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Pierre Contant d'Ivry : architecte de jardins et d'intérieurs

Vous ne le connaissez peut-être pas et pourtant Pierre Contant d’Ivry a marqué le siècle des Lumières. Cet architecte avait pour particularité de créer aussi des jardins. Il a notamment dessiné celui de Chamarande, et son étonnant potager, plus esthétique qu'utilitaire !

Portrait de Pierre Contant d'IvryPierre Contant d'Ivry, artiste du siècle des Lumières, laissa une trace unique dans les domaines de l'architecture, l'art des jardins et l'ornementation.
© Yves Morelle/AD91

Peut-être n’avez-vous jamais entendu prononcer le nom de Pierre Contant d’Ivry… Pourtant, on doit à cet architecte, également dessinateur de jardins, l’hôtel de Crozat - qui abrite aujourd’hui à Paris le célèbre Ritz -,Escalier du Conseil d'ÉtatEscalier réalisé par Contant d'Ivry en 1765, au Palais-Royal (Paris). Lorsque ce lieu servait de résidence parisienne à la famille d'Orléans, il menait aux appartements de la duchesse d'Orléans. Il est désormais situé au cœur du Conseil d'État.
© Yves Morelle/AD91
la façade nord et l’escalier monumental du Palais-Royal, le parc du château d’Arnouville, dans l'Oise, et le château d’Heilly, dans la Somme. On lui doit également les aménagements souterrains de la place de la Concorde et il a posé la première pierre de l'église de la Madeleine, au cœur de la capitale (même si son projet a finalement été abandonné au profit d'un autre).

Artiste célèbre au XVIIIe siècle, Pierre Contant d’Ivry a laissé une trace unique dans l’histoire de l’architecture, de l’art des jardins et de l’ornementation, en produisant des liens inédits entre ces différentes disciplines, mais aussi entre les styles et les techniques de son époque.

Un certain nombre de manifestations ont récemment fait revivre la mémoire de ce talentueux personnage. Au cœur de l’Essonne, le domaine de Chamarande - une des plus belles réalisations de Pierre Contant d’Ivry - s'attache ainsi depuis plusieurs années à faire connaître l’artiste et réhabiliter son oeuvre. En 2006, une importante exposition a été consacrée au personnage en partenariat avec les Archives départementales, qui a permis de mettre au jour certaines de ses œuvres, disséminées dans la France entière. Régulièrement, des manifestations comme le week-end Rendez-vous aux jardins (en juin) ou les Journées européennes du patrimoine (en septembre), sont l'occasion de reparler de cet architecte des Lumières.

01.Architecte du Roy

Fontaine de BizyLes jardins du château de Bizy (Vernon, Eure) furent aménagés vers 1741 par Pierre Contant d'Ivry pour le maréchal de Belle Isle.
© Yves Morelle/AD91
C'est au sein d’une famille de vignerons et de jardiniers d’Ivry-sur-Seine que naît, le 11 mai 1698, Pierre Contant d'Ivry. Doué pour le dessin et l’architecture, il devient l’élève du célèbre peintre Antoine Watteau et de Nicolas Dulin, architecte des bâtiments du roi.

À l’âge de 30 ans, il est membre de seconde classe de l’Académie royale d’architecture, et acquiert ainsi la distinction officielle d’architecte du Roy. Un titre prestigieux, qui ne signifie pas que l'on travaille seulement pour le roi, mais qui permet d'œuvrer pour les plus grands ! Dès 1724, l’architecte décorateur travaille sur différents projets, dont l’agrandissement de l’hôtel de la Tour du Pin de Gouvernet, rue Royale, à Paris.

Durant les premières années de sa carrière, Contant d’Ivry œuvre exclusivement dans la capitale. Mais rapidement il agrandit son champ d'action. Le marquis de Gouffier s’attache ses services dès 1737 en vue de réaliser les jardins de son domaine d’Heilly, dans la Somme. L’année suivante, le prince de Bourbon-Conti et le maréchal de Belle-Isle lui confient le même travail dans leurs domaines respectifs de Stors (Val d’Oise) et de Bizy (Vernon - Eure).

