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Les fossiles victimes de la colère divine ?

Faire appel à Dieu pour expliquer un phénomène géologique ? Aujourd'hui ce serait anti-scientifique. Pourtant, à une époque lointaine science et religion allaient de pair. Exemple avec des fossiles soi-disant témoins du Déluge...


L’été, la plage, les coquillages, et … les fossiles. Un œil professionnel ne loupe pas ces petits morceaux de pierres en forme d’animaux ou de plantes. Il y a des millions d’années, ces pierres étaient des êtres vivants. Ils sont morts dans des conditions permettant leur transformation : au fond de la mer, d’un lac, bref… là où la chimie, la température et la pression sont propices à une telle métamorphose.

Pour nos ancêtres savants, comprendre que ces pierres étaient des êtres vivants "pétrifiés" a pris des siècles !


Nos ancêtres en plein délire

Depuis l’Antiquité, les savants ont inventé de nombreuses théories pour expliquer la nature des fossiles. Certains voyaient dans ces objets des restes de géants, de licornes ou de dragons. Les plus croyants pensaient qu’il s’agissait de créations divines dont la vocation était d’harmoniser le monde ; ou au contraire, l’œuvre du diable cherchant à tromper l’homme. Et pour d’autres, il s’agissait d’espèces de graines tombées dans des crevasses rocheuses puis entrainées dans des canaux souterrains; la pierre aurait alors "poussé" sous la forme d’un animal ou d’une plante.

Au début du XVIIIe siècle, la bataille faisait toujours rage. Il y avait d’un côté les savants croyant au suc lapidifiant, sorte de substance chimique contenue dans la roche, à partir de laquelle se construisaient les fossiles. D’un autre côté, il y avait ceux qui considéraient les fossiles comme d’anciens êtres vivants. Cette dernière idée, toujours valide aujourd’hui, fut évoquée dès l’Antiquité. Et même, reprise par Léonard de Vinci (1452-1519) ! Mais elle a toujours été férocement combattue. Et pour cause…

À cette époque, toute explication d’un phénomène naturel en désaccord avec les dogmes de l’Eglise pouvait provoquer son courroux. Et même celui de la population. Les gens étaient alors très croyants. En trouvant une explication conforme à la Bible, dans l’histoire même du Déluge, les scientifiques du XVIIIe siècle ont fini par convaincre tout le monde. C’est donc une approche religieuse qui a confirmé que les fossiles provenaient d’êtres vivants.

La religion au secours de la science

Johann Jakob ScheuchzerJohann Jakob Scheuchzer, naturaliste, paléontologiste, physicien et géographe d'origine suisse (1672-1733).
© Wikimedia Commons

Imaginez-vous en l’an 1726, dans la campagne suisse. L’un des premiers géologues, Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733), aurait alors pu avoir cette conversation avec l’un de ses disciples

Le disciple : Maître, quelle est donc cette pierre en forme de poisson ?
Scheuchzer : Probablement un héritage du Déluge.
Le disciple : Le Déluge ?!
Scheuchzer : Mais oui mon ami. La Bible raconte que Dieu voulait punir les hommes de leurs vices et leur a fait subir des pluies torrentielles. Un déluge. Le niveau de la mer est monté jusqu’à recouvrir toute la Terre. Les animaux terrestres et les poissons, ont été noyés dans les eaux boueuses. Seuls les couples d’animaux se trouvant sur la grande arche construite par Noé revinrent vivants sur la terre ferme. Ces pierres en forme de poissons sont certainement les cadavres de poissons morts pendant le Déluge !

Aujourd’hui, cette explication biblique semble peu scientifique. Mais, comparée aux anciennes théories, elle a eu l’avantage de reconnaître que les fossiles provenaient d’animaux vivants et non imaginaires.




Il ne "voyait que ce qu’il croyait"
Homo diluvii testis - Salamandre fossileEn 1725, Johann Jakob Scheuchzer vit dans ce fossile le squelette d'un homme tué par le Déluge : l'Homo diluvii testis. Il s'agit en fait d'une salamandre
© Bibliothèque centrale du Muséum national d'Histoire naturelle
Jusqu’au XVIIIe siècle, beaucoup de connaissances actuelles n’étaient pas encore confirmées. Ainsi, on n’avait pas idée de la manière dont se forment les montagnes, on ne savait pas que la surface de la Terre avait évolué au cours du temps, que certaines espèces avaient existé puis disparu, ou qu’elles s’étaient transformées, etc. Avec si peu d’information, nos savants pouvaient alors difficilement comprendre la véritable origine des fossiles.

C’est pourquoi ils se sont trompés, tout comme Johann Jakob Scheuchzer, naturaliste renommé à son époque. Au départ, il croyait les fossiles issus du suc lapidifiant. Finalement, il s’est converti à l’idée que les fossiles étaient des animaux vivants, victimes du Déluge. Pour appuyer sa façon de voir, il lui manquait une preuve formelle : puisque l’homme était victime, et même responsable, de la colère de Dieu, il devait y avoir quelque part des fossiles d’humains. Lorsqu’on lui apporta, en 1725, un fossile doté de très larges orbites (les loges des yeux), sans jambes et avec de nombreux os à la tête, il le décrivit comme… le squelette d’un homme  tué par le Déluge ! Le dicton affirme "qu’on ne croit que se que l’on voit", Scheuchzer, lui, ne "voyait que ce qu’il croyait".

Heureusement, grâce aux progrès de l’anatomie, Georges Cuvier (1769-1832) montra en 1809, que l’Homo diluvii testis (l’homme témoin du Déluge) de Scheuchzer était en fait… une gigantesque salamandre !

A RETENIR

  • Jusqu’au XVIIIe siècle, l’origine des fossiles était méconnue et les savants avaient des explications extravagantes ;
  • Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733) fut l’un des premiers naturalistes à se spécialiser dans la géologie ;
  • C’est l’histoire du Déluge racontée dans la Bible qui a permis aux hommes de reconnaître que les fossiles étaient d’anciens êtres vivants et non imaginaires.

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