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La dernière demeure de Foujita

En 1991, Kimyo Foujita fait don au Conseil Général de l'Essonne de la maison atelier de son époux, le peintre Léonard Foujita. Après une restauration exemplaire, ce lieu de mémoire est ouvert au public. Cette donation est complétée par 5 tableaux qui permettent de comprendre la technique du peintre

Portrait de Léonard FoujitaLéonard Foujita (1886-1968).
© Conseil général de l'Essonne

En 1960, lassé des mondanités de sa jeunesse et de ses voyages autour du monde, le peintre franco-japonais Léonard Foujita s'établit à Villiers le Bâcle, en vallée de Chevreuse, dans une maison paysanne du XVIIIe siècle. Il y emménage l'année suivante avec son épouse Kimyo, jusqu'à sa mort en 1968. Sa veuve en fait don au Département de l'Essonne, en 1991. Selon le vœu de l'artiste, ce lieu de mémoire a été inauguré, après restauration, en septembre 2000.

Cette ouverture au public est l'aboutissement du travail effectué par l'équipe du Service du Patrimoine du Conseil Général. Le parti adopté pour cette restauration s'apparente à une démarche “archéologique”. “Pour mener à bien la restauration de cette maison de poupée de trois étages, sur une superficie de 60m au sol, il a fallu procéder à la manière d'un chantier de fouilles”, explique Anne Le Diberder, chargée de mission au Service du Patrimoine. Des relevés, un inventaire photographique et documentaire ont abouti à une campagne de restauration originale, puisqu'elle a porté sur des matériaux modernes tels que de l'adhésif Vénilia. L'ensemble qui comprend, entre autres curiosités, un mobilier de cuisine en formica, a été inscrit au titre des objets mobiliers à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
Le résultat va au-delà de ce que l'on peut découvrir dans bien des ateliers. Fresque sur la crucifixionSur l’un des murs de la maison de Foujita, cette peinture qui préfigure la fresque qu’il réalisera plus tard pour la chapelle de Reims.
© Laurence Godart / CG91
Chez Foujita, c'est l'univers d'un peintre hors du commun qui se révèle, depuis ses sources d'inspiration –les multiples objets et souvenirs-, jusqu'à sa démarche artistique, que l'on peut suivre, étape par étape, grâce aux esquisses préparatoires de la fresque conçue pour son projet de chapelle à Reims. Une partie de ces essais, grandeur nature, ornent le pignon ouest de l'atelier. Dans cette maison éclate l'originalité d'un artiste qui a su synthétiser en un art original les sources de la tradition japonaise, avec le modernisme de l'Occident qu'il avait adopté.

Le talent de Foujita se révèle de la même manière à travers les cinq œuvres monumentales données au Département en 1994 par Madame Foujita. En cours de restauration, ces toiles (quatre de 3 mètres sur trois, dont un diptyque, et une autre, inachevée, de 2 mètres sur 3) avaient été réalisées en 1928 pour l'Année du Japon en France et jamais réexposées depuis. Représentant des compositions complexes de personnages féminins et masculins et d'animaux en cage, elles permettent de saisir le talent de l'artiste. Le travail de restauration et notamment, l'expertise scientifique de ces œuvres permet notamment de comprendre de quelle manière Foujita réalisait ses fonds blancs. D'ores et déjà, la première partie du diptyque, la “Composition au Lion”, qui était la moins altérée, a été exposée à Chamarande, puis à Dinard, à l'occasion d'une exposition consacrée à l'artiste. La deuxième partie du diptyque est en cours de restauration, et la campagne devrait s'achever en 2007, au moment même où s'ouvrira une exposition consacrée au peintre au Japon.


Maison atelier Foujita
7, route de Gif
91190 Villiers-le-Bâcle
Téléphone : 01 69 85 34 65
Les visites se font sur rendez vous.

