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L’Antarctique selon Jean-Baptiste Charcot

En février 1904, l’explorateur arrive en vue du continent. Cette première équipée marquera l’histoire des expéditions scientifiques françaises dans la région.

Portrait Jean-Baptiste CharcotLe regard vers le large. Tout au long de sa vie, Charcot à navigué.
© Library of congress

Le navire avance lentement entre les icebergs. Accoudés au bastingage, les hommes d’équipage sont concentrés. Impossible de relâcher l’attention, sinon c’est le choc avec ces monstres de glaces. Le pont est encombré de matériel en tous genres. Il y a des tas de charbon un peu partout pour alimenter les turbines à vapeur. Cela fait plusieurs jours que Le Français, c’est le nom du navire, évolue dans les eaux antarctiques. Son capitaine : Jean-Baptiste Charcot. A ce moment, tout l’équipage a conscience d’évoluer dans des territoires quasiment inconnus. James Cook (voir notre article James Cook : le cartographe du Pacifique ) a bien contourné le continent dans les années 1770, mais il n’est jamais arrivé en vue de ces terres. Plusieurs hivers passés sur place (par des équipes anglaises, allemandes et suédoises) ont déjà eu lieu sur le continent, mais les cartes sont encore très imprécises. Et puis c’est d’un continent dont il est question. La région qu’aborde le navire, par le nord-est, n’existe pas sur les cartes... A ce jour, seuls quelques baleiniers ou d’éventuels pêcheurs de phoques se sont aventurés dans ces eaux.

Les dates de Charcot

- 1902 Charcot franchit le cercle polaire arctique
- 1904 Premier hivernage en Antarctique
- 1908 Second hivernage en Antarctique
- 1926 Entre à l’Académie des sciences
- 1936 Meurt en mer au large de l’Islande


Le 2 février 1904, dans le silence d’une navigation lente mais intense, Le Français arrive enfin en vue d’un chapelet d’îles au sud-ouest des îles Shetland, situées au nord du continent (En Ecosse).

Immédiatement, Charcot commence le travail de relevé. Les courants, le contour des terres et des rares reliefs doivent figurer sur les nouvelles cartes. L’explorateur français entame là ce qui fera sa marque dans l’histoire des sciences : il est considéré comme le père de l’océanographie moderne et de la recherche polaire française. Médecin de formation, mais initié à la voile dès son plus jeune âge par les pêcheurs de Ouistreham en Normandie, Charcot est de la race des découvreurs. Sur les photos qui restent de lui, son regard, souvent soutenu par un léger sourire, porte loin. Scientifique dans l’âme, mais toujours aventurier dans l’esprit. Il n’aura de cesse durant toute son existence d’allier découverte scientifique et aventure humaine. Détail qui ne gâche rien à l’affaire : il a des qualités incontestables de meneur d’hommes.

Objectifs scientifiques dépassés

La Grand voile de CharcotMise en place de la Grand voile. Charcot a été aussi un meneur d’hommes.
© Freshwater and Marine Image Bank
Ce voyage en Antarctique n’est pas son premier fait d’armes. En 1902, il a franchi le cercle polaire arctique à bord d’une goélette d’une trentaine de mètres de long, Le Pourquoi pas ?. A son retour, il a fait construire Le Français pour cette expédition dans l’Antarctique qui marque l’entrée des français dans l’exploration du continent. Fait marquant, les politiques et les pouvoirs publics s’intéressent peu à l’expédition et c’est Charcot qui finance lui-même en grande partie le voyage.
Au mois de mars 1904, l’équipage s’installe pour hiverner sur l’île Wandel. L’équipe scientifique se met au travail. J. Rey, météorologue, effectue ses premiers relevés magnétiques. A. Matha, commandant en second, s’occupe du marégraphe enregistreur (instrument qui permet de mesurer le niveau de la mer). E. Gourdon, le géologue, prélève des roches tandis que J. Turquet, le naturaliste de bord, naturalise des oiseaux pour constituer une collection de zoologie. P. Pléneau prend des photographies, activité rendue compliquée à cause de la surexposition lumineuse liée à la blancheur de la glace et de la neige. De son côté, l’équipage répare la chaudière. D’autres chassent le phoque et le manchot pour nourrir les chiens de l’expédition. Leur graisse est également utilisée pour faire fondre la glace, ce qui permet d’obtenir l’eau douce.

Le froid est terrible. Malgré cela les travaux scientifiques se poursuivent, comme les recherches bactériologiques. Dans cet environnement austère, Charcot veille à ce que l’ambiance demeure excellente. En décembre, l’équipage regagne l’océan. Il faut d’abord déblayer la couche de neige et scier la glace pour dégager le navire. Le jour de l’appareillage arrive et tout se fait à la voile car la machine à vapeur est de nouveau en panne. Quatre mois plus tard, Le Français arrive en Argentine.
Les objectifs scientifiques de l’expédition sont dépassés : 1 000 km de côtes découvertes et relevées à l’ouest de la terre de Graham, 3 cartes marines détaillées, 75 caisses d'observations, de notes, de mesures, de spécimens et de collections destinées au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, sont ramenées en France. Quatre ans plus tard, en 1908, Charcot repartira en Antarctique pour un second hivernage.
L’homme ne quittera d’ailleurs jamais la mer et les océans. Il disparaît au large de l’Islande en 1936 lors d’une tempête. Avant de sombrer, il libère au dernier moment de sa cage la mouette qui était la mascotte de son dernier navire d’exploration, Le Pourquoi pas ? IV.

Péninsule antarctiquePéninsule antarctique. Une découverte scientifique mais une aussi aventure humaine.
© Nicolas Dubreuil / LookatSciences

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