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Cent soixante ans de chemins de fer en Essonne

Le train "articulé", le chemin de fer "portatif" de Paul Decauville, "l'aérotrain" de l'ingénieur Bertin… le chemin de fer doit beaucoup à l'esprit inventif des Essonniens. Et pour cause : le département dispose d'un des plus anciens réseaux ferrés de France. Il reste aujourd'hui le théâtre de grands projets.

La gare d’EtampesLa gare d’Etampes par laquelle pas moins de quatre lignes passaient. Et notamment, la ligne Paris-Orléans.
© AD91-18Fi/2687

160ans chemins fer02L’incroyable densité du réseau de chemins de fer en Essonne !
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Le réseau ferré de l'Essonne, l'un des plus anciens de France, mais toujours en évolution, est remarquable à plus d'un titre. C'est ici qu'a été inaugurée en 1840 la troisième ligne de chemin de fer de France : Paris-Corbeil. C'est ici encore que passent toutes les lignes ferroviaires reliant Paris au Sud de la France. C'est toujours en Essonne qu'ont été introduites des innovations radicales, comme le train articulé de la ligne de Sceaux, la ligne Paris-Chartres dont un tronçon a été réutilisé pour le TGV Atlantique, l'aérotrain de Bertin ou encore le chemin de fer portatif de l'Essonnien Paul Decauville.
« Comme partout en France, des lignes ont été fermées, mais après avoir accueilli deux TGV, trois lignes de RER et une gare multimodale à Massy, l'Essonne est encore aujourd'hui le théâtre de grands projets ferroviaires, ce qui reste rare sur le territoire français », indique Jean-Luc France, enseignant à l'IUFM d'Etiolles. Ce « ferrovipathe », ainsi qu'il se plaît à se présenter, tire sa source principale du travail accompli par l'historien Roger Bailly, aujourd'hui décédé, auteur notamment d'un livre intitulé Cent cinquante ans de chemins de fer en Essonne.

01.Le train, vecteur de développement économique


Construction de la ligne Paris-ChartresLa construction de la ligne Paris-Chartres fut décidée en 1901 et les travaux achevés en 1930. Hélas, cette ligne a toujours été déficitaire.
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Del'inauguration de Paris-Corbeil à la mise en service du TGV Atlantique,le paysage de l'Essonne, partie centrale de l'ancienne Seine-et-Oisedémembrée en 1964, a été profondément bouleversé par le train. C'estgrâce au chemin de fer que le département connaît un développementéconomique important dans les domaines industriel, commercial etagricole. Et que sa démographie explose, avec un impact majeur surl'urbanisme. Lotissements cheminots et ouvriers, villégiaturesbourgeoises, grands ensembles des années 60, le chemin de fer alargement contribué à donner au département sa physionomie actuelle.Aujourd'hui, l'histoire du chemin de fer est toujours en marche enEssonne, car les projets ne manquent pas. Comme celui d'unetangentielle de Sénart à Saint-Quentin-en-Yvelines, de nouvelles lignesde tramway entre Villejuif et Juvisy ou entre Evry et Sénart. Ou encorela reconversion d'anciennes voies ferrées en pistes cyclables ou enchemins de randonnées, faisant revivre des itinéraires de campagneoubliés.

160ans chemins fer04Les premiers wagons (au milieu des années 1800) n’étaient ni chauffés, ni Eclairés. Même en première classe. C’est seulement à partir de 1918 que le confort à bord va s’améliorer.
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Le déploiement en France, à partir de 1837, d'un réseau ferré rayonnant depuis Paris, a constitué un enjeu majeur pour le développement du territoire. L'histoire du réseau ferré en Essonne est remarquable à plus d'un titre. C'est en effet dans ce département, issu du démembrement en 1964 de la grande Seine-et-Oise, qu'a été construite, en 1840, la troisième ligne de chemin de fer française, la ligne de Paris à Corbeil. C'est ici que passent toutes les lignes ferroviaires entre Paris et le Sud de la France. C'est encore en Essonne que l'on a expérimenté les premiers trains articulés sur la sinueuse ligne de Sceaux. C'est encore en Essonne que l'on ouvrit en 1930, après 50 ans d'études et de travaux, et pour seulement 9 ans, la ligne « la plus moderne de France », celle de Paris-Chartres par Gallardon, dont le tracé a été réutilisé pour le TGV Atlantique. Comme partout, des lignes ont été fermées, mais après avoir accueilli deux TGV et une gare multimodale à Massy, l'Essonne fait encore aujourd'hui l'objet de grands projets ferroviaires, ce qui reste assez rare sur le territoire français.

