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Mesurer le bonheur, un progrès ?

Indice de "bonheur mondial", de "bien-être durable", "bonheur national brut", "bonheur intérieur brut"... Des notions farfelues ? Pas tant que cela. Ces indicateurs serviront peut-être bientôt à mesurer la santé d'un pays, pas seulement économique, mais aussi sociale et environnementale.

Famille équatorienneFamille équatorienne
© Peter Menzel/Cosmos

Peut-on se contenter de la richesse monétaire ou faut-il prendre en compte notamment des aspects sociaux et environnementaux, pour avoir une idée du véritable bien-être des populations ? Ces réflexions étaient en juin 2007 au cœur des débats du second forum mondial de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), intitulé "Mesurer et favoriser le progrès des sociétés". Dans l'esprit des économistes, progrès ne signifie pas seulement progrès technologique au sens scientifique du terme, mais progrès dans toutes ses dimensions (sociales, environnementales...). Dès lors, progrès rime avec bien-être.

Le constat est simple : une grande partie du monde s'enrichit (en cinquante ans, le revenu moyen dans les pays développés a plus que doublé), pourtant, la proportion de personnes dans les pays développés qui se déclarent "très heureuses" dépasse rarement les 30 % : un taux relativement faible, qui remet en cause la sacro-sainte croissance économique comme unique source de progrès (voir chapitre 1).

Famille françaiseLes deux photographies proposées ici représentent des familles françaises et équatoriennes. Elles illustrent les denrées alimentaires consommées en moyenne chaque semaine.
© Peter Menzel/Cosmos
Si le produit intérieur brut (PIB), qui mesure la production de richesses économiques (biens et services) d'un pays, reste la référence pour en évaluer la santé économique, les économistes admettent désormais qu'il ne reflète tout simplement pas le bien-être national. Cet indicateur n'est peut-être plus pour longtemps la principale boussole des décideurs politiques : une véritable "économie politique" émerge, centrée sur l'humain plutôt que sur les productions et consommations des pays et des individus. Encore faut-il mettre au point de nouveaux indicateurs (chapitre 2), reflétant mieux le bien-être des populations, et sur lesquels les décideurs politiques puissent s'appuyer pour réorienter leurs politiques publiques et suivre leur impact.

Interrogations et préoccupations de pays riches ? Pas forcément. Ces questions se posent parfois dans les mêmes termes dans les pays en voie de développement (chapitre 3).

Néanmoins, mesurer de façon objective une notion aussi subjective que le bonheur est une gageure. Un exemple : l'espérance de vie longue est souvent "positivée" comme critère de bien-être. Mais certains individus estimeront que souffler cent bougies, même en bonne santé, n'est pas forcément souhaitable. "La question des indicateurs est certes délicate, accorde Andrew Clark, économiste à Paris-Jourdan Sciences Économiques, le meilleur indice de satisfaction, le plus juste n'est-il pas celui que les gens expriment eux-mêmes lorsqu'on leur pose la question ?"

De plus, quand bien même parviendrait-on à objectiver de tels critères, on peut aussi s'interroger sur l'intérêt de telles études. Mesurer le bonheur, pour quoi faire ? "En 1994, j'ai publié une étude, "Unhappiness and unemployment" qui démontrait qu'une majorité d'individus ne choisissent pas de rester au chômage, mais subissent cette situation, explique Andrew Clark. Une évidence ? Pas pour ceux qui pensent par exemple que les gens sont heureux de ne pas travailler tout en étant indemnisés."

Cette question en tout cas monopolise de plus en plus d'économistes, mais aussi de sociologues, de psychologues, de philosophes... tant le champ est vaste. Le débat est lancé, a priori pour le bien-être de tous.

