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Archives départementales : que vive la mémoire !

  • Posté le : Lundi 30 Avril 2007
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  • par : V. Gaullier
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  • Expert : F. Bazzoni
  • Actualisé le : Lundi 10 Décembre 2012
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Un contrat de mariage du XVIIe siècle, de vieilles disquettes de la société IBM, des copies de plans cadastraux : on trouve de tout dans un service d'archives. Visite des Archives départementales de l'Essonne, au royaume des généalogistes…

Archivistes départementaux au travailLes missions des archivistes sont de collecter, préserver, étudier et valoriser les archives anciennes et contemporaines.
© Yves Morelle/ AD91

Le discours d’inauguration de la ville nouvelle d’Evry, une disquette "8 pouces" concernant l’activité 1982/1983 du service de la voirie du canton de Longjumeau, ou encore le tableau des marchés publics pour la législature 1993/1995… Pour un archiviste, tous ces objets méritent attention. Et pas seulement les actes notariés ou les copies de plans cadastraux. "C’est bien le problème, déplore Frédérique Bazzoni, directrice des Archives de l’Essonne, personne n’a vraiment conscience que tout ou presque peut prétendre finir chez nous." Aussi prend-elle souvent son bâton de pèlerin pour aller prêcher la bonne parole hors du domaine de Chamarande où se situent les Archives de l’Essonne. Sa destination la plus fréquente : les services des administrations, "le coeur de ma mission".

Mais aussi le secteur privé - le département accueillant sur son sol quelques sociétés marquantes de notre histoire industrielle : IBM pour l’informatique, la Snecma pour les moteurs d’avion, etc.

C'est le fruit de ces récoltes successives, auxquelles s’additionnent les dépôts volontaires, qui font la richesse des archives. Qu’elles soient départementales ou nationales d’ailleurs. "Nous ne sommes pas là pour préserver un trésor que l’on ne verra jamais précise Frédérique Bazzoni. Mais avant de mettre à disposition ce trésor, il faut classer toutes ces pièces et faire ressortir les plus intéressantes." Afin que le public qui hante les salles de lecture puisse en profiter.  

01.La mission de l'archiviste

Les archivistes ont toujours des histoires à raconter. Frédérique Bazzoni ne fait pas exception : "Les Darblay, une vieille famille d’industriels originaire du département, nous ont fait don, [en 2006, ndr], d’une quantité importante de documents, après avoir vendu leur propriété de Saint-Germain-lès-Corbeil. Les pièces les plus anciennes, trouvées par les Darblay à leur arrivée dans cette propriété, étaient au fond de quelques vieux cartons. C’était les archives de la seigneurie du Val Coquatrix, un des plus importants domaines du village de Saint-Germain-le-Vieil-Corbeil (XIIIe siècle) : des minutes de procès, des titres de propriétés, des plans d’arpentage,…".

Face à de tels documents, comme devant cArchiviste en salle de triArchiviste en salle de tri. Neuf dixièmes des documents ne passent pas cette première étape. Les documents pouvant être étudiés par les historiens sont les seuls jugés pertinents, et donc conservés.
© Yves Morelle/ AD91
eux qui arrivent régulièrement dans les locaux des Archives départementales, la question est toujours la même : les garde-t-on ? Elle se pose également devant le matériel que les archivistes rapportent de leur quête dans tous les services publics. "Pour les archives de la seigneurie du Val Coquatrix, la réponse est évidente : on garde tout ! ", sourit la directrice des archives. Pour le reste, il faut trier et éliminer "ce qui n’intéresse pas l’histoire du département et ne présente pas un intérêt pour la recherche historique." En fait, neuf dixièmes des documents ne passent pas cette première étape de classement. Cela peut paraître une hérésie - une réaction de la part des historiens que Frédérique Bazzoni rencontre beaucoup -, mais comme elle le rappelle : "Le but d’un service d’archives n’est pas de tout préserver, il est de faire en sorte aussi qu’elles puissent être étudiées après une sélection pertinente. Il faut donc trier." Sinon mille vies d’historien n’y suffiraient pas.