"Hommes, rails et trains en Essonne"
Autant de raisons pour que les Archives départementales de l'Essonne consacrent aux rails une exposition du 3 mai au 6 juin, à Limours. Une exposition prolongée par une série de conférences animées notamment par Jean-Luc France, enseignant au centre IUFM d'Etiolles et, ainsi qu'il se présente lui-même, "ferrovipathe". "Je me suis essentiellement basé sur le travail accompli par Roger Bailly, aujourd'hui décédé, et sur son livre Cent cinquante ans de chemins de fer en Essonne, une véritable somme fourmillant d'informations sur la petite et la grande histoire des chemins de fer du département."


02.Des impacts économiques et démographiques majeurs

160ans chemins fer05La gare de la Ferté-Alais sur la ligne Paris-Montargis. Cette ligne a été créée par Stanislas Darblay, à l’époque député de la Seine-et-Oise.
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Sous l'impulsion du chemin de fer, la Seine-et-Oise connaît un développement économique sans précédent, tant sur le plan industriel que sur le plan commercial et agricole. L'enjeu avait été bien compris par les financiers et les industriels comme la famille Darblay, propriétaire des Grands Moulins de Corbeil, à l'origine de la ligne Paris-Montargis par Malesherbes. Les innovations, nombreuses en Essonne, ont parfois connu un succès mondial, comme le chemin de fer portatif à voie étroite, inventé par l'Essonnien Paul Decauville. Ce concept a connu de multiples applications allant de la rame de métro au tramway du Mont-Blanc.
Elément clef de l'explosion démographique du département, le chemin de fer a un impact majeur sur l'urbanisme. Dès la fin du XIXe siècle, une politique d'expropriation massive permet de constituer le réseau. Les villages isolés des fonds de vallées sont alors désenclavés et se développent. La bourgeoisie parisienne vient plus nombreuse en villégiature. Les grandes familles essonniennes font pression sur les compagnies pour créer des gares. Pour loger sur place les employés de la gare de triage de Juvisy, ouverte en 1885, la compagnie du chemin de fer Paris-Orléans crée, à Athis-Mons, le premier d'une longue série de lotissements cheminots. Suivront entre les deux guerres une deuxième vague de lotissements ouvriers puis, à partir des années 50, la construction de grands ensembles.

160ans chemins fer06La construction de la ligne Paris-Chartres fut décidée en 1901 et les travaux achevés en 1930. Hélas, cette ligne a toujours été déficitaire.
© AD91-2 Fi131/140
Un département pionnier des chemins de fer français

En 1827, s'ouvre la première voie ferrée française. Reliant Saint-Etienne à Andrézieux, elle est dédiée au transport du charbon. Dix ans plus tard, une deuxième ligne est inaugurée, pour les voyageurs cette fois, entre Paris et Saint-Germain-en-Laye. Le 17 septembre 1840, c'est au tour de la ligne Paris-Corbeil, la troisième voie ferrée construite en France. Une ligne qui répond à un enjeu majeur : supplanter le trafic fluvial, assuré à l'époque par les « corbeillards », un surnom donné à ces bateaux noirs et lents et qui est à l'origine de celui donné plus tard aux véhicules de pompes funèbres. Maître d'œuvre : la toute nouvelle Société anonyme du chemin de fer Paris-Orléans (« le PO »), fondée deux ans plus tôt. Poussée par la famille Darblay, cette compagnie se « fait la main » avec cette première ligne école. Paris est désormais à une heure de Corbeil. Au bout d'un an d'exploitation, le chemin de fer a transporté 866 000 voyageurs au lieu des 544 000 prévus.

Trois ans plus tard, Paris-Orléans par Etampes est inaugurée, et Juvisy devient la première gare de bifurcation de France. S'ajoutent à cette « fourche » l'embranchement du Paris-Lyon-Méditerranée (PLM), en 1863, et la Grande Ceinture en 1877. Une gare de marchandise distincte ouvre en 1864. Elle devient, en 1885, une gare de triage pour relayer la capitale dont les équipements sont insuffisants. Juvisy est considérée, pour quelques années comme la plus grande gare du monde ! Bombardée en 1944, la gare est reconstruite, mais la fermeture du triage en 1974 marque la fin de son rôle de plaque tournante des liaisons Nord/Sud. Elle n'emploie aujourd'hui plus que 70 personnes, contre 570 salariés à la grande époque.

03.Le chemin de fer irrigue l'Essonne

160ans chemins fer07Le viaduc d’Orsay sur la ligne Paris-Sceaux.
© AD91-2Fi98/42
Paris-Melun est inaugurée en août 1849, prolongée par le PLM jusqu'à Lyon en 1854, mais elle ne comporte en Essonne qu'un très petit trajet d'une dizaine de kilomètres. Suivra Paris-Limours (1867), d'abord jusqu'à Sceaux en 1846, puis jusqu'à Orsay en 1854. À peu près au même moment (1865), la ligne Paris-Montargis par Corbeil et Malesherbes sera inaugurée, sous l'impulsion du député Darblay qui reprend l'idée d'un tracé de 1830, tandis qu'on ouvre la ligne directe de Paris à Tours par Dourdan et Vendôme, qui avait été concédée au Paris-Orléans en 1857.
Les lignes ferroviaires continuent de s'ouvrir. Mais beaucoup d'entre elles disparaîtront au XXe siècle. La « ligne du vin », Etampes-Bourges par Méreville sera inaugurée en 1905. Construite pour faciliter l'acheminement des produits du Midi vers Paris, elle sera reportée sur route en 1969. Seule la partie Etampes-Saint-Martin-d'Etampes sera rétablie et électrifiée en 1970.