01.L'argent n'achète pas le bonheur

"La richesse vaut mieux que la pauvreté, ne serait-ce que pour des raisons financières", disait Woody Allen. Et pourtant, "l'argent ne fait pas le bonheur" même s'il y contribue ! Ce dicton populaire traduit par des économistes en données scientifiques ne manque pas d'étonner. "De fait, depuis plus de trente ans, aussi paradoxal que cela paraisse compte tenu de l'évolution indéniable des richesses, la satisfaction des populations évolue peu dans les pays développés, ici en Europe, mais le constat est partagé aux États-Unis ou au Japon", précise Andrew Clark, économiste à Paris-Jourdan Sciences Économiques (PSE). Il semble tout simplement qu'au-delà d'un certain revenu, gagner plus n'apporte pas plus de bonheur. Daniel Kahneman, prix Nobel d'économie 2002, et des collègues du Centre d'études de politique économique de l'université de Princeton (USA), viennent de publier une étude où ils évaluent le seuil au-delà duquel satisfaction ne va plus de pair avec revenu : ce seuil se situerait à 37 000 euros par ménage et par an.
Graphique sentiment de satisfaction EuropeÀ la question "Êtes-vous globalement satisfait de votre vie ?" les personnes interrogées devaient répondre sur une échelle de 1 à 4 (1 : Pas du tout satisfait ; 2 : Plutôt insatisfait ; 3 : Plutôt satisfait ; 4 : Parfaitement satisfait). On observe que l'indice de satisfaction ne varie quasiment pas depuis trente ans, alors que le revenu a plus que doublé dans ces cinq pays européens.
© World Database of Happiness. Graphique tiré de Clark et al. (2006)

Pour comprendre cette insatisfaction, des économistes cherchent depuis le début des années quatre-vingt-dix à exploiter l'énorme quantité de données des enquêtes sociales menées dans nos pays riches sur tous les aspects de la vie de dizaines de milliers d'individus : le travail, la santé, la famille, la fécondité... ces enquêtes sont en général nationales (États-Unis, Allemagne, Russie), mais ces données sont aussi réunies à l'échelle européenne dans le "panel communautaire des ménages" qui englobe les enquêtes de quinze pays européens, et même à l'échelle mondiale, avec la base de données mondiales sur le bonheur (World database of happiness). Dans ces enquêtes se trouvent des questions du type : "En ce moment, sur une échelle de 1 à 4, sur quel échelon vous estimez-vous en matière de bonheur, de satisfaction ?" Il est donc envisageable de corréler une notion aussi subjective que le bonheur à toutes ces données de conditions de vie et de comportements et d'en tirer des modélisations.

Cette démarche, désormais partagée par beaucoup d'économistes, n'a pas été acceptée d'emblée. Andrew Clark, précurseur, en a fait les frais quand en 1992, avec Andrew Oswald, économiste à l'université de Warwick (GB), il a voulu publier une corrélation inattendue entre bonheur et revenu : il montrait que le sentiment de satisfaction des individus par rapport à leur salaire n'est pas lié à la rémunération elle-même mais à son niveau comparé au salaire des autres. Concrètement, un individu éprouve plus de satisfaction à recevoir une augmentation si son voisin ne l'obtient pas !

"Nous avions mené cette étude sur 5 000 employés britanniques dont on connaissait salaires, salaires des pairs et niveau de satisfaction au travail" raconte Andrew Clark. Cinq revues économiques internationales ont successivement refusé ces travaux, qui n'ont été publiés qu'en 1996, dans une revue britannique Journal of public economics. Aujourd'hui, ce genre de publication se compte par cinquantaine tous les ans. "L'économie du bien-être" est désormais un champ reconnu de l'économie.

De nombreuses enquêtes et expériences de laboratoire (où on analyse le comportement des individus mis en relation avec d'autres individus ou face à un ordinateur) ont analysé et confirmé cette idée de satisfaction relative. Une des enquêtes les plus éloquentes consiste à demander à des individus de choisir entre des salaires annuels hypothétiques : 50 000 dollars pour eux contre 25 000 pour leur entourage ou bien 100 000 dollars contre 200 000 pour l'entourage. Aussi étonnant que cela puisse paraître, beaucoup préfèrent gagner moins, mais plus que le voisin (50 % dans la dernière enquête menée à Harvard en 2005) ! D'autres études du même type ont montré que la satisfaction face à un salaire est aussi fortement corrélée au salaire de l'année passée, et aux attentes de chacun (les exigences augmentant avec le revenu).