Certaines des plus hautes personnalités de la cour font, elles aussi, appel à cet architecte, ornemaniste (spécialiste du dessin ou de l'exécution de motifs décoratifs) et créateur de jardins. "En 1737, c’est le comte Louis de Talaru, un proche de la famille royale, et maître d’hôtel de la reine qui lui demande de réaménager son domaine de Chamarande" explique Agnès Grig, attachée de conservation du patrimoine au domaine de Chamarande. Il s’agit alors de rivaliser avec le domaine de Bizy, qui a la réputation de "petit Versailles", et où se rendent quelquefois Louis XV et la Pompadour, célèbre maîtresse du roi.

Passionné par cette entreprise, l’architecte s’emploiera à résoudre différents problèmes d’irrigation et de drainage des eaux au travers du domaine (création de canaux et d’un important réseau hydraulique permettant d’alimenter le potager et les fontaines...). Cette expérience lui resservira. Ainsi, la place de la Concorde à Paris doit beaucoup à la maîtrise technique de Contant d'Ivry pour les questions d’aménagements hydrauliques. Entre 1748 et 1753, il participe aux concours destinés à l’aménagement de cette place ; il n'est finalement pas retenu, mais une de ses idées clefs est reprise par Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi : la constitution de fossés avec balustrades destinés à drainer le terrain, marécageux à cause de la proximité de la Seine.

Coupe de l'église PanthemontCertaines des réalisations architecturales de Pierre Contant d'Ivry seront présentées dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, telle cette coupe de l'église Panthemont de Paris.
© Yves Morelle/AD91
En 1751, Contant d’Ivry est enfin reçu "architecte de première classe" à l’Académie royale d’architecture. Ce statut prestigieux l’autorise à prendre en charge des élèves, parmi lesquels Guillaume-Martin Couture, François-Joseph Bélanger ou, plus connu aujourd'hui, Claude-Nicolas Ledoux. L’année suivante, Louis-Philippe d’Orléans lui commande le réaménagement du Palais-Royal. C’est ensuite au Danemark et en Italie que l’on retrouve trace de son style si particulier…

"Dès 1762, les réalisations d’architecture de Contant d’Ivry, les aménagements du Palais-Royal, ainsi que certains de ses projets encore en phase de préparation, sont présentés dans la fameuse Encyclopédie de Diderot et d’Alembert sous forme de gravures commentées", souligne Agnès Grig.

Au sommet de sa carrière, en 1757, c’est le projet monumental de la future église de la Madeleine qui est confié à Pierre Contant d’Ivry. Hélas lorsqu’il décède, en 1777, seules les fondations sont creusées. Le projet sera repris et très largement modifié par Guillaume-Martin Couture, un de ses anciens élèves qui y fera construire un édifice inspiré de l'église Sainte Geneviève, de style néo-classique.

02.Le style unique de Pierre Contant d'Ivry

Moulure d'un escalier (détail)Détail d'une moulure d'un escalier de l'hôtel d'Évreux décoré par Pierre Contant d'Ivry.
© Yves Morelle/AD91
Pierre Contant d’Ivry a dix-sept ans lorsque s’éteignent le Roi Soleil (1638-1715) et, avec lui, plusieurs décennies d’histoire de l’art dominées par les concepts d’ordre et de mesure, la ligne droite et d’incessantes références à l’Antiquité. Dans un mouvement de rupture avec le passé apparaissent, sous la Régence, des formes légères, naturelles, évocatrices de plus de liberté, dont le peintre Antoine Watteau, maître de dessin de Contant d’Ivry, reste le plus célèbre représentant.

Lorsque Contant d’Ivry achève sa formation, cette esthétique - utilisant des formes figuratives végétales et animales (feuilles, fleurs, tiges, coquilles) - est en passe de triompher des dernières manifestations du classicisme : c’est l’art "rococo", ou "rocaille" : un terme qui renvoie aux concrétions de coquillages et de roches décorant les fontaines et les grottes artificielles.

Si les premières décorations conçues par l’ornemaniste sont des chefs-d’œuvre du genre, il a cependant à cœur de ne pas renier l’héritage classique. Son style personnel s’affirme vite comme une variation particulière de l’art rocaille, où des éléments d’ornementation très caractéristiques (coquilles, fleurs, guirlandes, volutes, palmettes ou lyres, toujours très détaillées) encadrent les lignes plus sobres des édifices.