160ans chemins fer08L’aérotrain, imaginé par l’ingénieur Jean-Bertin, était novateur à plus d’un titre. Il dépassait les 400km/h. Mais c’est finalement le TGV, tel que nous le connaissons aujourd’hui qui a été retenu…
© Banque des savoirs
La « Grande Ceinture » est progressivement mise en service en Essonne entre 1877 et 1886, par un syndicat réunissant les compagnies Nord, Est, Paris-Lyon-Méditerranée et Paris-Orléans, avec pour objectif de faciliter les communications transversales. Cette « Grande ceinture » comporte trois lignes : Noisy-le-Sec-Juvisy, Juvisy-Versailles et Villeneuve-Saint-Georges-Massy-Palaiseau. Le service voyageurs disparaîtra à la fin des années 30, sauf sur Juvisy-Versailles.
En 1878, Charles de Freycinet, ministre des Travaux publics, constitue le réseau d'Etat en rachetant des compagnies déficitaires de l'Ouest. D'autre part, il met au point en 1879 un plan prévoyant plus de 8 000 kilomètres de lignes supplémentaires pour irriguer le monde rural, dont trois en Essonne : Etampes-Auneau, ouverte en 1893 et qui fermera à la fin des années 60, Corbeil-Melun et Montereau en 1897, devenue aujourd'hui une branche de la ligne D du RER, et enfin Massy-Palaiseau-Chartes par Limours en 1930. Cette réalisation devait pallier l'absence d'accès indépendant du réseau d'Etat à la capitale. Le trafic voyageurs s'interrompra à la déclaration de guerre en 1939. Après avoir servi à l'expérimentation de l'aérotrain de Bertin en 1965, l'emprise de la ligne sera empruntée par le TGV Atlantique entre Paris et Massy.

160ans chemins fer10Dès 1865, une ligne relie la gare de Brétigny (ci-contre sur la photo) à Tours.
© AD91-2 Fi29/19
Mise en service en 1893, la ligne mythique de l'Arpajonnais, ouverte en 1891 le long de la Nationale 20, reliait les villages maraîchers de la région aux Halles de Paris en 1 heure 30. Le trafic automobile sur la Nationale 20 et l'absence de signalisation engendrant de nombreux accidents, l'Arpajonnais est supprimé en 1936, puis déferré pendant la guerre.
Dernier parmi les « chers disparus », le CGB, chemin de fer de la grande banlieue, parcourait la boucle d'Arpajon à la Ferté-Alais ou à Corbeil en 3 à 4 heures, transportant voyageurs, productions agricoles, engrais et matériaux. Il a été fermé en 1948.

160ans chemins fer11Chronologie des lignes ferroviaires en Essonne
© AD91
L'Essonne ferroviaire aujourd'hui

Après la seconde guerre mondiale, la SNCF doit reconstruire le réseau, moderniser ses machines, électrifier ses lignes. Elle prépare l'avenir du réseau ferré en Essonne, un réseau devenu indispensable, même s'il est sérieusement concurrencé par l'air et la route. Au cours des années 70, apparaissent les trains corail, les trains express régionaux, les turbotrains. Le premier train à grande vitesse Paris-Lyon est inauguré en 1981, traversant le nord de l'Essonne sur une courte distance. Mis en service en 1989, le TGV Atlantique modifie profondément le paysage du département : il emprunte l'emprise inutilisée du défunt Paris-Chartres, puis longe l'autoroute A 10. La gare TGV de Massy est inaugurée en 1991 : elle devient un pôle d'interconnexion régional, national et européen. Point de correspondance entre les RER B et C, à proximité d'Orly, elle relie toutes les lignes TGV sans passer par Paris, une première en Ile-de-France. Un projet de plateforme multimodale consistant à relier les quais des trois gares de Massy (RER B, C, TGV) est à l'étude dans le cadre du contrat de plan Etat-Région 2000-2006.
Car le XXIe siècle en Essonne sera plus que jamais celui du chemin de fer. Les projets abondent, comme celui qui vise à créer une ligne « tangentielle » reliant Sénart à Saint-Quentin-en-Yvelines, et des lignes de tramway Villejuif-Juvisy et Evry-Sénart. Quant aux anciennes voies ferrées, certaines d'entre elles continueront d'être réaménagées en chemins de randonnées ou en pistes cyclables, faisant revivre les itinéraires oubliés des campagnes de l'Essonne.

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