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L’intuition, cette affinité entre science et art

Faire toute la lumière sur un principe mathématique inexpliqué : pour l’édition 2011 de la biennale essonnienne La science de l’art, deux scientifiques et un artiste relèvent le défi.

“Tout part d’une intuition”. Oui, c’est à partir d’une simple intuition que naissent les idées créatrices de Flavien Théry, artiste invité de la biennale essonnienne d’art contemporain La science de l’art. Intuition, c’est justement le nom de l’oeuvre qu’il présente. Comme pour mieux souligner ce point de convergence entre démarches artistique et scientifique.
Pour sa quatrième édition, la biennale, implantée simultanément dans différentes villes du département, propose d’explorer les passerelles entre ces deux mondes. Cette année, artistes et chercheurs collaborent et croisent leur regard autour d’un thème commun : la lumière.


science et art1Flavien Théry : Un air d’étudiant...
© Elise Kuntzelmann/Lookatsciences

“L’idée du labyrinthe me trottait dans la tête depuis plusieurs années déjà”, raconte Flavien Théry. Diplômé de l’Ecole des arts décoratifs de Strasbourg, cet artiste de 38 ans calme, posé, fasciné par les explications scientifiques, vit et travaille aujourd’hui à Rennes: “Je suis entré dans cette école alsacienne dans l’idée de faire du graphisme, mais j’ai toujours eu un intérêt pour les sciences et techniques, que j’ai pu explorer dans le graphisme, se souvient-il. L’école a gardé, du temps où elle était allemande, un atelier “objets”. Assez indéfinissable, cet atelier m’a particulièrement marqué”.


Intuition vise à mettre en image le principe de Fermat. Selon une interprétation purement poétique de ce principe, la lumière confrontée à la traversée d’un labyrinthe devrait emprunter le trajet le plus court. Flavien Théry : “Je me suis dit que si on avait l’entrée et la sortie d’un labyrinthe, la décharge trouverait naturellement la solution qui lui coûterait le moins d’énergie”.

science et art2En espionnant la lumière.
© Elise Kuntzelmann/Lookatsciences


01.Une oeuvre inattendue

    Le principe de Fermat

Au XVIIe siècle, Pierre de Fermat est l’un des premiers savants français à formuler d’une manière générale que, dans les phénomènes naturels, tout se passe comme si chaque élément dépensait le moins d’énergie possible pour se mouvoir. Il décrit la forme du chemin optique d’un rayon lumineux et l’énonce ainsi : “La lumière se propage d’un point à un autre sur des trajectoires telles que la durée du parcours soit extrémale”. Mais malgré cette découverte, la nature même de la lumière est restée et reste encore un mystère. Est-ce une onde ou une particule ? Ou les deux à la fois ? Au XVIIIe siècle, l’Abbé Nollet mit au point un appareil simple, qui s’apparente un peu au labyrinthe de Flavien Théry ainsi qu’aux boules à plasma. Il s’agit de l’oeuf électrique. Le savant provoque des décharges électriques dans ses ampoules en forme d’oeuf, contenant du gaz. Il se rend compte qu’à cause du vide créé dans l’oeuf, la force électrique ne provoque pas d’éclair mais une illumination assez uniforme. A l’époque, les corps conducteurs et les isolants n’étaient pas encore connus. Seule l’électricité statique fabriquée en frottant des isolants était identifiée. Sur le même principe, le physicien britannique William Crookes mit au point au XIXe siècle le tube qui porte son nom et qui fut l’un des premiers tubes à décharge électrique expérimental.

Pour valider son expérimentation, il a confronté son idée à l’avis des deux scientifiques référents sur ce projet, Stefan Kubsky (physicien et mathématicien au laboratoire des surfaces au synchrotron Soleil) et Pierre Dhez (ancien directeur de recherche au CNRS).

Cette rencontre aurait dû décourager l’artiste tant, selon les deux chercheurs, l’idée de Flavien Théry était vouée à l’échec. Mais il n’a pas lâché l’affaire. Et a construit un dispositif, consistant en un bloc de plastique rectangulaire de la taille d’une feuille A4 et de 4 centimètres d’épaisseur. Epaisseur dans laquelle a été fraisé un labyrinthe. Simplement alimenté en électricité par une bobine, le vide y est maintenu par une pompe. Après bien des ratés, l’onde lumineuse, envoyée suite à une décharge électrique, a fini par traverser son labyrinthe en empruntant le plus court chemin sans que l’artiste ne l’oriente. Comme si la lumière avait trouvé toute seule.

Une fois l’oeuvre achevée, Flavien Théry a envoyé des photos aux scientifiques qui ont été étonnés du résultat. “Je pensais, a priori, qu’une décharge ne parcourrait jamais le trajet entre l’entrée et la sortie du labyrinthe parce que le champ électrique se crée entre les deux électrodes, explique Stefan Kubsky. Mais ça a marché. Comme quoi, dans une expérience, prédire un phénomène ne suffit pas. L’intuition est la vraie force motrice”.
 
Flavien Théry a construit l’essentiel de son travail autour de la lumière : “Elle est un grand mystère contemporain tant d’un point de vue scientifique, religieux qu’artistique”. Il avoue puiser son inspiration dans des traités de physique du XIXe siècle. Revenir en arrière lui permet de comprendre des principes de physique, aux fondements des technologies actuelles, et de se lancer dans des expériences trop désuètes pour être encore menées aujourd’hui.

Il ne se considère pourtant pas vraiment comme un inventeur à la recherche d’une création utile, mais plutôt comme un poète au service d’une pensée. Son projet Intuition, il l’avait dans les cartons depuis un certain temps déjà. C’est sans doute ce qui rend la généalogie de son idée si compliquée :
“L’idée du labyrinthe chemine dans mon esprit depuis des années. En général, une idée demande à trouver un contexte. Elle se nourrit d’autre chose au fur et à mesure et finit par se cristalliser”. Après la biennale essonnienne, Flavien Théry exposera ses créations autour de la thématique de l’invisible, à partir de fin janvier 2012, à la DMA, une galerie de Rennes.

science et art3Le chemin le plus court ?
© Elise Kuntzelmann/Lookatsciences

02.La biennale: La science de l’art en Essonne

Pour Didier Schwechlen, chargé de mission arts visuels/danse au Conseil général de l’Essonne, l’enjeu de cette biennale dont il a la charge, est de parler de recherche scientifique et d’art en sortant des jargons.

C’est déjà la 4e édition de l’événement mais c’est la première fois que le Conseil général de l’Essonne l’organise. Après le clonage, le bug informatique, l’évolution, c’est donc au tour de la lumière d’être sous le feu des projecteurs. La biennale aborde systématiquement des thématiques de société. Et chaque fois la question est la même : comment les scientifiques et les artistes vont-ils se comprendre ? “Souvent, ils se retrouvent autour de l’idée de dysfonctionnement. C’est un concept qui intéresse les scientifiques et les artistes dans leur activité. C’est souvent un élément perturbateur qui réunit les milieux et qui, finalement, concerne la société entière”, explique l’organisateur de la biennale.

Certains artistes dans le domaine de l’art et de la science ont une reconnaissance internationale. Comme le belge Angelo Vermeulen qui fait coexister dans ces oeuvres plantes vertes, ordinateurs et poissons ! Ce dernier a été sollicité par l’Agence spatiale européenne pour des conférences. Objectif : s’inspirer du travail de l’artiste pour l’élaboration de bases sur Mars...

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