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Nadar, le photographe volant

  • Posté le : Lundi 1 Mars 2004
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  • par : T. Batayes
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  • Expert : A. Fort
  • Actualisé le : Lundi 5 Novembre 2012
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Les premières images aériennes ont été prises par l’artiste en Essonne. Plus surprenant, il a aussi joué un rôle important dans la naissance de l'aviation.

Nadar dans sa nacelleNadar (Félix Tournachon) dans sa nacelle, photographié par son fils Paul (1856 - 1939) au XIXème siècle.
© RMN

  On connaît Nadar, le grand photographe. On connaît beaucoup moins Nadar, le passionné d’aéronautique. L'Essonne compte parmi ses enfants adoptifs ce personnage hors normes. Félix Tournachon est son vrai nom. Il a vécu à l'Ermitage de Draveil pendant une dizaine d'années. Et c’est en Essonne qu’il rassemblera ses deux passions en réalisant les premières photographies aériennes de l’histoire.  Rien ne destine ce fils d'imprimeur lyonnais, né en 1820, à oeuvrer particulièrement dans l’image. D’autant plus qu’il a une passion : l’aérostation. Félix Tournachon exerce d’abord différents métiers dans l'imprimerie et l'édition, histoire familiale oblige. A force de fréquenter les salles de rédaction, il devient journaliste. Très vite il passe ses soirées en compagnie d'écrivains et d’artistes comme Berlioz, de Nerval, Hugo, Baudelaire… De cette période “bohème” il tirera le surnom de “Tournadar” et, à partir de 1842, signera ses articles sous le fameux pseudonyme de “Nadar”.

1846 marque le début de sa relation aux images : il se lance dans la caricature. Il crée notamment le personnage de “Môssieur Réac”, prototype de l'opportuniste.

A cette époque, un de ses amis, l'écrivain Eugène Chavette, a acheté un équipement complet de matériel photographique. Déçu par les résultats, il revend l’ensemble à Nadar qui, au début, n’y toucheCharles BaudelairePortrait de Charles Baudelaire (1821 - 1867), poète. Vers 1855. Epreuve sur papier salé à partir d'un négatif verre au collodion.
© domaine public / Sotheby's
pas. Celui-ci juge sévèrement ce nouvel art : “La photographie est à la portée du premier des imbéciles, elle s'apprend vite. Ce qui ne s'apprend pas, c'est le sentiment ”.
  
Mais dans son atelier de la rue Saint-Lazare à Paris, Nadar prend tout de même ses premières photos. Immédiatement, il développe un style, en rupture complète avec les habitudes de l'époque. Là où les photographes travaillaient à grands renforts de décors et d’accessoires, il impose un style dépouillé, s'attachant davantage à capter et révéler la personnalité du sujet. Il imagine aussi un système d'éclairage électrique au moyen de lourdes piles Bunsen, qui produisent une lumière médiocre. Il n'est pas satisfait du résultat et veut créer un second foyer de lumière, plus doux. Il expérimente et trouve la solution : des réflecteurs en toile de coton blanc et un jeu de miroirs permettant d'envoyer la lumière sur les parties ombrées. Très vite, le Tout-Paris se rend chez lui pour se faire photographier : Daudet, Baudelaire, de Nerval, Dumas, Berlioz, Rossini… C’est après un passage par les catacombes de Paris où il expérimente ses techniques d’éclairage, qu’il se tourne vers l'aérostation, sa passion d’enfance.

01.La première photographie aérienne

Dès ses premières ascensions en ballon, il devine tout le parti que l'on peut tirer de la photo en hauteur. Il l'explique dans un de ses ouvrages (Quand j'étais photographe) : “Cette œuvre gigantesque du cadastre, avec son armée d'ingénieurs, d'arpenteurs, de chaîneurs, de dessinateurs, de calculateurs, a demandé plus d'un demi-siècle de travail, pour être mal faite. Cette année, je peux, moi tout seul, l'achever en trente jours, et de façon parfaite. Un bon aérostat captif (relié au sol), un bon appareil photographique, voilà mes seules armes.”
Nadar voit également pour les militaires une application stratégique. Il écrit : “ Les images, agrandies sous les yeux du général en chef lui présenteraient l'ensemble de son échiquier, constatant au fur et à mesure les moindres détails de l'action et lui assurant toute préexcellence pour conduire toute sa partie.”
  nadar cartographieUne des photographies aériennes de Paris
© RMN