01.Une demeure à Villiers le Bâcle

Lorsque, en 1991, le Département de l'Essonne hérite de la maison atelier de Foujita, c'est un véritable casse-tête qui se présente à l'équipe du service du Patrimoine du Conseil général. Cette donation a été effectuée par la veuve du peintre, à la condition expresse, et c'était l'intention de Foujita lui-même, que l'habitation soit ouverte au public. Problème : La maison de FoujitaLa maison de Foujita, à Villiers-le-Bâcle qui, selon son souhait, est aujourd’hui ouverte au public.
© Laurence Godart / CG91
cette maison de poupée de trois étages, sur une surface au sol de 60 m2, contenait les objets les plus divers, quelques œuvres d'art, de nombreux souvenirs de voyage, mais aussi des objets de la vie de tous les jours, dont un bon nombre avaient été destinés à la poubelle par madame Foujita… “bref, tout ce que l'on trouve lorsqu'on hérite de la maison de son grand-père”, indique avec humour Anne Le Diberder, conservatrice déléguée et chargée de mission au Service du Patrimoine.
Autre difficulté pour les équipes du Conseil Général : si Foujita a été une véritable star durant les Années Folles, ce mondain, peintre de commande, soupçonné d'avoir soutenu l'armée impérialiste nippone durant la deuxième guerre mondiale, mais blanchi ensuite, est peu apprécié en France, voire oublié. L'objectif était donc clair : au-delà de la restauration de sa maison, il s'agissait de réhabiliter l'image d'un peintre à la personnalité hors du commun, dont l'œuvre, même si elle est disparate et s'affaiblit à la fin de sa vie, présente un intérêt pictural évident.

02.Foujita, la diva des Montparnos

Avant de se retirer dans sa petite maison du fond de l'Essonne, le peintre a connu une destinée des plus originales. Foujita Tsuguharu est né à Tokyo en 1886. Fils d'un général de l'armée nipponne, élève de l'école de Beaux Arts de Tokyo, section peinture occidentale, il est promis à devenir le premier peintre du Japon, mais rêve d'être le premier à Paris. Il s'y installe en

1913, et côtoie tous les grands artistes de son temps : Modigliani, Picasso, Fernand Léger, Desnos, Cocteau…Le tour du monde de FoujitaAu sommet de son succès, Foujita entame un tour du monde qui durera trois ans.
© Conseil général de l'Essonne
Figure du Tout-Paris des années folles, Foujita devient très vite célèbre, au point que son style fait l'objet d'imitations. Car le style Foujita est particulièrement original : une sorte de synthèse des arts asiatiques et occidentaux, caractérisé par des lignes épurées, des modelés mats et laiteux se découpant sur des fonds d'or ou sur des aplats blancs nacrés ou crayeux, peints à l'huile, sur lesquels il trace ses figures, comme sur une feuille de papier. Les thèmes sont récurrents tout au long de son œuvre : nus féminins, chats, et portraits. Foujita connaît rapidement le triomphe, et, tout en s'intéressant à l'art mural et décors peints, répond à la demande de riches command.

Au sommet de son succès, Foujita entame un tour du monde qui durera trois ans, en compagnie de sa quatrième compagne Madeleine, une jeune danseuse qui décédera brutalement au Japon, où le couple s'était installé fin 1933. Remarié avec Kimiyo, sa dernière épouse, Foujita revient en France en 1938, mais est obligé de repartir au Japon deux ans plus tard. Il participera à l'effort de guerre, en tant que dessinateur pour l'armée japonaise, puis en tant que conseiller culturel à Hanoi. Mis en cause lors des procès de Tokyo, l'équivalent asiatique des procès de Nuremberg, le peintre, blanchi par le général Mac Arthur, quitte le Japon pour les Etats-Unis, et rentre en France en 1951 grâce à l'intervention de René Coty.
Son attachement à la France est tel qu'il en choisit la nationalité en 1955. Fasciné depuis toujours par l'art de la Renaissance – il prendra pour prénom de baptême celui de Léonard- il se convertit au catholicisme le 20 août 1959 à la cathédrale de Reims. Détail : l'office, assuré par le cardinal Daniélou est retransmis en Eurovision ! Et c'est en 1960 qu'il se retirera à Villiers le Bâcle, où il mourra huit ans plus tard.itaires pour des portraits privés.

