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Démasquons les mammouths !

Sur les parois de la grotte de Rouffignac, il y a 159 mammouths de couleur noire. Mais… quand ils ont été dessinés, il y a plus de 13 000 ans, la peinture n’existait pas ! Alors, avec quoi les hommes préhistoriques fabriquaient-ils leurs couleurs ? D’où vient plus particulièrement ce colorant sombre et de quoi est-il composé ? Jacques de Sanoit, qui est chercheur au Commissariat à l'Energie Atomique (CEA), se passionne pour ces peintures rupestres. Il a tenté de résoudre le mystère des mammouths.

Mammouth préhistoriqueCet appareil à rayons X a permis de déterminer les composants chimiques de cette peinture préhistorique représentant un mammouth, dans la grotte de Rouffignac (Dordogne).
© Jacques de Sanoit

Il y a plus de 13 000 ans, dans la grotte de Rouffignac (Dordogne), les hommes préhistoriques ont représenté près de 250 animaux. Des chevaux, des bisons, des bouquetins, des rhinocéros laineux, des serpents, un ours, des signes parfois incompréhensibles et … 159 mammouths ! La plupart sont gravés dans la paroi grâce à des outils faits de matériaux durs (silex, morceaux de bois…). Mais les autres sont directement dessinés sur le mur. Et le trait est encore particulièrement fin et précis.

Chaque animal est peint avec beaucoup de soin et de détails. On peut voir par exemple les crins des chevaux, les longs poils des mammouths et les cornes fines des bouquetins. Les hommes des cavernes étaient vraiment des artistes très observateurs et particulièrement minutieux. Surtout quand on pense qu'ils ont dessiné de mémoire, sans modèle. Evidemment ! les homo-sapiens n'ont pas demandé aux mammouths de poser devant eux dans leurs cavernes, comme le font les peintres aujourd'hui !

Mais ce qui est tout aussi fascinant, c'est cette couleur noire. Grâce à elle, nous, hommes du XXIe siècle, pouvons encore voir ces dessins, car la couleur n'est pas partie. Or, à l'époque il n'y avait ni pinceau ni peinture. Alors posons nous une question technique : les hommes du paléolithique ont-ils utilisé un simple morceau de charbon ou un tas de boue au bout d'un bâton ? Ou bien, est-ce une peinture volontairement préparée par un artiste? Et si oui, de quoi serait composée cette matière ?

Pour le savoir, il n'y avait jusqu'à présent qu'une seule méthode : prélever sur les parois de la grotte de tout petits bouts de couleur pour les faire analyser en laboratoire. Cette technique fonctionnait plutôt bien, mais en retirant de la peinture, forcément, on abîmait les animaux. Alors Jacques de Sanoit et son compère Dominique Chambellan, un autre chercheur du CEA, qui ne voulaient surtout pas détruire les mammouths, a mis au point une drôle de machine qui peut analyser la peinture directement sur le mur sans y toucher.

Le principe de cette machine est fort simple. Au bout d'une longue perche, pour pouvoir atteindre les dessins situés sur les plafonds les plus hauts, on met un émetteur de rayons X, qui fonctionne un peu comme l'appareil qui permet de faire des radiographies des dents. Donc, exactement comme chez le dentiste, l‘émetteur envoie sur le dessin un rayon X. Seulement, cette fois, on ne prend pas une radio du mammouth - car on ne verrait rien - mais on récupère le rayon qui a rebondi sur le dessin. Comme il a touché la peinture avant de rebondir, il s'est un peu transformé. Il faut ensuite faire analyser ce rayon modifié par un ordinateur qui va "traduire" cette transformation en un langage compréhensible pour les hommes.

En novembre 2004, Jacques de Sanoit et Dominique Chambellan sont donc allés dans la grotte et ont mesuré une vingtaine de dessins. En théorie, ces mesures devaient être très faciles. Mais, en pratique, ça n'a pas été si simple ! Parfois, la peinture était trop fine et la machine ne pouvait pas mesurer ; parfois, il y avait trop d'humidité et l'eau se condensait sur la machine… Les scientifiques ont quand même réussi leurs essais et, pour la première fois, les mammouths ont dévoilé leur secret. Grâce à nos deux chercheurs, on sait aujourd'hui que cette peinture est un mélange de fer, de baryum et de manganèse. On est donc sûrs que les trois composants principaux de cette « peinture » sont ces trois métaux.


Il y a certainement encore d'autres mystères que les chercheurs n'ont pas dévoilés car la machine ne permet pas de détecter les atomes les plus légers. Et puis, on ne sait pas encore si les hommes de Cro-Magnon ont trouvé leurs produits sous forme de poudre ou de liquide. Ni d'où viennent ces métaux. En tous cas, ces hommes n'ont pas fait que ramasser un bout de charbon ou de boue pour peindre les murs. Ils ont vraisemblablement préparé leur peinture. Ce qui veut dire qu'il y avait, comme aujourd'hui, des artistes dont le travail consistait à dessiner et peindre pour tous les autres. L'art serait-il depuis son origine un métier comme un autre ?


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