre philosophale demeura une obsession, ce ne fut pas dans le but de s’assurer une aisance matérielle." On ne trouve pas d’opposition à l’ordre établi (religieux ou politique) chez ces alchimistes, mais une conception globale du monde, de la relation entre l’homme et le cosmos, ainsi que de l’histoire du monde qui est radicalement différente.


* Date de naissance incertaine, variant selon les auteurs

02.Les quatre piliers de la médecine de Paracelse

Portrait de ParacelseAlchimiste et médecin suisse, Paracelse (v. 1493-1541) joua un rôle majeur dans l'évolution de la médecine. Il critiquait la théorie selon laquelle les maladies sont le résultat d'un déséquilibre des humeurs (liquides corporels) et qu'elles peuvent être guéries en effectuant des saignées et des purges.
© Palais de la découverte
Du Moyen Âge à la Renaissance, l’alchimie poursuit son évolution, à la faveur d’un contexte socioculturel en plein bouleversement : le XVIe siècle est celui de la Réforme protestante et de l’entrée en scène de nouveaux personnages d’exception. Paracelse (1493-1541) est l’un de ceux-là. Le vrai nom de ce médecin suisse était Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim. "Il aurait pris le nom de Paracelse (Para-Celse) par admiration pour un célèbre médecin romain (Celse), indique Alain Queruel. Cet érudit se moque de la transmutation des métaux en or. Le seul point auquel il attache une importance, c’est à la pureté de l’or. L’or est à ses yeux le métal parfait par excellence, et par suite le symbole de la perfection."

Quid de la pierre philosophale ? Pour Paracelse, elle avait un rôle à jouer pour la santé. La maladie était liée selon lui à une sorte de déséquilibre, à une rupture d’harmonie entre l’individu et le cosmos. La pierre philosophale pouvait alors corriger ce déséquilibre. Autrement dit, elle s’apparentait à un remède, mais plus dans un ordre symbolique que véritablement matériel : "Elle s’inscrivait dans une conception philosophico-médicale globale du monde." Paracelse intègre ainsi l’alchimie dans son système médical, lui donnant une nouvelle orientation.

L’alchimie, devenue pour lui un moyen thérapeutique, était considérée comme l’un des quatre piliers de la médecine : "Dans son livre intitulé le Paragranum, écrit en 1530, il explique que sa médecine repose sur la philosophie, l’astronomie, l’alchimie et la vertu", précise Alain Queruel. Il faut dire que, dès son plus jeune âge, il avait commencé à voyager à travers l’Europe, apprenant auprès de divers maîtres et savants, mais aussi soignant des malades. Il s’était fait une idée de la pratique médicale différente de celle de ses contemporains, mais il n’était pas à une originalité ni à une provocation près : "À l’enseignement traditionnel, il opposait une réalité des faits privilégiant l’auscultation et la palpation. […] En fait, sa doctrine se situait entre les empiristes purs et les théoriciens de son temps, les premiers exerçant la médecine sans fondement réel, et les seconds ne possédant à l'inverse aucune pratique."

Cela ne l’a pas empêché de proposer "des concepts totalement farfelus, pour ne pas dire plus", souligne Alain Queruel ; comme l’idée un peu folle des "homunculi" (sorte d'êtres humains fabriqués de toute pièce) ou du dissolvant universel (du nom savant d’alkaest) capable de dissoudre tous les corps (animaux, végétaux, minéraux), qui leur aurait été utile pour leurs expériences. Mais c'est surtout le physiologiste et médecin belge Jan Baptist van Helmont (1580-1644), disciple de Paracelse, qui chercha le dissolvant universel capable de ramener tout corps à sa matière première. Mais à la fin du XVIIIe siècle, faute de résultats, cette idée même d'un dissolvant universel fut abandonnée.

Quoi qu’il en soit, son apport à l’alchimie a été capital, poursuit Alain Queruel : "En renonçant de manière irrémédiable à la recherche de la transmutation, en l’orientant sur l’explication des mystères de la nature et en lui assignant un objectif médical, c’est tout le futur de l’alchimie qui s’est trouvé changé." Il critique vivement la théorie scolastique dérivée des écrits du médecin grec Galien, selon laquelle les maladies sont le résultat d'un déséquilibre des humeurs, ou liquides corporels, et qu'elles peuvent être guéries en effectuant des saignées et des purges. Persuadé que la maladie agresse l'organisme de l'extérieur, Paracelse met au point des remèdes minéraux grâce auxquels, pense-t-il, le corps se défend. Il identifie de nombreuses maladies, telles que le goitre (augmentation du volume de la glande thyroïde) et la syphilis, et utilise divers ingrédients, comme des composés de sulfure et de mercure, pour les traiter.