"Quelle que soit la technique, notre but est d'identifier les facteurs qui influent le plus sur le sentiment de bien-être des individus, explique Andrew Clark. Ensuite, nous cherchons à associer un coût aux différentes sources de satisfaction et à proposer des solutions, les plus économiques possibles bien sûr, comme cela se pratique déjà pour les politiques de santé publique." Des chercheurs ont ainsi calculé la valeur que l'on pouvait attribuer à la proximité d'un espace vert. Ils ont évalué un "indice de verdure" à partir des distances entre espace vert et logements. Ils l'ont corrélé au niveau de satisfaction des individus en question. En faisant un ratio de cette corrélation avec celle du revenu, ils ont évalué une certaine "valeur verte", mesure de l'importance d'avoir de la verdure. Une mesure qui peut être comparée avec d'autres sources de satisfaction ou de nuisance et orienter des choix politiques.

Cela dit, ces politiques ne risquent-elles pas d'être, elles aussi, inefficaces au-delà d'un certain seuil ? "Le bien-être lié à la famille, la santé, le chômage... est-il une notion dans l'absolu ou qui, comme le revenu, dépend de l'entourage, de l'environnement dans lequel on vit ?" risque-t-il. Le malade entouré de malades ne se sent-il pas moins atteint ? N'est-ce pas le sens profond du paradoxe de "l'esclave heureux" évoqué par l'économiste indien Amartya Sen, cette idée difficile à admettre qu'une liberté entravée, au milieu d'autres esclaves, n'interdit pas obligatoirement le bonheur ! Les chercheurs ont encore de belles réflexions existentielles devant eux.

02.À la recherche d'indicateurs socio-économiques

Tableau indicateur de bonheur par paysCe nouvel indicateur illustre les limites des comparaisons internationales basées sur le seul PIB/habitant (Produit intérieur brut). Si l'on prend aussi en compte l'espérance de vie, le temps de travail... le Japon passe de la 15e à la 4e place, la France de la 17e à la 8e place,... alors que les États-Unis passent de la 3e à la 7e place.
© Marc Fleurbaey et Guillaume Gaulier
Puisque la richesse ne suffit pas au bien-être, que faut-il donc pour être heureux ? Dans son dernier ouvrage, Le prix du bonheur, sir Richard Layard, éminent économiste britannique, liste au moins sept facteurs qui seraient selon lui essentiels : les relations avec notre famille, notre situation financière, notre travail, le groupe auquel nous appartenons et nos amis, notre santé, notre liberté individuelle et nos valeurs personnelles.

Autant de pistes qui doivent être identifiées et transformées en données mesurables, seul moyen d'influencer des politiques publiques. "Depuis quelques années, il y a d'authentiques avancées dans la recherche d'indicateurs, à la fois défendables scientifiquement et reflétant une vision enrichie (c'est le cas de le dire ! Ndlr) de la richesse", remarquent Jean Gadrey, professeur émérite et Florence Jany-Catrice, économiste, tous deux de l'université de Lille*, qui ont analysé ces nouveaux indicateurs socio-économiques. Ils se comptent déjà par dizaine et devraient bientôt ajouter des données cette fois sociales et environnementales à la comptabilité nationale.

Le premier indicateur socio-économique publié à partir de 1990 était initialement destiné aux pays en développement : c'est l'indicateur de développement humain (IDH) calculé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Il doit beaucoup à l'Indien Amartya Sen, prix Nobel d'économie (en 1998) et au courant de pensée qu'il a initié, replaçant l'homme au cœur du débat. L'IDH est calculé à partir du PIB par habitant, mais aussi de l'espérance de vie et du niveau d'instruction (taux d'alphabétisation des adultes, taux de scolarisation des enfants). Par la suite, le PNUD a publié plusieurs autres indicateurs dont l'Indicateur de pauvreté humaine (IPH) qui signale des manques, des privations ou exclusions d'une partie de la population. Une variante de l'IPH est calculée pour les pays en développement, une autre pour les pays développés. Ce dernier tient compte de la probabilité de décéder avant 60 ans, de l'illettrisme, du pourcentage de personnes en dessous du seuil de pauvreté et des chômeurs de longue durée.

Beaucoup d'économistes réfléchissent et proposent des indicateurs alternatifs au PIB. Certains indicateurs comme l'indice de bien-être économique (université Dalhousie, Canada) corrigent le PIB en y intégrant de nouvelles variables comme le bénévolat ou le travail domestique. D'autres comme l'indicateur de santé sociale (université de Fordham, USA) agrègent des variables telles la mortalité et la pauvreté infantile, le suicide des jeunes, l'usage de drogues, le chômage, la pauvreté des plus de 65 ans, l'espérance de vie à plus de 65 ans ou encore les délits violents...
La France est particulièrement en retard dans ce concert international de recherches d'indicateurs. Seul exemple notoire : le BIP40 (on notera la référence ironique au PIB et à l'indice boursier français CAC40), baromètre français des inégalités et de la pauvreté, lancé en 2002 par le Réseau d'alerte sur les inégalités, et reconnu internationalement.

