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Au trot vers la domestication

Les squelettes ont parlé : les chevaux n'auraient pas été domestiqués il y a 4 000 ans mais il y a 5 000 ans. Pour y voir plus clair, plongez-vous dans l'univers des archéozoologues...

Etude d’un cheval - Léonard de Vinci.Détail d’une étude d’un cheval par Léonard de Vinci, 1490.
© Domaine public

Les chiens collent aux basques de leurs maîtres. Rien de bien nouveau à cela. Mais saviez-vous qu’ils étaient déjà aux pieds de l’homme il y a 14 000 ans ! Le chien est le premier animal domestiqué. Les moutons, les chèvres et les bœufs ont quant eux été domestiqués  il y a environ 8 500 ans.

Comment a-t-on pu retrouver ces dates ? Grâce aux archéozoologues qui étudient l’histoire des relations entre les animaux et les hommes à partir des ossements récoltés sur d’anciens villages. Jusqu’à présent, toutes les fouilles archéologiques tendaient à montrer qu’un autre compagnon de l’homme, le cheval, aurait été domestiqué il y a 4 000 ans. Mais de récentes découvertes viennent contredire cette date…


300 000 os déterrés !

Fondement d’une maison - BotaïExcavation des fondements d’une maison surun, découverte en 2006 dans un ancien campement Botaï.
© Alan K. Outram
Un trésor. C’est un véritable trésor qu’ont découvert les archéologues sur un ancien campement de Botaï dans le nord du Kazakhstan. Dans ces steppes de l’Asie centrale, les Botaï sont connus pour être de grands amateurs de viande de cheval et de bons chasseurs. Bons chasseurs, mais pas assez pour expliquer la présence de 300 000 os de chevaux sur leur ancien campement. Pour les scientifiques, pas de doute possible : un nombre si important d'ossements indique que les chevaux étaient domestiqués.

Leur intuition n’a pas été démentie par le travail des archéozoologues. Les os de pattes retrouvés sur le campement ressemblent plus à ceux de chevaux domestiqués qu’à ceux des chevaux sauvages. Par exemple, leurs os sont plus fins à cause des changements de mode de vie : l’alimentation de l’animal domestiqué n’est pas la même que celle de l’animal sauvage et dans son enclos, il n’est plus libre de galoper dans les vastes plaines. Des modifications auxquelles les os ont peut-être été sensibles.

Pourquoi s’agit-il d’un trésor ? Tout d’abord parce que 300 000 os datant d’il y a plus de 5 100 années, ça n’est pas rien ! Et aussi parce qu’en découvrant les os sur ce site, les scientifiques ont prouvé que la domestication du cheval n’a pas commencé il y a 4 000 ans, mais au moins 1 000 ans plus tôt. En effet, les Botaï ont occupé le site il y a 5 600 ans puis l’ont abandonné 500 ans plus tard ; autrement dit, tous les animaux trouvés sur place ont entre 5 100 et 5 600 ans.


La preuve par le mors

Trace du mors - ChevalTraces caractéristiques laissées par un mors Botaï sur les dents des chevaux.
© Science / AAAS / Robin Bendrey
Pour savoir si les chevaux domestiqués servaient à autre chose qu’à remplir les assiettes des Botaï, les archéozoologues ont observé de près tous les os des animaux. Bingo ! Sur les mâchoires inférieures, ils ont trouvé des traces prouvant que les chevaux étaient montés. En effet, placé dans la bouche de l'animal, le mors qui permet au cavalier de diriger le cheval, laisse des marques sur la mâchoire et abîme aussi l'émail des dents. D'ailleurs, grâce aux traces laissées sur les dents, on sait que la position du mors était probablement la même qu'aujourd'hui. Un mors qui, contrairement à aujourd’hui n’était pas en métal mais sans doute en cuir ou bien en poils de queue tressés.
Les Botaï utilisaient donc le cheval domestiqué pour sa viande, le transport mais aussi… le lait. Des morceaux de poteries récoltés sur le site contenaient des traces de graisses spécifiques au lait de jument. Une pratique qui n’a rien d’étonnant : quand les peuples commencent à pratiquer l'élevage, ils en profitent généralement pour boire le lait des femelles, que ce soient des vaches, des chèvres, des chamelles ou des juments. Et aujourd'hui encore, il existe au Kazakhstan une boisson traditionnelle, le "koumis", à base de lait de jument fermenté.


Pourquoi chez les Botaï et pas ailleurs ?

Femme Botaï – JumentFemme Kazakh trayant une jument.
© Alan K. Outram
Et si demain, des ossements d’équidés sauvages étaient mis au jour sur un site plus ancien que celui des Botaï, dans une autre région du globe que l’Asie centrale ? C’est peu probable, estiment les archéozoologues. Le cheval sauvage a disparu d’Amérique du Nord il y a environ 11 000 ans, probablement à cause de la chasse ou d’un changement climatique. Il était absent du Proche Orient car le climat, trop chaud, et la végétation, trop dense, n'étaient pas adaptés il y a 10 000 ans. En Europe, il vivait dans quelques endroits précis comme la péninsule ibérique (actuellement l’Espagne et le Portugal) mais sa domestication n'a débuté qu'à la fin du Néolithique, il y a 3 000 ans. Il y a donc peu de chance d’en trouver ailleurs qu’en Asie centrale, vers le Kazakhstan. C’est du moins ce que nous apprennent les fouilles archéologiques faites jusqu’à présent. Mais qui sait, on trouvera peut-être un jour un site européen ou asiatique doté d’animaux domestiqués vieux de plus de 5 600 ans… En attendant, le campement des Botaï restera le premier lieu de domestication des chevaux sauvages.

Pendant que notre passé continue de s’éclairer, il est étonnant de voir que la domestication est une pratique toujours en cours : le cerf et l’autruche sont des exemples d’animaux sauvages qui sont en train d'être domestiqués pour la qualité de leur viande.

A RETENIR

  • Les chevaux ont été domestiqués bien après le chien, la chèvre, le bœuf et le mouton.
  • La domestication des animaux modifie généralement leur morphologie.
  • La forme des os donne de précieux indices aux archéozoologues.
  • La domestication des animaux continue : aujourd'hui, l'autruche et le cerf sont en train d'être domestiqués.

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