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Le blé à prix d'or : peut-on y échapper ?

Depuis deux ans le prix du blé s'envole. Pourquoi et comment remédier à cette situation ? Peut-on améliorer les rendements sans augmenter inconsidérément les doses d'engrais ? Réponses d'experts en agriculture et en économie.

Champ de blé© SXC

Vous n’avez pas pu y échapper : le prix du blé flambe depuis deux ans et a atteint des records historiques. Entre juin 2006 et avril 2008, il a doublé, passant de 105 à 200 €/t sur le marché mondial, avec des conséquences sur le prix des denrées alimentaires : pâtes, biscuits, pain...

Mais cette envolée se fait surtout sentir dans les pays pauvres, dépendants des importations de céréales et où l'alimentation représente entre 60 et 90 % du budget des ménages. Une situation qui inquiète les grandes organisations internationales (Nations unies, FMI, Banque mondiale). Pourquoi une telle flambée des prix ? Le XXIe siècle va-t-il voir se multiplier les émeutes de la faim ?

Aujourd'hui, le blé est la première céréale cultivée dans le monde en terme de surface : 216 Mha en 2005. Il est également la première céréale échangée sur le marché mondial : 45 % des échanges contre 33 % pour le maïs et 12 % pour le riz. Avec un rendement moyen de 2,8 t/ha, 605 Mt ont été récoltées en 2005 principalement pour la consommation humaine (blé tendre pour le pain et blé dur pour les pâtes et les semoules). En comparaison, le maïs est lui surtout utilisé dans l'alimentation animale mais aussi, depuis quelques années, dans la fabrication d'agro-carburants.

Graphique - Évolution des prix mondiaux du blé tendreÉvolution des prix mondiaux, USA et France, du blé tendre en dollars par tonne. Ces dernières années, le prix du blé avait fortement augmenté (problèmes de production, stocks en baisse). Aujourd'hui, il baisse à nouveau. Le prix du pain suivra-t-il la même tendance ?
© ONIGC / Arvalis-Institut du végétal

Pour répondre à la demande de la population mondiale, qui devrait grandir de 800 millions d'habitants à l'horizon 2015, le FAPRI, un institut de recherche américain spécialisé dans les politiques agricoles et alimentaires, estime qu'il sera nécessaire d'augmenter la production de céréales par rapport à 2005 de 200 Mt (blé, maïs, orge), dont 55 Mt de blé. Le monde agricole peut-il répondre à ce défi ?

Pour cela, deux leviers sont possibles : augmenter les surfaces cultivées et améliorer les rendements. "Comme par le passé, c'est principalement par l'amélioration des rendements que la réponse sera apportée pour la culture du blé", estime Crystel L'Herbier, économiste à Arvalis-Institut du végétal. Car 55 Mt de blé de plus d'ici à 2010, ce n'est pas un si grand défi. "L'amélioration des rendements devrait permettre à elle seule de répondre à la demande mondiale", relève Crystel L'Herbier.

Organisme de recherche appliquée agricole, financé et géré par les producteurs français, Arvalis-Institut du végétal compte 35 sites implantés sur l'ensemble du territoire national et 400 collaborateurs dont 300 chercheurs, ingénieurs et techniciens. Son objectif : permettre aux agriculteurs de s'adapter à l'évolution des marchés agroalimentaires et de rester compétitifs au plan international, tout en respectant l'environnement. Pour cela, des économistes travaillent ''main dans la main'' avec des agronomes, agro-physiologistes, pathologistes afin d'évaluer l'intérêt économique de nouveaux produits ou de nouvelles technologies pour les agriculteurs.

01.Pourquoi le prix du blé flambe-t-il ?

Épis de blé dur mûrLe blé dur est la matière première de la semoulerie (pâtes alimentaires, graines de couscous,…). Il est surtout cultivé dans les zones chaudes et sèches ; en France, principalement dans le sud du pays.
© Arvalis-Institut du végétal / DR
Comme tout produit, le prix du blé dépend de l'offre et de la demande. Plus la demande est grande et l'offre faible, plus le prix est haut. Autrement dit : ce qui est rare est cher ! C'est justement ce qui se passe depuis deux ans : la consommation de blé est plus importante que la production.