Plus récemment, Marc Fleurbaey, économiste et philosophe au CERSES (Centre de recherche sens, éthique et société) Activités en famillePour se sentir heureuses, certaines personnes vont privilégier le travail, d'autres la famille, ou encore les activités sportives, les voyages…
© SXC
et Guillaume Gaulier, économiste au CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales) ont développé un "indicateur de niveau de vie". "Chacun de nous a ses priorités, explique Marc Fleurbaey. Certains sont prêts à sacrifier leur temps libre voire leur santé pour un supplément de revenu quand d'autres privilégieront les loisirs ou la famille. Or les meilleurs indicateurs synthétiques utilisent des pondérations arbitraires." Pour chaque pays, ils corrigent donc le PIB par habitant en fonction de six items comme le temps libre, l'espérance de vie en bonne santé, le chômage, la composition du ménage... Chacun de ces items est converti pour chaque pays en "équivalent revenu". Par exemple (ces exemples sont fictifs car simplifiés), la moyenne de temps de travail dans les pays de l'OCDE est de 40 heures hebdomadaires, payées 10 euros de l'heure. Or en France, la moyenne est de 38 heures payées 10 euros également. Si l'on considère que travailler moins au même prix est un "plus", alors la France, sur cet item, sera mieux placée que d'autres pays. Idem avec l'espérance de vie, sauf que cette fois, ce n'est pas la moyenne d'espérance de vie des pays de l'OCDE qui a été retenue, mais le meilleur indice d'espérance de vie, à savoir celui du Japon, où l'espérance de vie en bonne santé est de 75 ans.

Les chercheurs ont ainsi comparé vingt-quatre pays de l'OCDE avec ce nouvel indicateur. Résultat, le niveau de vie reste fortement corrélé au PIB (mieux vaut vivre au Luxembourg, en Norvège, en Suède ou en Irlande), mais chaque pays gagne ou perd facilement dix places d'un indicateur à l'autre. Les auteurs y voient des modèles émerger - anglo-saxon, latin, nordique - selon des choix de sociétés spécifiques. Pour l'instant, cet indicateur est national mais il pourrait être calculé au niveau local, voire individuel si des données de préférences personnelles sur le revenu, le temps libre, la santé... étaient disponibles. Ce serait une première pour un indicateur monétaire (qui convertit des items comme le temps libre ou la santé en argent). "La société doit donner les moyens d'un certain bien-être général, mais chacun est ensuite libre de ses propres choix de vie" justifie Marc Fleurbaey, reprenant sa casquette de philosophe.

Les indicateurs tirés des enquêtes de bonheur et de satisfaction chères à Richard Layard sont en fait critiquées pour leur attention exclusive portée à la dimension hédonique de l'épanouissement individuel. "Certains philosophes, souligne Marc Fleurbaey, ont insisté sur le fait que les personnes peuvent avoir des objectifs plus complexes dans la vie, et que le rôle de la société est avant tout de fournir des moyens de vivre et de se réaliser."


* Les nouveaux indicateurs de richesse, Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice, Edition la Découverte, collection Repères, 2005

03.L'équité et le partage, une clé pour éradiquer la pauvreté

illustration - consommer toujours plusLe sentiment de pauvreté peut exister malgré des conditions de vie correctes, notamment suite à un accroissement des d'inégalités.
© Corbis
S'il y a bien une notion qui était encore récemment uniquement mesurée à l'aune de la seule dimension monétaire, c'est la pauvreté. "Pour les pays les plus pauvres, la satisfaction des besoins essentiels passera toujours par cette dimension matérielle, souligne Jean-Luc Dubois, président du Comité d’orientation du Réseau IMPACT et chercheur au Centre d'économie et d'éthique pour l'environnement et le développement (C3ED). Mais à partir d'un certain niveau de vie caractérisé par l'émergence d'une petite classe moyenne, le bien-être n'est plus seulement corrélé à des notions de consommation."

