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Questions de sciences, enjeux citoyens en Essonne

  • Posté le : Jeudi 1 Juillet 2010
  • |
  • par : L. Salters

Huit groupes ont participé en Essonne à Qsec (prononcez : cul sec !), un projet d'ampleur régionale. Depuis plusieurs mois, les participants donnent vie à un débat science-société sur le thème de la bioéthique.

QSEC : Groupe Nelson Mandela au travailLe groupe Nelson Mandela (Brétigny-sur-Orges) en train de concevoir un jeu de société suite aux discussions. Dans le fond, Frédéric Tournier, le scientifique qui a accompagné ce groupe tout au long de sa réflexion.
© Myriam Charroy

Téléphones portables, fécondation in vitro, internet, Grenelle de l’environnement, génétique... En ce début de XXIème siècle, les sciences et les techniques sont partout. Elles jalonnent notre quotidien en permanence. Comment se situer sur les questions que suscitent forcément la science et la technologie quand on n’est pas scientifique ? Comment mettre en place un débat ayant pour objet l’exploration citoyenne des sciences ?
Réponse : Qsec, ou Questions de sciences, enjeux citoyens.  
Objectif : rassembler citoyens et scientifiques pour sensibiliser les publics aux enjeux liés à la science.
Avec le projet Questions de Sciences, Enjeux Citoyens, la région Ile-de-France s’est dotée d’un outil unique pour organiser un débat d’un genre nouveau. Un débat où la science n’est plus l’apanage exclusif des chercheurs, où scientifiques et citoyens dialoguent. Qsec est devenu ainsi le lieu d’une nouvelle médiation où chacun avance à visage découvert pour mieux se rencontrer. Ce qui n’est pas si fréquent... Cerise sur le gâteau, des créateurs ont par ailleurs été associés aux discussions des groupes afin de concrétiser les réflexions.

Pour cette première édition lancée en septembre 2009 par Marc Lipinski, à l’époque vice-président de région chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche, le thème choisi était la bioéthique.
A travers l’Ile-de-France, une trentaine de groupes ont ainsi été constitués et ont participé au projet. En Essonne, ils étaient huit. Le 1er juillet, ils ont présenté leurs travaux au Conseil Général, à Evry.

Certains groupes comptaient une quarantaine de participants, d’autres pas plus de cinq. En tout, une centaine de personnes dans le département ont donné corps à ce projet participatif. Des gens provenant d’univers très différents se sont ainsi rencontrés pour réfléchir ensemble.
Pour tous les groupes, le processus s’est déroulé en deux phases. Il y a eu le moment de l’instruction de la problématique. A l’intérieur de la thématique bioéthique, chaque groupe devait dans un premier temps cibler une problématique sur laquelle travailler. Chaque groupe a dû notamment mettre au point une méthodologie : comment aborder les sujets choisis ? Quel expert scientifique faire venir pour aider les participants à réfléchir ? En faut-il un ou plusieurs ? Par quel moyen se documenter ?
La seconde phase a été le temps de la production d’un point de vue, puis de sa présentation. Présentation où chaque atelier a pu synthétiser et partager avec les autres le fruit de ses réflexions à l’échelle régionale (lire notre article paru le 21 juin : QSEC : quand la démocratie participative accompagne la science), ou plus locale, comme ce 1er juillet qui donne l’occasion aux groupes essonniens de présenter un travail de création illustrant leur pensée : théâtre, poèmes, journal vidéo, bande dessinée... Quand la science rencontre la culture.

01.Les groupes, une richesse pour le débat

Des résidents d’une maison de retraite, en passant par des lycéens, des membres de l’association Génération Femme ou de l’Université du temps libre (UTL)... Cette diversité des publics répond à un des objectifs principaux de Qsec : favoriser la construction d’une réflexion autour des questions scientifiques à caractère sociétal. Ainsi, des habitants d’âges, d’origines sociales, géographiques et culturelles très disparates ont travaillé, le temps d’une saison, pour élaborer un point de vue.