Comment s’y prendre ? Chaque cas est particulier. Parmi les réponses aux appels d’offres pour la construction d’un collège à Massy, n’est gardée que celle retenue par le département. Les autres se voient décerner un très officiel "bordereau d’élimination". Et puis poubelle. Pour les autres documents, une fois le tri réalisé, vient l’étape du reconditionnement : les vieux papiers kraft sont éliminés, on se débarrasse aussi des moisissures. Si besoin est, les documents les plus abîmés sont restaurés ou désinfectés dans des laboratoires spécialisés, en Essonne ou ailleurs. Puis il faut classer. Il existe des "cadres de classement" pour les archives départementales, sortes de plans identiques pour tous les services d’archives départementaux : les documents antérieurs à 1800 sont classés dans des séries identifiées de A à L, A pour les "actes du pouvoir souverain", L pour les "administrations et tribunaux d’époque révolutionnaire", etc.

02.Des visiteurs de tous horizons

Archives départementales 91 - Magasin série Archives départementales de l'Essonne. Vue du magasin stockant les archives de la série "A", c'est-à-dire les "Actes du pouvoir souverain". Les documents antérieurs à 1800 sont classés dans des séries allant jusqu'à "L" : "Administrations et tribunaux d'époque révolutionnaire".
© Yves Morelle/ AD91
Après le classement, vient le temps de la mise à disposition. Aujourd’hui, près de 80 % de l’activité des salles de lecture est le fait des généalogistes amateurs. Contre 60 % il y a 15 ans. Une montée en puissance qui s’est traduite aussi par une évolution du profil de ces amateurs. On trouve toujours le vieil homme penché sur son arbre généalogique ou le monomaniaque en quête d’un éventuel lignage royal. Mais ce sont surtout les requêtes qui se sont enrichies. "La demande d’un visiteur va porter davantage aujourd’hui sur l’histoire complète de la famille, sur ce qu’était le métier d’un grand-père, sur l’école d’un aïeul vivant au début du XIXe siècle...”, rapporte Frédérique Bazzoni.
En général, ce besoin de savoir coïncide avec un temps libre nouvellement disponible. Le portrait type du généalogiste amateur est un homme de 60 ans, plutôt retraité, sans contrainte professionnelle ou familiale, ce qui lui permet de rester 8 à 9 heures durant dans une salle de lecture.

Les 20 % restants de l’activité des archives départementales sont le fait de personnes venues par nécessité. Elles recherchent un document administratif du début du siècle dernier, des minutes de procès des années soixante-dix, un certificat d’études ou de travail… pour leurs affaires, personnelles ou professionnelles. Les chercheurs, eux, se font de plus en plus rares.
Ces visiteurs utilisent ces documents d’archive, devenus facilement accessibles par la magie du classement. La base de données "Clara91" permet ainsi une recherche approfondie sur la totalité des fonds, sur le Net. La révolution des technologies de l’information et de la communication (TIC), est passée par là !

03.Numérique : foutu progrès !

Carte perforée du Registre du CommerceLa carte perforée fut le premier support informatique d'entrée-sortie et de mémorisation de masse. Elle a progressivement disparu entre 1970 et 1990, notamment du fait de l'apparition des disquettes souples de format "8 pouces", plus performantes.
© Yves Morelle/ AD91
Langages Fortran, Basic, 4D ou Haskell,… sur support "bande magnétique", "disquette 5 pouces 1/4" ou "8 pouces". Avec autant de supports et de langages informatiques différents, ce n’est pas si facile de rendre accessible l’information conservée. Faut-il garder les multiples générations d’ordinateurs ? Un vrai casse-tête, comme en témoigne le verdict de Frédérique Bazzoni : "Ne me parlez pas de dématérialisation de l’information ! C'est l'inverse qui se produit : avec les technologies de l’information, il y a en fait de plus en plus de matériel avant d’accéder à l’information…et de plus en plus de papier imprimé ! "

Sur la question du langage informatique, la réponse de l’archiviste est simple : c’est à celui qui désire étudier l’archive de la rendre lisible, à lui de trouver un polyglotte de l’informatique pour pouvoir l’exploiter. En revanche, sur la question du support la réponse touche directement aux prérogatives de l’archiviste, puisqu’il se doit de conserver un document qui puisse être étudié demain ou dans trente ans. La solution employée est de faire migrer régulièrement les fichiers vers le dernier support en vigueur. Aujourd’hui le CD ou le DVD. Mais attention : pas n’importe quel CD. Et pas n’importe quelle gravure. Et pas n’importe quel format d’encodage. Et pas n’importe quelle signature numérique. Etc. Bref, c’est un véritable casse-tête qui pose de vrais problèmes régulièrement soulevés par la communauté des archivistes.

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