Selon Alain Queruel, il faut mettre à l’actif du médecin suisse le fait que l’alchimie devint, sinon une science, du moins une matière plus structurée. À son actif également, l'idée novatrice qu'une prescription de remèdes spécifiques doit être ordonnée pour combattre chaque maladie. Ce qui ne l'empêche pas de rester alchimiste dans l'âme : pour lui, la santé de l'individu est intimement liée aux planètes.

03.Alchimie et pouvoir : Rodolphe II le protecteur

Portrait de Rodolphe IIRodolphe II (1552-1612), roi de Hongrie (1572-1608), roi de Bohême (1575-1611) et empereur du Saint Empire (1576-1612). Il joua le rôle de mécène auprès de nombreux alchimistes de l'époque. Peinture à l'huile, école flamande du XVIe siècle.
© Bridgeman Giraudon / Archives Charmet
D’une manière générale, l’alchimie ne faisait pas très bon ménage avec les pouvoirs politique et religieux. Bien qu’aucunement en opposition avec les thèses religieuses de leur époque, les alchimistes étaient, sauf exception, tourmentés par le clergé. Leurs théories allaient selon lui à l’encontre des Écritures. Quant aux puissants, leurs relations avec les alchimistes étaient plus ambiguës. La tentation était en effet grande de s’offrir les services de l’un d’entre eux pour alimenter leurs caisses… Ce fut le cas du roi de France Philippe le Bel (1268-1214), indique Alain Queruel, ou plus tard d’autres souverains de la Renaissance avec des succès plus que mitigés...

Il est vrai que leur caractère occulte offrait des opportunités à bon nombre de charlatans. Mais la répression politique ou religieuse frappait également les savants. Roger Bacon (1214-1294), véritable puits de science, passa une grande partie de sa vie en prison ; quant à l’érudit français Arnaud de Villeneuve (1238-1311), médecin, alchimiste et théologien, il fut lui aussi poursuivi sans relâche et contraint de fuir à Paris, à Montpellier, en Espagne puis en Italie,… Bien d’autres subirent le même sort.

Dans ce contexte, le cas de Rodolphe II (1552-1612), empereur du Saint Empire romain et roi de Bohème et de Hongrie, fait figure d’exception. Sous son règne, un grand nombre d’alchimistes ont trouvé refuge à Prague, sa résidence impériale. Il fut une sorte de mécène, même s’il ne finançait pas ceux qu’il accueillait ainsi. Il se passionnait pour les sciences et les arts, mais aussi pour l’alchimie, la magie et l’occultisme. "Il y aurait eu jusqu’à deux cents alchimistes à la cour de Rodolphe", souligne Alain Queruel. Tous logeaient dans une petite ruelle au nom évocateur, la Ruelle d’Or, située dans le quartier du Château. Pendant une trentaine d’années, l’empereur a réussi à préserver paix et tolérance, ce qui était assez remarquable à une époque encore secouée par la Réforme protestante et la contre-réforme. Un véritable âge d’or pour la ville de Prague… et pour les alchimistes qui y séjournaient.

Les choses finiront toutefois par se gâter. En particulier, un nouveau mouvement allait s’épanouir, profitant La Ruelle d'Or - PragueDans l'enceinte du château de Prague (République tchèque) se trouve la Ruelle d'Or, bordée de maisonnettes aux couleurs vives. C'est là que vécurent au XVIe siècle de nombreux alchimistes, auxquels elle doit son nom. Elle attira plus tard des artistes et écrivains célèbres, tel Kafka.
© Prague information service
précisément de ce climat de tolérance : le mouvement des Rose-Croix, du nom de son inspirateur, l’Allemand Christian Rosenkreutz. Ce mouvement développait une idéologie faite d’un mélange de religion, d’occultisme, d’alchimie... La cour de Rodolphe II est alors devenue un foyer des Rose-Croix. Parallèlement, le frère de l’empereur (Matthias), est parvenu, à force d’intrigues, à le chasser du pouvoir. La tolérance n’était plus de mise. Les luttes entre protestants et catholiques reprirent. Quelques années après la mort de Rodolphe II, c’était le début de la Guerre de Trente ans (en 1618), qui déchira l’Europe et tout particulièrement l’Europe centrale…