Suivant la croissance de la population mondiale, la consommation de blé augmente régulièrement tous les ans. De 580 Mt en 1998, elle a atteint 611 Mt en 2007. Même si elle croît également, la production n'a pas suivi cette progression à la même vitesse, et a été huit fois sur dix inférieure à la demande entre 1998 et 2007. Les stocks de blés ont alors compensé ce déficit, mais n'ont pas pu se reconstituer. Ils sont ainsi aujourd'hui à leur plus bas niveau depuis un quart de siècle.

Ce problème structurel a été exacerbé par des conditions climatiques défavorables et des récoltes plus faibles que prévues en 2006 et 2007. Aux États-Unis, en Ukraine et en Russie, le froid de l'hiver 2005 a limité les surfaces semées en blé, tandis que des aléas climatiques en réduisaient le rendement. Tout comme au Brésil, en Inde (le 2e producteur mondial) et en Australie, où une sécheresse divisa par deux les récoltes. Alors que le prix du blé était de 105 €/t en juin 2006, il atteignait 155 €/t en octobre 2006. En 2007, des accidents climatiques ont de nouveau freiné la production mondiale. Le prix du blé a continué sur sa lancée : vendu 200 €/t en juillet 2007, il franchit même quelques instants la barre des 300 €/t en septembre 2007, pour aujourd'hui se situer aux environs de 200 €/t. "Les stocks n'ont pas pu jouer leur rôle de régulateur de prix. Aujourd'hui, ils couvrent 55 jours de consommation. Or la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) considère que sous la barre des 70 jours, ils sont insuffisants pour stabiliser le marché", explique Crystel L'Herbier.

Des facteurs externes ont également joué sur le prix du blé. Confrontés aux problèmes des marchés financiers et attirés par les possibilités de multiplication de gain dans une situation de rareté, les spéculateurs se sont tournés vers les matières premières agricoles, accentuant la hausse et le phénomène de volatilité. Autre facteur : le coût du fret maritime. Avec la saturation du trafic maritime mondial, liée notamment à l'essor de la Chine, et la hausse du prix du pétrole, le coût du transport a été multiplié par trois depuis 2006. Au niveau de l'Union européenne, le taux de change euro/dollar a également tiré le prix à l'export vers le haut, le blé se vendant sur le marché mondial en dollar.

Graphique - Évolution de la consommation, de la production et des stocks de blé.Évolution de la consommation, de la production et des stocks de blé depuis 1998. La bonne production 2008 (645 Mt) va permettre de reconstituer un peu les stocks, le prix du blé devrait donc baisser.
© CIC / Arvalis-Institut du végétal

Pour Crystel L'Herbier, la prochaine décennie ne sera cependant pas forcément marquée par des prix élevés, mais plus par leur volatilité. "Il ne faut pas omettre l'existence de facteurs qui font baisser les prix. Une croissance économique plus faible que prévue dans des pays comme la Chine et l'Inde peut freiner l'évolution de la demande. La recherche mondiale est active, des innovations technologiques peuvent être mises en place, notamment en terme de rendement. L'arrivée des biocarburants de deuxième génération pourrait également changer la donne." Contrairement aux biocarburants de première génération fabriqués à partir des grains, ceux de deuxième génération seront basés sur la valorisation de l'ensemble de la plante (bois, feuilles, pailles). Ils devraient avoir de meilleurs rendements énergétiques et permettraient d'éviter une compétition entre les productions alimentaires et les productions non-alimentaires.

Ce qui est sûr c'est que la flambée des prix du blé, et des céréales en général, a replacé l'agriculture au centre des préoccupations des gouvernements et des grandes institutions internationales.

02.Améliorer les rendements

Vue aérienne de la station ITCF BoignevilleVue aérienne de la station ITCF (Institut technique des céréales et des fourrages) de Boigneville (91). Sur cette station expérimentale d'Arvalis-Institut du végétal, des essais agronomiques et techniques sont réalisés.
© N. Bardin / Arvalis-Institut du végétal
Le principal levier pour augmenter la production de blé est d'améliorer son rendement. Le FAPRI (Food and Agricultural Policy Research Institut), un institut de recherche américain spécialisé dans les politiques agricoles et alimentaires, estime qu'une croissance de 10 % de son taux de 2005 (2,8 t/ha) permettrait de répondre à la demande de la population mondiale à l'horizon 2015. Il ne serait alors nécessaire de cultiver qu'1 Mha supplémentaire par rapport aux 216 Mha cultivés en 2005 (pour comparaison, 221 Mha ont été mis en culture en 2008). Une telle croissance des rendements, d'environ 1 % par an, est-elle possible ?

Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, le rendement mondial de blé a considérablement progressé, passant de 1,1 t/ha en 1961 à 2,8 t/ha en 2005. Il a été le facteur de loin le plus important dans l'augmentation des productions céréalières à travers le monde. La croissance des rendements n'a cependant pas été continue : de 3,8 % par an entre 1961 et 1989, elle s'est réduite à 2 % entre 1989 et 1999. Pour les trente prochaines années, la FAO prévoit une hausse encore plus modérée, de 1,1% par an, mais compatible avec les projections du FAPRI. Peu de pays ont en effet encore atteint leur rendement maximum.

Les marges de manœuvre sont cependant variables selon les zones de production et de grands écarts de performance existent en fonction du climat et des sols, mais aussi des politiques agricoles des États. Alors que le rendement maximum atteignait 8,89 t/ha en Namibie, en 2005, il était de 4,25 t/ha en Chine et de 2,02 en Australie, où le climat sec limite fortement la culture du blé.

Graphique - Rendement mondial du blé de 1990 à 1998Rendement mondial du blé de 1990 à 1998 en tonnes/hectares.
© ONIGC / Arvalis-Institut du végétal

Parmi les grandes régions productrices, c'est l'Union européenne qui présente les rendements les plus hauts : 8,72 t/ha aux Pays-Bas, 7,96 au Royaume Uni, 6,98 t/ha en France en 2005. Ces valeurs sont permises par un climat tempéré, idéal à la culture du blé, mais aussi par l'utilisation d'engrais de manière raisonnée (c'est-à-dire en tenant en compte des besoins de la culture mais aussi des risques de pollution), par l'amélioration continue des semences et de la productivité de travail (mécanisation). Selon une étude de la FAO, même un pays technologiquement dynamique comme la France n'a pas encore atteint son rendement maximum qui pourrait encore croître de 25 %. Comme le souligne Crystel L'Herbier, "les marges de croissance sont encore plus importantes pour les nouveaux États membres de l'Union, qui bénéficieront de plus du soutien de l'Europe dans le cadre de la Politique agricole commune."

C'est également le cas dans les pays de la mer Noire. "Le potentiel en Ukraine et en Russie est important. Les prix élevés sur le marché du blé pourraient les inciter à utiliser davantage d'engrais (non sans conséquence sur l'environnement, voir partie 3) et à investir dans du matériel agricole plus performant permettant de semer dans les meilleures conditions et de récolter le plus rapidement possible, lorsque la météo est clémente", explique Crystel L'Herbier.

Dans d'autres pays, comme en Turquie et en Inde, la sélection de nouvelles variétés et/ou le soutien par l'État de semences plus productives permettraient également d'améliorer de manière importante les rendements. En Australie (sévèrement touchée par des sécheresses au cours de la dernière décennie) et en Chine (premier producteur mondial), la mise sur le marché de variétés avec de faibles besoins en eau sera un élément clé pour augmenter les productions. Pour cela, l'Australie se tourne vers des blés génétiquement modifiés. En 2007, trente hybrides de blé porteurs de gènes tolérants à la sécheresse issus de maïs, mousse, levure ou Arabidopsis ont ainsi été testés en champ. Le nouveau contexte agricole mondial ramène en effet sur le devant de la scène les biotechnologies, et les débats qui leurs sont associés (voir chapitre suivant).

03.Augmenter les rendements mais à quel prix ?

Épandage d'engrais dans un champ de bléSuite à la forte augmentation du prix des engrais, certains agriculteurs limitent l'épandage sur leurs champs de cultures céréalières.
© Nicole Cornec / Arvalis-Institut du végétal
Alors que le prix du blé a atteint des records historiques depuis 2006, il était à son niveau le plus bas depuis 1990. Ce faible cours avait incité les agriculteurs français à diminuer leurs dépenses en intrants (engrais et produits phytosanitaires), des charges lourdes dans une exploitation. Une expérimentation conduite depuis 1997 par des chercheurs de l'Institut national de la recherche agronomique de Grignon, près de Versailles, avait notamment montré qu'il était plus rentable de cultiver le blé en culture biologique - sans apport d'engrais, ni de pesticides - (marge brute de 1 090 €/t ) qu'en intensif (marge brute de 1 020 €/t ). Même si les rendements étaient deux fois plus faibles (5 t/ha contre 10 t/ha), la différence de recettes était compensée par l'absence de dépenses pour les produits chimiques. Mais aujourd'hui, avec la hausse du prix du blé, il est devenu plus avantageux de produire plus.