QSEC : Strip OGM de la maison d’arrêt de Fleury MérogisLe groupe de la maison d’arrêt de Fleury Mérogis a choisi de restituer leur réflexion sur la bioéthique à travers un comic strip sur les OGM.
© Myriam Charroy

Autre point marquant, les participants ne se sont pas contentés d’interroger la bioéthique en la survolant, ils ont ciblé leur réflexion. Comme le groupe des détenus de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, qui a décidé de débattre des OGM (Organismes génétiquement modifiés). Ils ont été accompagné dans leur travail par Catherine Baudoin, ancienne chercheuse de l’INRA (Institut nationale de recherche agronomique). Une discussion qui s’est étalée sur trois jours (du fait des contraintes pénitentiaires) et qui, de l’avis de tous, a été très constructive. Très vite, il est apparu que les détenus étaient farouchement opposés aux OGM. Les organisateurs ont été surpris de voir à quel point les participants se prenaient en charge, conservaient le cap des débats. A l’issue des discussions, un dessinateur est venu aider les détenus à élaborer le scénario d’une bande dessinée pour donner forme à leur réflexion.
Des lycéens de Terminale “S” des Ulis ont exploré les questions liées à la “Création et sélection du vivant”. Illustration du succès de la démarche dans ce groupe : certains élèves ont décidé de se réorienter dans leurs études suite aux ateliers... Autre signe de réussite : à la fin du projet, les lycéens éprouvaient des difficultés à prendre partie sur certaines questions Ils avaient réalisé la complexité des problématiques et la difficulté d’affirmer des points de vue tranchés. Ainsi Qsec leur a sans doute permis de mieux réfléchir pour remettre en cause leurs certitudes et les a confrontés au doute.
Le groupe Nelson Mandela (un espace public de la commune de Bretigny-sur-Orge qui propose des activités d’alphabétisation et de loisirs) s’est lancé sur le sujet : faut-il vouloir la vie à tout prix ? Particulièrement impliqué, le groupe a aussi marqué les organisateurs par l’originalité de sa production finale : un jeu de société. Frédéric Tournier, professeur à Paris VII et spécialiste des controverses scientifiques, a accompagné le groupe tout au long de sa réflexion et une réelle complicité s’est installé entre les participants.

Des thèmes ancrés dans le réel

Pour d’autres groupes, plutôt que les grands questionnements, c’est une approche plus concrète des sciences qui a été choisie. Génération Femme (une association qui favorise l’accès pour les femmes à la santé et à l’apprentissage du français et de l’autonomie), basée à Evry, s’est intéressée à la procréation médicalement assistée. La trentaine de participantes constituait un public volatile qui n’était pas présent en permanence. Récemment arrivées, ne maîtrisant pas toujours le français, l’intention était surtout de les informer. Emmanuelle Laforêt, professeur en éthique médicale, a contribué à animer les échanges. C’est la réussite de ce groupe : transmettre des connaissances aux participantes. Il s’agit là sans doute d’une des interventions les plus importantes en termes d’apport de connaissance. Les organisateurs ont concentré les travaux sur deux jours. En point d’orgue, les femmes ont produit trois fresques pour exprimer ce qu’elles ressentaient à l’issu de ces journées d’information-réflexion.
Même souci du concret et du quotidien, même si les perspectives très différentes, avec le groupe du Foyer des Rameaux, à Evry. Les habitants de cette maison de retraite ont choisi comme sujet : vivre et mourir en bonne santé, avec en filigrane la question de l’euthanasie. Le groupe a été très impliqué dans les débats et a conclu son cycle de séances en produisant une petite vidéo, sorte de réplique du journal télévisé (pour la visionner, cliquez ici).

QSEC : Une fiche de travail de l'UTLLa réflexion citoyenne en marche... Une fiche de travail du groupe de l'Université du temps libre.
© Myriam Charroy
Anticipation et neurosciences

Plutôt que de terminer par des images, les élèves de l’école de la seconde chance (basée à Ris-Orangis) ont entamé les débats en regardant un film : Bienvenue à Gattaca. Un récit d’anticipation américain qui décrit un avenir où la génétique fait loi. Le film a servi de base pour lancer les débats : les jeunes ont décidé de s’intéresser à l’identité. Comment se construit-elle ? Visite d’une exposition à la Villette, invitation d’intervenants extérieurs pour échanger sur le thème de la famille. Au terme des ateliers, les participants ont composé un rap pour restituer leur réflexion.
Même démarche concrète pour un thème similaire avec l’association Scientipôle (spécialisée dans la propagation du savoir scientifique), sur le plateau de Saclay, à Orsay. Au menu : l’identité génétique et la liberté. Les participants sont allés visiter un laboratoire de police scientifique. Chez eux, Agnès Ricroch, enseignante à Agroparitech, a contribué à encadrer les discussions.
Quand aux participants du groupe fondé par l’UTL, l’Université du temps libre, en Essonne, ils ont choisi de se pencher sur les neurosciences. Depuis plus de dix ans, l’UTL organise des conférences pour diffuser la culture au sens large sur l’ensemble du département. Pas question d’aborder un tel sujet sans un minimum de savoir ! Pas étonnant venant de la part de personnes qui se rendent régulièrement à l’UTL, ou qui en organisent les manifestations. Certains ont même décidé de faire pression pour que certaines conférences dès l’année prochaine abordent les neurosciences. Un prolongement original à Qsec...