Ce constat a été initié par les Nations unies qui ont pris en compte les dimensions sociales et humaines pour leur objectif de réduction de la pauvreté, édicté en 2000 dans le cadre de la Déclaration du millénaire. Au premier plan de ces nouvelles préoccupations se trouve de plus en plus la réduction des différentes formes d'inégalités : de richesse mais aussi d'accès à l'éducation, à la santé, à l'information, au crédit, au pouvoir politique... "C'est le cœur du problème, précise-t-il : les inégalités freinent la réduction de la pauvreté dans les pays les moins avancés (PMA) et créent un désarroi social dans les pays émergents comme l'Inde, la Chine, le Brésil, le Maroc ou l'Afrique du Sud... " Ainsi, au Burkina Faso, la croissance a eu peu d'impact sur la pauvreté en raison de trop grandes inégalités de revenus. Parfois même, comme en Mauritanie, les conditions de vie s'améliorent mais le sentiment de pauvreté augmente à cause d'inégalités accrues. À partir d'un certain seuil de richesse (non évalué pour l'instant), les pays pauvres partagent donc avec les pays développés ce paradoxe d'une croissance économique qui ne s'accompagne pas d'un sentiment de mieux-être.

Comment mesure-t-on la pauvreté et les inégalités ? Au moyen d'indicateurs, généralement issus d’enquêtes menées auprès des ménages. Certains indicateurs synthétiques proposés par le PNUD (cf. article 2) mettent l’accent sur le développement humain (IDH) ou sur la pauvreté humaine (IPH). Mais les données manquent encore pour beaucoup de pays, faute de moyens pour financer les enquêtes. Certains pays africains comme le Mali, Madagascar, le Burkina Faso, le Sénégal, la Mauritanie ou la Guinée ont tout de même réussi à mettre en place des observatoires des conditions de vie qui permettent un véritable suivi de la pauvreté et des inégalités. Néanmoins, les indicateurs synthétiques ne sont pas les plus pertinents pour évaluer l'effet des politiques publiques sur la réduction de la pauvreté et des inégalités. Il faut élaborer des indicateurs spécifiques au contexte de chaque pays, tenant compte des disparités nationales, du point de vue par exemple des accès aux ressources, des priorités politiques. Il faut aussi tenir compte des capacités locales à produire les données qui vont alimenter ces indicateurs.

Parfois qualifiés d'indicateurs de "développement socialement durable", ils sont le pendant, en matière sociétale, du développement durable en matière d'environnement. Depuis 2002, la Banque mondiale, le FMI et quelques pays donateurs évaluent les effets économiques, sociaux ou environnementaux de leur politique sur le bien-être des populations pauvres en menant des "analyses d'impact sur la pauvreté et le social". L'originalité de ces analyses est de prendre en compte les aspects non monétaires de la pauvreté et d'observer les effets différentiés sur chaque catégorie de population. Elles sont réalisées, au cas par cas, avec une combinaison d'outils (études, enquêtes...) qui permet d'appréhender l'impact de réformes prises par exemple dans les domaines de l'eau, de l'énergie, de l'agriculture, des restructurations dans les secteurs de l'éducation ou de la santé...

Plus de 150 analyses de ce type ont déjà été menées. Par exemple, au Mozambique, à la demande du gouvernement, une étude d'impact a permis d'évaluer si une suppression des droits d'inscription dans les écoles primaires favoriserait la scolarisation des enfants ou s'il ne valait pas mieux financer plus d'écoles, améliorer le matériel pédagogique... L'étude a été menée à partir d'enquêtes sur les ménages, d’études qualitatives et participatives auprès des personnes concernées (parents, élèves, enseignants, administration) et d'une analyse économétrique. Il en résulte que les droits d'inscription sont plus problématiques dans les villes, comme Maputo, alors que dans les villages éloignés, le frein à la scolarisation est le temps de transport. "Ce genre d'analyses devrait se généraliser et permettre d'accroître l'efficacité des politiques locales", se félicite Jean-Luc Dubois qui a participé à la mise au point de certaines de ces méthodes et dont plusieurs doctorants du C3ED contribuent à la recherche d'indicateurs.

À l'écouter militer pour cette "économie éthique", qui prend mieux en compte les contraintes sociétales et défend un certain "savoir-vivre ensemble", une responsabilité partagée... on comprend que pays pauvres et pays riches ont même un certain nombre de problèmes en commun.

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