Alors, un retour vers une agriculture intensive ? L'utilisation des engrais pourrait certes augmenter. Cependant, le contexte a bien changé par rapport aux années soixante-quatre-vingts : au cours des trois dernières années, le prix des engrais a été multiplié par trois, aussi ils coûtent désormais très chers. Ainsi, en Europe, le développement d'une agriculture raisonnée, prenant en compte les risques de pollution et d'impact sur la biodiversité, devrait se poursuivre. En France, par exemple, plusieurs mesures réglementaires sont attendues suite au Grenelle de l'Environnement : réduction de moitié des pesticides d'ici à 2018, interdiction de trente molécules les plus dangereuses en 2008, incitations financières pour développer l'agriculture biologique...

À Arvalis, plus que l'agriculture biologique, on met en avant les "productions à haute valeur environnementale" car "si toute la surface de blé française était en biologique, nous ne produirions que la moitié des quelques 34 millions de tonnes annuelles de blé tendre, l’Union européenne devrait importer plus ou moins 10 millions de tonnes de blé et la France serait à peine autosuffisante."

Autre débat : les ressources en eau. L'augmentation des productions ne va-t-elle pas conduire à leur raréfaction ? Soixante-quinze pour cent de l'eau consommée dans le monde l'est en effet par l'agriculture, principalement pour l'irrigation des cultures. Mais le problème ne se pose pas vraiment pour le blé. Culture de printemps, il n'est pratiquement pas irrigué, contrairement au maïs qui lui est une culture d'été (en 2006, 84 % des surfaces agricoles irriguées étaient en maïs).

Enfin, les OGM pourraient-ils être une solution pour améliorer les rendements de blé ? Au début des années 2000, Monsanto, leader mondial des semences, avait tenté de mettre sur le marché canadien un blé transgénique conçu pour résister aux épandages de son herbicide vedette, le Roundup. Mais la contestation de groupes d'agriculteurs avait contraint la multinationale à renoncer à sa commercialisation.

Pour de nombreux chercheurs, tous les OGM ne sont pas à mettre dans le même sac. Parmi les arguments en leur faveur, il y a bien entendu le fait qu'ils pourraient permettre d'augmenter les rendements, tout en mettant moins d'intrants. Mais des recherches sont aussi en cours dans le cadre de l'augmentation de la valeur nutritionnelle des céréales, de l'adaptation de semences aux climats secs,…

En 2007 et 2008, l'Allemagne a testé, en plein champ, des blés OGM dans lesquels ont été transférés des gènes de l'orge ou de la féverole commune, afin d'augmenter la teneur en protéine des grains et donc leur valeur nutritionnelle. Par ailleurs, en 2007 l'Australie a évalué la résistance à la sécheresse de trente hybrides différents de blé. Et, en France, aucun blé OGM n'est encore sorti des laboratoires. Comme l'explique Gilles Charmet, directeur du laboratoire Génétique, diversité et écophysiologie des céréales de l'Inra de Clermont-Ferrand : "Dans le cadre du blé, la technique OGM est utilisée pour l’instant dans les programmes de recherche pour valider la fonction de gènes. Cette technique offre la possibilité de modifier l’expression de gènes clés contrôlant des caractères importants, dans certains cas au-delà de ce qu’on peut trouver dans la variabilité naturelle de l’espèce ou de ses apparentés."

Reste que l'opinion publique et certains chercheurs, en Europe notamment, sont très méfiants vis-à-vis des OGM, par crainte notamment d'une contamination des autres cultures (à lire OGM : finalement quels risques).

Et pour les 400 experts en agronomie, réunis sous l'égide des Nations unies à Johannesburg en avril 2008, les OGM ne constituent en aucun cas "LA" réponse à l'enjeu agricole du XXIe siècle. Plus que la technologie, ce sont les politiques agricoles et le développement de l'agriculture vivrière dans les pays du Sud, là où la consommation va exploser, qui permettra d'assurer la sécurité alimentaire des neuf milliards d'habitants de demain.