02.Entretien avec Myriam Charroy, coordinatrice

Myriam Charroy a coordonné le projet Qsec pour le département de l’Essonne. Depuis un an, elle accompagne les groupes dans leurs réflexions.

Y a t-il une particularité du public essonnien ?

Entre le plateau de Saclay, où la majorité des personnes ont des emplois qui tournent autour de la science, et l’association Génération Femmes qui est basée dans le quartier des Pyramides, un quartier précaire d’Evry..., non, je ne crois pas qu’il y ait une particularité du public essonnien, c’est grand et c’est varié ! C’est la diversité à la française. En revanche, au niveau local les gens sont conscients que le département s’engage beaucoup pour les sciences.

Le groupe de la maison du Foyer des RameauxLe groupe de la maison du Foyer des Rameaux, à Evry, lors d’une des séances de discussion autour du thème de l’euthanasie.
© Myriam Charroy

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans ce projet ?

Le plus difficile, ça a été de recruter des participants ! On a envoyé beaucoup de mails par l’intermédiaire de l’Inspection académique, à tous les collèges et les lycées. On a démarché les associations, les structures sociales, les MJC etc. Mais il faut dire qu’une bonne partie des participants sont venus aux premières réunions sans connaître le sujet abordé. Ils y allaient parce qu’ils connaissaient les organisateurs locaux. Ici, on sent bien qu’il y a une dimension de proximité pour qu’un projet comme Qsec puisse fonctionner. Et une fois que les groupes ont été constitués, la réflexion a fait son chemin.

Est-ce que vous avez constaté un “Avant” et un “Après” dans le projet ?

Oui, la perception des gens a évolué. Certaines personnes sont venues avec des idées très arrêtées sur les scientifiques, sur les laboratoires, la lourdeur administrative pesant sur les chercheurs... C’est ce qu’ils disaient sans arrêt aux scientifiques qui venaient les voir dans les ateliers. Et à la fin de Qsec, ils sont repartis avec des opinions plus nuancées. Par exemple, avant Qsec, ils étaient “pour” ou “contre” dans certains domaines. Ça a été très frappant de voir qu’à la fin, ils n’arrivaient plus à se prononcer parce qu’ils comprenaient mieux la complexité des enjeux. Pour moi, c’était le signe que le projet avait abouti.

Comment s’est déroulée la participation des scientifiques dans les groupes ?

Nous n’avions pas de recette prédéfinie. Nous avons décidé d’être flexibles. Dans la plupart des groupes, plusieurs scientifiques ont participé tout au long des ateliers. Un seul groupe a bénéficié de la présence d’un seul scientifique tout au long des réunions, c’est le groupe Nelson Mandela (à Bretigny-sur-Orge). Il s’est complètement inséré au travail collectif. C’est le seul exemple, mais ce modèle a prouvé son efficacité en instaurant une relation de proximité et de confiance entre scientifiques et citoyens.
Pour les autres ateliers, nous avons décidé de faire intervenir plusieurs spécialistes de disciplines différentes afin de multiplier les points de vue. Ce dispositif révèle à la fois plus total et plus superficiel, car il instaure une disjonction entre les rencontres. Mais il offre un panel plus importants d’expertises. Bref, il n’existe pas un modèle de débat, mais plusieurs. Chacun d’entre eux a ses avantages et ses inconvénients !

Visite du musée DupuytenCertains groupes ont effectué des visites pour alimenter la réflexion, comme le groupe du lycée l'Essouriau, aux Ulis. Il s'est rendu au musée Dupuyten d'anatomie pathologique à la faculté de médecine de Paris.
© Myriam Charroy
Alors que la première édition de cette aventure touche à son terme, quelle conclusion en tirez-vous ?

Les médias “surjouent” les sciences. C’est la constatation principale, et qui est commune à tous les groupes. Les médias créent des peurs, des points de suspension qui laissent libre cours à l’imagination. En lui-même, le message scientifique n’est pas “extraordinaire”. J’ai rencontré aussi certains scientifiques qui venaient aux groupes et qui me disaient : “Mais comment voulez vous que les scientifiques expliquent la science. Ils ont le nez dans le guidon, ils sont tellement dedans... La majeure partie des scientifiques n’ont pas la capacité ou la disponibilité pour s’immerger dans le débat citoyen”. Et l’espace vacant, ce sont les médias qui le prennent. D’où l’intérêt d’une démarche comme Qsec pour rééquilibrer le débat autour des sciences.

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