Buffet d'eau à ChamarandeLe buffet d'eau du domaine de Chamarande fut dessiné par Contant d'Ivry en 1749. Fréquemment restauré, il a perdu son décor sculpté originel. Les deux œuvres de sa partie haute sont postérieures à 1913 (copies de sculptures des jardins de Versailles).
© Yves Morelle/AD91
Cette habileté à conjuguer les styles autorise l’architecte à des combinaisons audacieuses. "Dans les nouveaux bâtiments édifiés dans le parc de Chamarande pour Louis de Talaru, comme l’orangerie, l’auditoire ou le pavillon du Belvédère, Pierre Contant d’Ivry est parvenu à préserver une certaine homogénéité avec le style Louis XIII du château en ayant recours à la brique et la pierre", constate Agnès Grig. L’artiste excelle aussi dans les travaux de réaménagement de bâtiments anciens, comme le démontre le travail de rénovation effectué à partir de 1738 dans deux hôtels particuliers de la place Vendôme, les hôtels d’Évreux et Crozat.

Contant d’Ivry garde-t-il par ailleurs à l’esprit que les modes sont éphémères ? Et que le classicisme d’antan ou l’un de ses avatars reviendra certainement, tôt ou tard, reprendre la place alors tenue par l’art rocaille ? De fait, dès le début des années 1750, de nouvelles théories esthétiques remettent au goût du jour l’usage de lignes pures et dépouillées et l’idée d’un "beau" et d’une "harmonie" absolue.

L’avènement de ce "néoclassicisme" n’entame donc pas le prestige de l’architecte. L’ensemble des travaux réalisés jusqu’alors apparaissent très vite comme un véritable "trait d’union" entre les décennies "rocailles" et ce nouvel âge de l’histoire de l’art. Certains parmi les plus farouches défenseurs des nouvelles théories de la "belle architecture française" et du style Louis XVI - au nombre desquels l’architecte et urbaniste Pierre Patte - reconnaîtront d’ailleurs l’élégance et l’originalité des œuvres de l’artiste.

Exemples de mouluresExemples de moulures créées par Pierre Contant d'Ivry pour l'hôtel Castanier, l'hôtel Matignon, et dans le salon blanc à Chamarande. Elles utilisent un ensemble de figures végétales et animales typiques de l'art "rococo".
© Yves Morelle/AD91

Homme du lien entre les styles, Pierre Contant d’Ivry est plus encore celui de l’union entre les arts. Comme nous l’explique Marion Rouet, spécialiste des jardins du XVIIIe siècle, "Contant d’Ivry a introduit des éléments d’architecture dans les jardins et potagers. On retrouve les mêmes formes "rocailles", courbes et contres courbes utilisées dans les décors du château de Chamarande, dans le tracé du parc ou la forme de son buffet d’eau (succession de fontaines et de cascades adossées contre un mur)."

Par-delà les formes, c’est aussi l’esprit même des arts "classique" et "rocaille" que le créateur de jardins parviendra à mêler. Certaines de ses œuvres constituent en effet un compromis parfait entre des préoccupations esthétiques et fonctionnelles. " Contant d’Ivry aborde la question des jardins comme il le ferait pour un projet d’architecture, en considérant que chaque détail à son importance, complète Marion Rouet. Aussi, lorsqu’il dessine le domaine de Chamarande, il ne laisse pas de côté la question du jardin potager. Le vocabulaire employé dans les plans du potager est d’ailleurs celui d’un jardin d’ornement. En somme il peut être défini comme… un architecte de jardins et d’intérieurs !" Une formule que n’aurait certainement pas désavoué l’artiste.

03.L'exemple du domaine de Chamarande

Depuis 2000, d’importants travaux de réhabilitation du domaine de Chamarande ont permis de restituer les formes imaginées par cet artiste au temps des Lumières. Glacière à ChamarandeGlacière construite en 1742 par Contant d'Ivry. Creusée dans le sol, elle permettait de rafraîchir les boissons ou de confectionner des sorbets, et servait de réfrigérateur naturel.
© Yves Morelle/AD91
C’est ici que, dès 1737 et durant plus de vingt ans, Pierre Contant d’Ivry officia pour le riche comte Louis de Talaru, aménageant de nombreuses parties du château : six appartements et un salon blanc décoré de moulures rocailles, rehaussées d’or.