04.Sélectionner de nouvelles variétés

Variété de blé tendreLa culture du blé tendre est la plus ancienne du monde (originaire de Mésopotamie). Première céréale française, sa production est destinée à l'alimentation animale, la fabrication du pain…
© Nicole Cornec / Arvalis-Institut du végétal
Depuis le Néolithique, l'homme sélectionne les variétés de blé qui répondent le mieux à ses besoins, gardant les gros grains ou les grains provenant d'épis fournis pour les semer l'année suivante (on parle de sélection massale). À partir du milieu du XIXe siècle, des collections de lignées génétiquement homogènes, avec des caractères intéressants, ont été constituées. Par croisement de ces lignées dites pures, il est alors possible de créer des variétés combinant les caractères souhaités : par exemple, la résistance à une maladie d'une lignée 1 avec le grand nombre d'épis d'une lignée 2.

Cette méthode de sélection par hybridation (ou croisement) demande beaucoup de temps, souvent plus d'une dizaine d'années. Il est en effet nécessaire de cultiver jusqu'à leur maturité les nouvelles plantes pour observer si elles possèdent bien les caractères souhaités de leurs parents. Aujourd'hui, la ''sélection assistée par marqueurs'', en étiquetant les gènes de manière moléculaire, permet de repérer en quelques jours, et surtout avant la maturité, si les plantes possèdent les gènes convoités. Une autre possibilité est d'introduire directement le gène souhaité dans le génome et donc de produire des OGM. C'est la solution apparue il y a une quinzaine d'années, avec la commercialisation des premières plantes OGM.

"Ces deux méthodes n'évitent pas dans l'absolu de tester les plantes retenues en plein champ, mais peuvent permettre d’accélérer les cycles de sélection, et donc le progrès génétique, qui est absolument nécessaire pour répondre à la croissance de la demande mondiale", explique Gilles Charmet. Elles nécessitent en outre de bien connaître le génome du blé. Ce qui est encore loin d'être le cas !

En effet, le génome du blé est immense : cinq fois plus grand que celui de l'homme, quarante fois plus grand que celui du riz. Sa structure est en outre complexe. Contrairement à la majorité des plantes et des animaux, le génome du blé tendre, utilisé pour la fabrication du pain, n'est pas diploïde (deux jeux de chromosomes), mais hexaploïde (six jeux de chromosomes), résultant de la fusion de trois génomes de sept paires de chromosomes. Pas étonnant donc que le génome du blé ne soit pas encore entièrement séquencé, alors que celui du riz l'est depuis 2002. Un vaste projet international vise actuellement à pallier ce déficit. L'Inra de Clermont-Ferrand coordonne la partie européenne et est en charge du déchiffrage de 6 des 42 chromosomes du blé.

Les chercheurs de ce centre développent également une autre approche, basée sur la comparaison du génome du blé avec les génomes du riz, du sorgho et du maïs, toutes les céréales étant issues d'un même ancêtre commun vieux de 90 millions d'années. "Les relations entre les régions chromosomiques du blé et des génomes séquencés vont nous permettre de déterminer les fonctions des gènes chez le blé, celles-ci étant connues chez le riz, le sorgho et le maïs. Nous pourrons ainsi identifier les gènes influençant potentiellement le rendement, c'est-à-dire ceux jouant sur le nombre de tiges par plante, le nombre de grains par tige ou la taille des grains, explique Jérôme Salse, chercheur Inra à l'origine de cette étude. Une fois ces gènes identifiés, on peut alors soit explorer leur variabilité dans les collections de ressources génétiques pour découvrir les formes (dites allèles) les plus favorables, soit modifier leur expression par la transgénèse."

Outre une amélioration du rendement, un autre défi sera de développer des variétés adaptées aux nouvelles donnes du changement climatique, notamment à la raréfaction des ressources en eau mais aussi à l'augmentation des variabilités climatiques interannuelles. Comme le souligne Gilles Charmet : "En France, depuis une décennie, le rendement ne semble plus progresser. Les progrès génétiques se sont pourtant poursuivis de façon linéaire. Les facteurs limitants ont été les facteurs climatiques. Chaque année a été marquée par un accident météorologique : une sécheresse, un gel... "

05.S'aider des satellites pour augmenter les rendements et maîtriser l'impact sur l'environnement

Améliorer le rendement de blé peut aussi passer par une conduite plus fine des parcelles cultivées. Et pour cela les satellites peuvent aider les agriculteurs ! Depuis 2002, Arvalis-Institut du végétal et Infoterra (filiale de EADS Astrium) proposent un outil de pilotage des cultures, FarmStar, qui se base sur des images satellitaires prises à plus de 800 km d'altitude. En 2008, 8 500 agriculteurs ont souscrit à ce service.