En 1857, il effectue ses premières tentatives de photos aériennes. Rien à faire : ses plaques photographiques ressortent noires. Problème de lumière ? À nouveau, il réfléchit et expérimente de nouvelles solutions… Les plaques restent désespérément noires. Chaque ascension coûte cher, des milliers de mètres cubes d’hydrogène sulfuré sont nécessaires pour remplir la montgolfière. Nadar n'est pas du genre à baisser les bras : “Jamais je n'admettrai de l'objectif qu'il ne rende point ce qu'il voit.” Nous sommes en automne 1858. Il décide d’une nouvelle ascension. Mais dans la nuit, le ballon s'est partiellement dégonflé. Pour ne pas perdre le moindre centimètre cube de gaz, il ferme une soupape qui commande l'évacuation de l'hydrogène sulfuré. En effet, lorsque le ballon est correctement gonflé, son gaz se dilate au fur et à mesure de son ascension. Cette dilatation risque de faire exploser l'enveloppe du ballon, d’où la soupape d’évacuation. Nadar réussit son vol et revient sur terre avec ses plaques photographiques. Il raconte : “On me tire à terre, d'un bond, je saute dans l'auberge où tout palpitant, je développe mon image. Bonheur ! Il y a quelque chose. Peu à peu l'image se révèle, bien indécise, bien pâle, mais nette. ”  Nadar peut désormais expliquer le mystère des images noires : l'hydrogène sulfuré qui s'échappait normalement de la soupape en altitude réagissait sur l’iodure d’argent des plaques. Fort de sa découverte, il dépose un brevet et entame une série de vues aériennes de Paris. La cartographie aérienne est née !

02.Plus lourd que l’air

 Mais le ballon a ses limites : il est notamment impossible de le diriger avec précision. En 1863, Nadar crée avec un scientifique, Ponton d'Amécourt, la “Société d'encouragement pour la locomotion aérienne aux moyens d'appareils plus lourds que l'air ”.
En s'inspirant d'une idée de Léonard de Vinci, Ponton d'Amécourt a mis au point un prototype d'hélice. Quant à Nadar, il écrit : “ Le ballon est un obstacle à la navigation aérienne. Pour lutter contre l'air, il faut être plus lourd que l'air ”.
Intérieur de la maison de NadarErmitage de Senart de Nadar.
© RMN

Une polémique s'engage entre les défenseurs du “ plus léger que l'air ” et les partisans du “ plus lourd que l'air ”. On se moque de Nadar : les caricaturistes le représentent en train de courir derrière son hélice… Mais il a aussi des alliés. Parmi ceux qui se rallient à sa cause, un certain… Jules Vernes. L'auteur de Cinq semaines en ballon est convaincu que les plus lourds que l'air l'emporteront. Et d'ailleurs, dans son roman De la terre à la lune, derrière le nom du personnage de Michel Ardan, il faut voir l'anagramme de… Nadar.  Le photographe se lie d'amitié avec Clément Ader et le soutient dans ses recherches sur des appareils dotés d'ailes. En octobre 1890, Ader réussit le premier vol humain sur avion motorisé. L'aéroplane sera ensuite exposé dans l'atelier du photographe, à Paris. En juillet 1909, un an avant sa mort, Nadar aura la satisfaction de voir la bataille des “ plus lourds que l'air ” définitivement gagnée avec la traversée de la Manche en avion par Louis Blériot. Nadar lui adresse un télégramme : “ Reconnaissance émue pour la joie dont le triomphe vient de combler l'antédiluvien du “ plus lourd que l'air ”, avant que ses 89 ans ne soient sous terre ”. Nadar s'éteint en 1910, à Paris, à l'âge de 90 ans. La photographie à pris son envol. L’aéronautique est à l’aube d’un nouveau siècle.



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