Selon la mode de l’époque, Contant d’Ivry fait creuser dans la partie haute du parc une glacière, profonde cuve destinée à collecter la glace de l’hiver pour pouvoir offrir boissons fraîches et sorbets tout l’été. Il transforma également l’ancien parc en un jardin d’agrément. Sous Louis XV, les jardins sont nouvellement considérés comme des lieux de divertissement et de plaisir propices aux jeux et aux fêtes galantes. Afin d’abriter réceptions, jeux et concerts, des "fabriques" sont édifiées le long des sentiers. Ainsi, le pavillon du Belvédère est une halte, notamment destinée aux rendez-vous galants, offrant un point de vue unique sur la campagne environnante. D’importantes zones sont aussi aménagées pour le repos des visiteurs ou leur divertissement, parmi lesquelles un grand "jeu de l’oie", longue allée en spirale plantée de houx et divisée en soixante-quatre segments (les cases du jeu) aboutissant à un kiosque ombragé. Les invités, devenus pions le temps d'un après-midi, évoluaient sur cet imposant plateau, peut-être au rythme des tirages des dés...

Jeu de l'oie dans le domaine de ChamarandeJeu de l'oie reconstitué en 1999 d'après un projet aquarellé de Contant d'Ivry daté de 1742. Construit en 1752, l'espace était organisé en spirale et comportait 63 cases. À l'emplacement de chaque niche était figurée une stèle supportant des sculptures.
© Yves Morelle/AD91
Entre 1994 et 2000, des dessins originaux de Contant d’Ivry ont permis au paysagiste Jacques Sgard de recréer ce jeu de l’oie, particulièrement représentatif de l’esprit et des mœurs de la société aristocratique de l’époque. Déjà dans les années quatre-vingt-dix, l’orangerie et son imposante charpente en bois de châtaigner chevillée à la main avait pu être restaurée. En 2005, les sources situées dans les hauteurs du domaine recommençaient à alimenter l’imposant buffet d’eau de 1743...

En 1991, ce fut au tour d’un jardin potager situé en surplomb du château de revoir le jour "sur un site littéralement en friche, qui servait parfois de parking" se souvient Agnès Grig. Autrefois y poussaient pourtant pois, artichauts, asperges, choux-fleurs, navets, céréales et fraises, en quantité suffisante pour tout le domaine, et des primeurs qui faisaient la fierté du propriétaire. "La grande originalité de ce potager, explique Marion Rouet, réside en effet dans son tracé : des carrés, organisés dans un ensemble, dont la vocation est essentiellement esthétique et non plus exclusivement utilitaire - contrairement au potager du château de la Roche-Guyon, conçu en 1736 et d’un profil pourtant similaire. Nous avons ici le cas rarissime d’un potager dont les plans sont signés de la main d’un architecte. Il suit, comme l’ensemble du parc, le principe d’un véritable jardin paysage."

"Le tracé des allées conçu par Contant d’Ivry devait amener le visiteur à découvrir telle ou telle partie du château et du parc, complète Agnès Grig. Ce lieu était vécu comme un espace d'où l'on voit et où l'on est vu. En recréant ces vues très cadrées sur le domaine, c’est principalement cet aspect du potager qui a été réhabilité." En effet, aucune plante potagère n’a été replantée. "L’objectif est plus une restitution qu’une réelle restauration. Ce lieu est aujourd’hui un espace de promenade, qui pourra se muer de temps à autre en une véritable scène de théâtre et un lieu ouvert aux interventions d’artistes et de paysagistes."

En 2005, le domaine de Chamarande a reçu le label "jardin remarquable" délivré par le ministère de la Culture.

L’œuvre de Pierre Contant permet à chacun une traversée passionnante du XVIIIe siècle et de l’histoire de ses arts. À la faveur d’un dimanche ensoleillé, flânant dans les rues de Paris ou cheminant au cœur des jardins de France, il ne tient plus qu’à vous de découvrir le patrimoine légué par ce fameux artiste des Lumières… dont vous connaissez désormais le nom !


Contacts : Domaine départemental de Chamarande - Centre artistique et culturel. 38 rue du Commandant Arnoux, 91730 Chamarande. Tél. :01 60 82 52 01

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