03.La maison atelier : une œuvre d'art globale

Pour restaurer la maison de Foujita et respecter ses intentions, le Département a décidé de considérer la totalité de l'habitation comme une œuvre d'art. D'autant que contrairement à bien des ateliers d'artistes, celui de Foujita révèle de nombreux indices sur sa démarche artistique et sa manière de peindre. Le salon de FoujitaLa maison de Foujita recèle de multiples souvenirs rapportés de ses voyages dans le monde entier.
© Paul Almasy / CG91
Nous avons procédé de la même façon que sur un chantier de fouilles archéologiques, raconte Anne Le Diberder. Un inventaire photographique complet a été réalisé, et des relevés poussés ont été effectués, faisant état de tous les détails architecturaux, usure, fissures, jusqu'aux trous et aux clous laissés par ce bricoleur qu'était Foujita”.
Après ces travaux préparatoires, et quelques péripéties administratives, il est décidé que la restauration de l'atelier sera effectuée par les services du Conseil Général. “Cette campagne de restauration n'a pas du tout été classique, confirme Anne Le Diberder. Un exemple : nous avons été conduits à nous intéresser à la restauration de papier Vénilia. De même, nous avons dû faire inscrire la maison, dont le contenu comprenait, entre autres, la table et les éléments muraux en formica qui meublaient toutes les cuisines des années 60, à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques”. Notons au passage que dans cette aventure, les membres de l'équipe du service du patrimoine ont acquis des compétences sur ces lieux de mémoire, qui leur permet à présent de s'attacher à la restauration de la maison de Jean Cocteau, à Milly la Forêt.
Ouverte au public depuis les journées du Patrimoine de septembre 2000, la maison de Villiers le Bâcle, en rendant accessible l'univers privé du peintre au visiteur, révèle les sources d'inspiration d'un peintre hors du commun. L'atelier, véritable cabinet de curiosités, recèle souvenirs de voyages, objets religieux et populaires d'Amérique Latine, coquillages et galets, reproductions d'œuvres, mais aussi œuvres d'art comme cette sculpture des Nouvelles Hébrides. A cet ensemble hétéroclite, s'ajoute la fresque du pignon ouest de l'atelier, une série d'esquisses, toutes datées, qui constituent une part importante de l'œuvre que Foujita avait conçu à la fin de sa vie pour la chapelle de Reims. Cet ensemble permet ainsi au public de mieux comprendre son cheminement artistique.

04.Une importante campagne de restauration

Ces toiles, et surtout la plus petite d'entre elles, une composition inachevée montrant le travail préparatoire à un fond d'or, constituent une précieuse source d'information pour comprendre les techniques de l'artiste. Ici, éclate le talent de Foujita. Partie du dyptique de FoujitaL’un des dyptiques de Foujita avant restauration.
© Service du Patrimoine culturel / CG91
Le génie du trait d'un peintre qui s'exerçait d'abord sur des calques, avant de dessiner directement à main levée sur le fond de sa toile. Et cette alchimie créatrice mêlant les deux cultures : l'huile sur toile française, et les modelés, l'utilisation de l'encre et les fonds nacrés nippons. Foujita, bricoleur de génie utilisait-il de la nacre, du talc ou encore un autre matériau mystérieux pour obtenir ces fonds si caractéristiques de son œuvre ? L'expertise scientifique en cours permettra sans doute de lever le voile sur les procédés qu'il utilisait.
Pour l'ensemble des œuvres, une importante campagne de restauration a été lancée, en collaboration avec les services de l'Etat puisque ces tableaux sont classés au titre des Monuments Historiques. Cette campagne a débuté en 2003 par l'œuvre la moins altérée : le diptyque intitulé “Grande Composition”. Une fois restaurée, la partie gauche de l'ensemble, la “Composition au lion” a été vue à Chamarande par quelque 3000 visiteurs. La seconde partie, la “Composition au chien”, est en cours de restauration et sera sans doute visible d'ici la fin 2004. La totalité des toiles devraient être restaurées d'ici 2007, au moment où une grande exposition Foujita devrait se tenir au Japon.

Contrôle d'une oeuvreAprès restauration, chaque œuvre est soigneusement contrôlée.
© Laurence Godart / CG91

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