Trois satellites Spot et le satellite FORMOSAT-2 sont utilisés par FarmStar. Leurs images, d'une résolution inférieure ou égale à 20 m, permettent de mesurer la quantité de lumière réfléchie par le couvert végétal : la réflectance. La réflectance permet, (elle), d'estimer l'indice foliaire, c'est-à-dire la surface de feuilles présentes sur 1 m2 de sol. En prenant les images satellites à différentes dates, il est ainsi possible de suivre régulièrement l'évolution du couvert végétal sur une parcelle donnée.

Carte FarmstarLe service Farmstar est destiné aux agriculteurs français. À partir d'images satellites, ils obtiennent des informations représentatives de l'état de croissance de leurs cultures, parcelle par parcelle, présentées sous forme de carte conseil (ici : préconisation d'apports en azote).
© Arvalis-Institut du végétal / DR

"Pour développer FarmStar, il a fallu ensuite relier les indices foliaires estimés par les photos satellites à l'état de la culture, notamment à sa biomasse ou au nombre de tiges afin de pouvoir estimer par exemple son potentiel de rendement. Pour cela, nous nous sommes basés sur les modèles agronomiques développés par Arvalis. Les relations obtenues ont été validées avec succès sur des parcelles tests en France, mais aussi en Grande-Bretagne et en Espagne", explique Anne Blondlot, agro-physiologiste à Arvalis.

En estimant le nombre de tiges, en considérant la sensibilité variétale, le type de sol, la date et la densité de semis et les conditions climatiques, FarmStar peut alerter les agriculteurs sur des risques de verse (la culture se retrouve couchée au sol, ce qui entraîne le plus souvent une baisse du rendement, d’autant plus importante que la verse intervient tôt dans le cycle de la culture) et préconiser ou non l'épandage de régulateur de croissance sur la culture.

Les images satellites, complétées par des images de capteurs aéroportés, permettent également d'estimer la teneur en chlorophylle de la culture et ainsi les besoins en azote du blé : la chlorophylle, avec ses quatre molécules d'azote, est en effet un bon indicateur du statut azoté. Il est alors possible de conseiller aux agriculteurs la dose d'engrais à apporter à chaque parcelle pour satisfaire les besoins de la plante et obtenir ainsi un rendement et une teneur en protéines optimaux.

FarmStar permet aussi d'ajuster de manière encore plus fine les apports d'engrais ou de régulateurs de croissance en modulant l'apport à l’intérieur même de la parcelle. "Les essais, menés par Arvalis en 2005 et 2006, montrent que la modulation intra-parcellaire de l’engrais azoté sur blé, à dose égale, apporte un gain de rendement par rapport aux techniques traditionnelles pouvant aller jusqu’à trois quintaux par hectare (0,3 t/ha) dans les parcelles les plus hétérogènes", précise Anne Blondlot. Mais pour cela, les agriculteurs doivent être équipés de tracteur et d’épandeur munis de GPS (à lire Vers une nouvelle agriculture plus rentable et moins polluante), du matériel encore peu répandu sur notre territoire, mais qui pourrait voir son nombre augmenter avec la hausse des prix.

Amélioration des rendements par la sélection de nouvelles variétés ? Par l'utilisation d'outils satellites ? Les réponses à la crise seront sans doute multiples. Mais il y a urgence : trente-trois États dans le monde sont menacés à brève échéance de troubles politiques et sociaux dus à la hausse des prix agricoles et alimentaires, rappelait en avril 2004 le président de la Banque mondiale. Des pays comme l'Égypte, le Cameroun, la Côté d'Ivoire, la Mauritanie, l'Éthiopie, Madagascar, les Philippines, l'Indonésie ont déjà connu des "émeutes de la faim" menées par des gens incapables de s'acheter même les produits alimentaires les plus basiques…

Ainsi, si Arvalis-Institut du végétal incite les producteurs français à produire plus, le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) est l'institut français de recherche agronomique au service du développement durable dans les pays du Sud qui pourrait apporter des réponses à la crise alimentaire de ce début du XXIe siècle.

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