04.Quand la chimie gagne la partie

Portrait de LavoisierAntoine Laurent de Lavoisier (1743-1794), chimiste français. Il a énoncé la première version de la loi de conservation de la matière et participé à la réforme de la nomenclature chimique. Il est souvent considéré comme le père de la chimie moderne.
© Palais de la découverte
"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" est le premier principe de la thermodynamique. Tout le monde connaît cette phrase, sans forcément savoir à qui en attribuer la paternité. Son auteur, Antoine Lavoisier (1743-1794), est aussi considéré comme le père de la chimie moderne. Comment la chimie va-t-elle définitivement tourner le dos à l’alchimie ?

Au XVIIe siècle, l’alchimie continue d’être florissante, même si elle rencontre un grand nombre d’opposants, alors que se développe la pensée mécaniste. On rapporte encore quelques expériences "troublantes" de transmutation "réussies" (des expériences de transformation de métaux en métal précieux, or ou argent). L’une d’elle fut réalisée chez Helvétius, à la fin 1666 et rapportée par le philosophe Spinoza.

Même dans un contexte privilégiant de plus en plus la démarche rationnelle, notamment en physique et en chimie, la pensée alchimiste est loin de laisser indifférents un certain nombre de grands savants comme le physicien et chimiste irlandais Robert Boyle (1627-1691) ou encore Isaac Newton (1642-1727), mathématicien et physicien de génie. "Il ne va pas s’engager dans la poursuite du Grand Œuvre à moitié, souligne Alain Queruel. Il acheta plusieurs manuscrits alchimiques, s’imprégna de l’érudition de certains anciens et lut aussi avec assiduité son compatriote Boyle." En dépit des contradictions entre sa démarche scientifique et la pensée alchimiste, "il resta persuadé jusqu’au bout de ses principes alchimistes."

Au début du XVIIIe siècle cependant, une nouvelle théorie allait affaiblir les thèses des alchimistes : la théorie du phlogistique, développée par le chimiste et médecin allemand Georg Ernst Stahl (1660-1734), à la suite de son maître Johann Joachim Becher. Le phlogistique était censé expliquer le principe du feu. Il s’agissait en quelque sorte d’un ingrédient contenu dans tous les corps combustibles : c’est ce phlogistique qui se dégageait sous l’effet de la chaleur. "Par exemple, le bois possédait ce phlogistique, ce qui expliquait qu’il brûlât, mais la cendre devenait incombustible, car c’était le résidu obtenu après que le principe inflammable se fût envolé." Il en allait de même pour les métaux. Cette théorie avait le mérite d’une certaine cohérence : elle proposait une loi générale du phénomène de combustion. "Elle s’est imposée face à une alchimie qui finalement échouait à faire la preuve d’une transmutation des métaux."

Mais, problème : elle ne rendait pas compte de la réalité. En effet, comment expliquer qu’un métal après combustion pèse plus lourd qu’avant combustion, si entre-temps un ingrédient s’en est échappé (le fameux phlogistique) ? Il faudra attendre Lavoisier pour avoir la réponse. Même les Britanniques Joseph Black (1728-1799), Henry Cavendish (1731-1814) et Joseph Priestley (1731-1814), qui avaient pourtant découvert l’oxygène, l’hydrogène et l’azote, restèrent des adeptes de Stahl : "Bien qu’ayant trouvé les gaz susceptibles d’intervenir dans les processus de combustion, ils sont restés fidèles à la théorie du phlogistique."

L’un des mérites de Lavoisier a été de se servir des découvertes des Anglais pour porter un coup fatal à la théorie du phlogistique, poursuit Alain Queruel : "La combustion n’était pas une libération de phlogistique mais plutôt une captation de gaz." La théorie des gaz de Lavoisier a ouvert la voie à une chimie entièrement nouvelle, qui conduira notamment à l’établissement d’une nomenclature chimique, servant à nommer les éléments chimiques. Publiée en 1787, celle-ci fut mise au point collectivement par Antoine Lavoisier, Claude Louis Berthollet, Guyton de Morveau et Antoine François de Fourcroy. La chimie moderne était née, avec une démarche scientifique à part entière dont l’alchimie était définitivement exclue.

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